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Mercredi, 29 Avr. 2026

Madagascar chasse un diplomate français : la rupture postcoloniale s'accélère

Auteur : Romi | Editeur : Walt | Mercredi, 29 Avr. 2026 - 16h29

Antananarivo a déclaré "persona non grata" un agent de l'ambassade de France, accusé d'"actes de déstabilisation". Derrière ce geste diplomatique sans précédent récent, la junte malgache envoie un signal clair : le temps de la sphère d'influence française sur la Grande Île est révolu.

Mardi 28 avril 2026, le ministère malgache des Affaires étrangères a publié un communiqué laconique mais aux conséquences lourdes : un agent de l'ambassade de France à Antananarivo est déclaré "persona non grata" et sommé de quitter le territoire national.
Motif officiel invoqué par les autorités : des "agissements incompatibles avec son statut", liés à des enquêtes portant sur des "actes de déstabilisation impliquant des ressortissants malgaches et étrangers".
L'ambassadeur français Arnaud Guillois avait été convoqué avant la publication du communiqué — une formalité diplomatique qui n'atténue en rien la brutalité du signal politique.

L'identité de l'agent expulsé et ses fonctions exactes n'ont pas été rendues publiques. Cette discrétion entretient le flou, mais elle souligne aussi la nature de l'accusation : une affaire de renseignement, pas une banale infraction administrative.

Le coup d'État d'octobre comme point de bascule

Pour comprendre cette expulsion, il faut remonter au 14 octobre 2025. Ce jour-là, un soulèvement populaire, principalement porté par la jeunesse malgache, a renversé le président Andry Rajoelina, qui gouvernait l'île depuis 2019. Dans la foulée, un avion français a évacué l'ex-président vers l'étranger — un geste que la junte désormais au pouvoir, dirigée par le colonel Michaël Randrianirina, n'a ni oublié ni pardonné.

Depuis, la nouvelle direction politique d'Antananarivo a clairement signifié sa volonté de rompre avec l'héritage des relations franco-malgaches héritées de l'indépendance. Une stratégie de diversification des alliances, très lisible, s'est mise en place.

  • 14 octobre 2025Coup d'État à Madagascar. Le colonel Randrianirina prend le pouvoir. La France évacue l'ex-président Rajoelina.
  • Février 2026Le colonel Randrianirina rencontre Vladimir Poutine au Kremlin. Un accord de coopération bilatérale est signé.
  • Avril 2026Madagascar reçoit une importante livraison d'armements russes. Des manifestations reprennent à Antananarivo, critiquant la lenteur des réformes.
  • 21 avril 2026L'ambassade de France dément publiquement toute implication dans des mouvements de déstabilisation du régime.
  • 28 avril 2026L'ambassadeur Guillois est convoqué. Un agent de l'ambassade française est déclaré "persona non grata".

Le pivot russe, miroir d'un continent en recomposition

La trajectoire malgache s'inscrit dans une dynamique plus large qui traverse le continent africain depuis plusieurs années. Comme au Mali, au Burkina Faso ou au Niger, une junte ayant renversé un pouvoir perçu comme proche de Paris cherche désormais à légitimer son autorité en rompant ostensiblement avec l'ancienne puissance coloniale, tout en se rapprochant de Moscou.

Le schéma est devenu presque mécanique : rencontre avec Poutine, livraison d'armements russes, expulsion ou pression sur les ressortissants français. Madagascar coche désormais toutes ces cases.

"Ce type de tensions montre un désir de souveraineté accrue. Le rapprochement avec la Russie peut être interprété comme une volonté de diversifier ses alliances — et d'envoyer un message à Paris."— Analyste en relations internationales

Les acteurs de la crise:

Colonel Randrianirina
Chef de la junte depuis le coup d'État du 14 octobre 2025. A rencontré Poutine en février 2026. Orchestre un pivot stratégique vers Moscou et Pékin.

Arnaud Guillois
Ambassadeur de France à Antananarivo. Convoqué le 28 avril avant la publication du communiqué d'expulsion. Aucune déclaration publique n'a suivi.

Andry Rajoelina
Ancien président renversé en octobre 2025, évacué par un avion français. Cet épisode reste au cœur des griefs de la junte envers Paris.

Amnesty International
Dénonce un "climat de peur" entretenu par le régime, avec des arrestations et détentions visant à museler la dissidence depuis la prise de pouvoir.

Une Convention de Vienne, et après ?

Rappel juridique. L'expulsion d'un agent diplomatique par déclaration "persona non grata" est l'une des sanctions les plus sévères prévues par la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques de 1961. L'État d'accueil n'est pas tenu de motiver sa décision. L'État dont relève l'agent doit le rappeler dans les meilleurs délais, sous peine de le voir perdre ses protections diplomatiques. Paris n'a, à ce stade, pas annoncé de mesures de rétorsion.

La réaction française sera scrutée de près. Une réponse symétrique — l'expulsion d'un diplomate malgache de Paris — aggraverait une crise déjà profonde. L'absence de réaction risque, à l'inverse, d'être perçue comme une faiblesse supplémentaire dans une Afrique où l'influence française s'effrite à grande vitesse.

Ce qui est certain, c'est que Madagascar vient de franchir un cap. En chassant un représentant de la République française de son sol, la junte malgache n'a pas seulement posé un acte diplomatique — elle a posé un acte de souveraineté symbolique, destiné autant à son opinion publique intérieure qu'aux chancelleries africaines qui regardent.


- Source : ZeJournal

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