Nord : un maire fraîchement élu retire les drapeaux européen et ukrainien
Les essentiels de cette actualité
- À Harnes, le nouveau maire RN retire les drapeaux européen et ukrainien dès son premier jour de mandat — un geste symbolique qui déclenche immédiatement une tempête politique.
- Derrière la polémique, un basculement historique : cette forteresse communiste depuis 1944 vient de tomber au premier tour avec plus de 50 % des voix pour une liste souverainiste.
- Le maire invoque un argument démocratique fort : les habitants avaient voté non en 2005 au référendum sur le traité constitutionnel européen. Un vote toujours ignoré, 20 ans plus tard.
- Les réactions indignées de la gauche locale révèlent surtout une incapacité à entendre ce que disent les urnes — et expliquent peut-être ses défaites répétées dans ces territoires.
À Harnes, dans le Pas-de-Calais, un geste simple, descendre deux drapeaux et n’en laisser qu’un, a suffi à provoquer une tempête politique locale. Anthony Garenaux-Glinkowski, 34 ans, à peine installé dans le fauteuil de maire après une victoire nette au premier tour avec 50,29 % des voix, a fait retirer les drapeaux européen et ukrainien du fronton de l’Hôtel de ville pour n’y conserver que le tricolore. Une décision aussitôt commentée, critiquée, disséquée, comme si la suppression d’un morceau de tissu constituait en elle-même un crime de lèse-Europe.
Il faut mesurer ce que représente cette victoire dans le contexte géographique et historique de la commune. Harnes, 12 000 habitants, était une forteresse de la gauche ouvrière : communiste depuis 1944, socialiste depuis 2008. C’est dans ce terreau-là, dans cette France des bassins industriels et des territoires longtemps tenus pour acquis par une gauche désormais déconnectée, que le Rassemblement national s’installe aujourd’hui confortablement. La politique du drapeau n’est que la partie visible d’un basculement bien plus profond.
🔴🇫🇷 𝗙𝗟𝗔𝗦𝗛 𝗜𝗡𝗙𝗢 — À Harnes, le nouveau maire RN retire les drapeaux de l’Union européenne et de l’Ukraine de la mairie, affirmant qu’« un seul drapeau doit flotter sur les bâtiments publics », celui de la France.
— Bastion (@BastionMediaFR) March 27, 2026
Élu dès le premier tour avec 50,29 % des voix, Anthony… pic.twitter.com/P1gKPKgzuD
Un geste politique, pas un geste de haine
Sur le fond, la décision du nouveau maire est parfaitement cohérente avec une conviction ancienne, partagée par bien des républicains sincères : les bâtiments publics français n’ont vocation à arborer que les symboles de la République française. Ce n’est pas une position extrémiste, c’est même une position défendable au nom de la neutralité symbolique de l’espace public que la gauche invoque si souvent sur d’autres sujets.
Garenaux-Glinkowski l’a dit clairement à nos confrères de La Voix du Nord, se revendiquant « souverainiste » et affirmant qu’il considère « qu’un seul drapeau doit flotter sur les bâtiments publics ». Quant au drapeau européen, il justifie son retrait par un argument démocratique difficilement contestable : les habitants de Harnes ont voté très majoritairement non au référendum sur le traité constitutionnel européen en 2005. 20 ans plus tard, leur vote n’a toujours pas été respecté. Alors pourquoi arborer le symbole d’une institution que la population locale a démocratiquement rejetée ?
« Un signal de repli, là où d’autres choisissent l’ouverture et la solidarité ».
Cette formule du PCF local, si elle est politiquement compréhensible de leur part, révèle surtout une incapacité à entendre ce que disent les urnes. Qualifier de « repli » le fait de ne faire flotter que le drapeau national sur un bâtiment public français, c’est implicitement considérer que le symbole européen ou ukrainien devrait être la norme et que s’y soustraire constitue une déviance. C’est exactement ce type de raisonnement, ce dédain mêlé d’incompréhension, qui explique les défaites successives de la gauche dans ces territoires.
Le PCF se demande rhétoriquement si les drapeaux ne seraient pas simplement « passés en machine à laver ». L’ironie est facile. Elle évite surtout de répondre à la vraie question : pourquoi une commune de 12 000 habitants, ancrée à gauche depuis 80 ans, bascule-t-elle aussi massivement en faveur d’une liste souverainiste au premier tour ?
« Souverainiste » revendiqué
— 20 Minutes (@20Minutes) March 27, 2026
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Ce que le fronton d’une mairie dit de la France
Le cas de Harnes n’est pas anecdotique. Il illustre une tendance de fond : dans les communes ouvrières, périurbaines ou rurales, là où l’industrie a souffert, où les services publics se sont éloignés, où le sentiment d’abandon est devenu une réalité quotidienne, la rhétorique souverainiste résonne parce qu’elle nomme ce que d’autres refusent de voir. Et le symbole du drapeau unique est précisément l’une des formes les plus visibles de ce réenracinement.
On peut débattre de l’opportunité politique du geste, de son calendrier, de la manière. Certains souverainistes eux-mêmes préfèrent réserver leur énergie à des combats plus substantiels que la querelle des mâts. Mais il serait malhonnête de nier que la question posée est légitime : quelle est la juste place des symboles supranationaux sur les édifices publics d’une République une et indivisible ? Ce débat mérite mieux qu’un haussement d’épaules condescendant.
Ce qui est frappant dans les réactions suscitées par ce geste, c’est leur caractère quasi pavlovien. On n’argumente pas contre la position du maire : on la stigmatise. Or un élu qui dit « ici, c’est la France » et qui le traduit concrètement dans ses actes dès son premier jour de mandat n’est pas en train de commettre un crime. Il est en train d’être cohérent avec ce qu’il a dit aux électeurs qui lui ont accordé leur confiance. Dans une époque où la parole politique se dissout si souvent dans le vague et la compromission, cette cohérence-là mérite d’être notée, quand bien même on ne partage pas toutes ses positions.
Harnes n’est peut-être qu’une petite ville du Pas-de-Calais. Mais ce qui s’y joue, la reconquête symbolique d’un espace public par une sensibilité longtemps marginalisée, est le reflet de quelque chose de plus large. Le fronton d’une mairie dit toujours quelque chose de l’état d’une société. Aujourd’hui, à Harnes, il dit que la France existe.
- Source : Planetes360












