Les autorités israéliennes refusent de restituer l’important volume de vidéos du 7 octobre. Que cachent-elles ?
Les habitants des kibboutz israéliens se demandent pourquoi l’État refuse de leur restituer les images du 7 octobre qu’il leur a confisquées, notamment la vidéo des derniers instants de leurs proches.
Le gouvernement israélien détient toujours une quantité considérable de documents vidéo relatifs à l’attaque du 7 octobre, filmés par des individus et des communautés pris au piège des combats. Une mère endeuillée accuse même les autorités israéliennes d’avoir effacé une vidéo des derniers instants de son fils avant de lui rendre son téléphone.
Selon la chaîne israélienne Channel 13, «toutes les caméras, cartes mémoire et pellicules ayant documenté les atrocités ont été collectées, mais deux ans et demi plus tard, ces éléments n’ont toujours pas été restitués aux communautés et aux familles endeuillées, qui réclament désespérément des informations et ont même le sentiment qu’on les leur cache».
Peu après l’attaque du Hamas et du Jihad islamique palestinien contre Israël le 7 octobre 2023, des unités spéciales de Tsahal, du Shin Bet (service de renseignement israélien) et de l’unité d’enquête israélienne Lahav 433 ont collecté des photos et des vidéos des violences, confisquant téléphones portables, appareils photo individuels, caméras de sécurité de kibboutz, etc.
«Ils ont débranché ce dont on avait besoin, l’ont pris et sont partis – c’était la dernière fois qu’on a vu ces documents», a déclaré un réserviste de l’armée israélienne ayant participé à la mission de récupération.
Selon le chef du kibboutz de Kfar Aza – où plusieurs fausses alertes à la violence ont circulé dans les jours qui ont suivi l’attaque – les membres de la communauté ont coopéré avec les enquêteurs à l’époque. Aujourd’hui, des années après les faits, ces familles s’interrogent sur les raisons pour lesquelles les documents relatifs au sort de leurs proches ne leur ont toujours pas été restitués.
Même Sabine Taasa, devenue un symbole de la victimisation israélienne après la mort de son mari et de l’un de ses fils le 7 octobre, est désormais en conflit avec les autorités israéliennes au sujet des images de ce jour-là.
Le fils de Mme Taasa, Or, âgé de 17 ans, a été tué sur la plage de Ziki Selon Channel 13, Mme Taasa affirme avoir vu une vidéo filmée par son fils juste avant sa mort, mais lorsque les autorités lui ont rendu son téléphone, cette vidéo avait disparu. Le média affirme qu’il ne s’agit pas d’un incident isolé.
Une enquête de Tsahal a révélé que des soldats avaient abandonné des civils réfugiés dans des toilettes et laissé leurs corps sur place pendant une semaine.
Channel 13 rapporte que la police israélienne a déclaré que l’unité Lahav 433 enquêtait toujours sur les événements du kibboutz Kfar Aza et qu’aucune inculpation n’avait encore été prononcée. Restituer les preuves à ce stade pourrait donc compromettre l’enquête. De son côté, Tsahal a rejeté toutes les accusations de rétention de documents et affirme être en train de finaliser les modalités de restitution de ce type de preuves aux communautés et aux familles.
Le 7 octobre, le gouvernement israélien a diffusé des ordres, baptisés «Directive Hannibal», qui ont incité des pilotes d’hélicoptères Apache et des artilleurs de chars à prendre pour cible des citoyens israéliens dans la bande de Gaza, soi-disant pour les empêcher d’être pris en otage. Le général Barak Hiram a personnellement ordonné à un équipage de char de bombarder une maison du kibboutz Be’eri, sachant qu’elle abritait des citoyens israéliens pris en otages par des combattants du Hamas qui cherchaient à négocier une issue à l’impasse. Une douzaine d’Israéliens ont été tués lors de cette frappe, laissant derrière elle «une maison pleine de cadavres», selon le seul survivant israélien. Une artilleuse d’un char israélien appartenant à une unité entièrement féminine a également révélé avoir reçu l’ordre de bombarder des maisons israéliennes sans savoir qui s’y trouvait. Une enquête de la police israélienne a par la suite révélé que des hélicoptères israéliens avaient bombardé le festival de musique électronique Nova le 7 octobre.
Compte tenu des antécédents d’Israël en matière de ciblage de ses propres citoyens le 7 octobre et de désinformation du public à ce sujet, l’État israélien pourrait conserver un maximum de vidéos afin d’empêcher la divulgation de nouvelles preuves du massacre de ses propres citoyens par l’armée israélienne.
Israël a manifesté un vif intérêt pour la collecte de documents relatifs aux événements du 7 octobre et pour le contrôle du récit par une sélection et une diffusion rigoureuses. Parallèlement, il a refusé de participer à des enquêtes internationales indépendantes sur l’attaque, sa riposte, ou les allégations, largement diffusées et désormais largement réfutées, de violences sexuelles de masse perpétrées par le Hamas et d’autres groupes militants palestiniens. Selon l’État israélien, Israël, et lui seul, est justifié et capable de mener de telles enquêtes.
Pourtant, l’État a étrangement négligé de lancer sa propre enquête spéciale et approfondie sur l’apparent échec massif des services de renseignement et la débâcle militaire. En réalité, le gouvernement israélien a dû être contraint par sa propre Cour suprême de mettre en place une commission d’enquête d’État sur les événements, d’après le Times of Israel. Le gouvernement israélien a désormais jusqu’au 1er juillet pour élaborer un «cadre approprié» d’enquête, après des années de pression exercée par les familles des Israéliens tués ce jour-là.
Alors que les services de renseignement militaire israéliens refusent de restituer à leurs propriétaires des centaines d’heures d’images, certains Israéliens ayant vécu les attentats du 7 octobre commencent à se demander s’ils ne cachent pas quelque chose.
Tr aduction:Marie Claire Tellier
- Source : The Grayzone (Etats-Unis)












