Conflits d’intérêts chez Arte entre BHL et Bernard-Henri Lévy
La Commission d'enquête sur l'audiovisuel public dénonce un conflit d'intérêts entre une subvention de 750 000 € à BHL, réalisateur et producteur, votée par Bernard-Henri Lévy, président du conseil de surveillance d'Arte France.
Lors d’une audition du 7 avril, Charles Alloncle interroge Bruno Patino, président du directoire d’Arte France.
« Une chaîne financée par fonds publics qui finance les productions du président de son propre conseil de surveillance avec de l’argent public est-ce que vous percevez monsieur le président un risque de conflit d’intérêts ? »
Des conflits d’intérêts ? Ah bon, on ne savait pas
Au conseil de surveillance d’Arte France, les décisions sont collectives et Bruno Patino n’a été nommé président du directoire d’Arte France qu’en 2022, donc il n’a pris personnellement aucune décision concernant BHL et n’a même aucun avis sur le sujet, Boris Razon n’est directeur éditorial d’Arte France que depuis 2020, alors…
Au conseil de surveillance d’Arte France, personne, même parmi les représentants de l’État, n’a vu à redire aux subventions obtenues par son président. Ni Charles Sarrazin (au directoire d’Arte France de 2017 à 2024) ni Delphine Ernotte-Cunci (présente de 2015 à 2026 en tant que présidente de France Télévisions). Elle aurait pu réagir lorsque pour le documentaire Une maison à Tanger (2005, 21 000 téléspectateurs) consacré à la rénovation de sa villa, la société de production de BHL avait reçu 150 000 € de France 5.
Il ne reste plus qu’à conclure à la corruption collective.
La corruption tisse sa toile
Bruno Patino est président du directoire d’Arte France depuis 2020 (salaire : 250 000 à 260 000 euros bruts par an, hors avantages en nature) et reconduit à partir de mars 2026, avec l’appui de BHL, pour un second mandat de cinq ans.
Bernard-Henri Lévy en est à son 8e mandat de 5 ans à la présidence du directoire d’Arte France, après une discrète modification des statuts en 2024 pour lui permettre de continuer au-delà de la limite d’âge, jusqu’à ses 80 ans.
Subventions publiques pour films sans public
Les reportages de Bernard-Henri Levy, très peu visionnés, ne rapportent pas d’argent. Alors pourquoi France Télévision les a-t-il financés massivement, entre 2011 et 2022 ?
Pour son Slava Ukraini (1 024 entrées), Bernard Henri Lévy a reçu 300 000 euros offerts par France Télévision, sans compter un apport du CNC. Et cela s’accumule : ses films Une autre idée du monde (500 000 € de FranceTélévision, 152 entrées), Mort à Sarajevo (300 000 €, 1 554 entrées), Princesse Europe (230 000 € d’Arte, 505 entrées), Le Serment de Tobrouk (200 000 € d’Arte, 2 458 entrées), American Vertigo (225 000 €), Bosna (600 000 € + 68 700 € de droits de diffusion sur Arte, 6 176 entrées), Peshmerga (250 000 euros d’Arte, 3 567 entrées), Le Jour et la Nuit (1,26 million €, 73 147 entrées).
Alien Crystal Palace (2019), le chef-d’œuvre de kitch d’Arielle Dombasle a reçu 80 000 € d’Arte Cofinova (sofica d’Arte). De 1268 entrées, l’audience s’était réduite au bout de 3 semaines à 27 entrées. Précision : Arielle Dombasle est l’épouse de BHL.
Entre culture et propagande : le choix budgétaire
La longue présidence de Bernard-Henri Lévy au conseil de surveillance d’Arte France et ses reconductions successives ont fait l’objet de nombreuses critiques dans la presse (Le Monde Diplomatique, Off Investigation, L’Humanité, Mediapart, etc.). Des conflits d’intérêts liés au financement de ses documentaires par Arte sont pointés du doigt.
Le budget de la préservation du patrimoine national (en baisse surtout sur les monuments historiques) n’est que de 1,2 milliard d’euros pour 2026, alors que celui de France Télévision est de 4 milliards. Entre culture nationale et propagande d’État, un choix a été fait. Certes une enquête pour prise illégale d’intérêts a été ouverte en février 2025 à la suite d’un signalement du député LFI Aymeric Caron, mais le parquet de Paris n’a ouvert qu’une enquête préliminaire pour prise illégale d’intérêts. Secrète, elle peut durer deux ou trois ans, voire même cinq ans, sans aboutir à des poursuites et finir même classée sans suite par le procureur. Une façon d’enterrer une affaire. Le copinage a encore de beaux jours à France Télévision, si l’on en croit les réponses hautaines de Delphine Ernotte lors des auditions de la commission.
- Source : Le Média en 4-4-2












