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Vendredi, 06 Mars 2026

America First, jusqu'à l'Iran

Auteur : Romi | Editeur : Walt | Vendredi, 06 Mars 2026 - 14h14

Il avait promis la paix. Il avait promis de ne pas recommencer l'Irak. Il avait fait campagne sur la fatigue d'une nation épuisée par vingt ans de guerres sans fin au Moyen-Orient. Le 28 février 2026, Donald Trump a lancé l'opération Epic Fury contre l'Iran — sans vote du Congrès, depuis Mar-a-Lago — et quelque chose s'est brisé dans le mouvement qu'il avait créé.

I. Les promesses, mot pour mot

Pour comprendre l'ampleur de la trahison, il faut relire ce qui fut dit. Ce n'était pas des sous-entendus, des nuances de programme ou des engagements flous. C'était explicite, répété, scandé sur les estrades.

« Notre puissance mettra fin à toutes les guerres ».

— Donald Trump, discours inaugural, janvier 2025.

Tulsi Gabbard, nommée directrice du renseignement national, vendait des t-shirts « No War with Iran » en 2020. Quatre ans plus tard, elle déclarait : « Un vote pour Trump, c'est un vote pour mettre fin aux guerres, pas pour en commencer ». JD Vance, futur vice-président, publiait en 2023 une tribune intitulée : « Le meilleur bilan de Trump en politique étrangère ? Ne pas avoir démarré de guerres ».

Ces engagements n'étaient pas périphériques. Ils étaient au cœur de l'attrait de Trump pour une frange de l'électorat américain — les isolationnistes, les vétérans désabusés, les jeunes qui n'avaient pas envie de mourir pour Bagdad ou Kaboul, et qui pensaient avoir enfin trouvé un candidat qui les comprenait.

II. Ce que l'opération Epic Fury a brisé

Le 28 février 2026 à l'aube, les États-Unis et Israël ont frappé l'Iran simultanément. Trump a annoncé les frappes dans une vidéo depuis Mar-a-Lago, sa résidence privée en Floride, comme il l'avait fait quelques semaines plus tôt lors de la capture du président vénézuélien Maduro. Pas de vote du Congrès. Pas de consultation des alliés. Une lettre sibylline adressée au Parlement admettant qu'il était « impossible de connaître l'étendue et la durée des opérations militaires ».

Les réactions au sein du camp MAGA ont été immédiates et virulentes. Tucker Carlson — qui avait rencontré Trump à la Maison-Blanche la semaine précédente pour le dissuader — a qualifié les frappes d'« absolument dégoûtantes et mauvaises ». Il a ajouté que cette décision allait « redistribuer les cartes de façon profonde ». Megyn Kelly a accusé Israël d'avoir entraîné les États-Unis dans une aventure militaire à son profit.

Marjorie Taylor Greene, ancienne alliée inconditionnelle de Trump, a publié une déclaration qui résume le sentiment de trahison avec une franchise rare :

« Nous avons dit : plus de guerres étrangères, plus de changements de régime ! Meeting après meeting, discours après discours. Trump, Vance, toute l'administration ont fait campagne là-dessus. C'est le pire trahison. Ça vient de l'homme même en qui nous croyions ».

— Marjorie Taylor Greene, X (ex-Twitter), 1er mars 2026.

Des républicains au Congrès — Thomas Massie, Rand Paul, Warren Davidson — ont annoncé leur opposition et leur intention de forcer un vote constitutionnel sur la déclaration de guerre. Steve Bannon avait prévenu en juin 2025, lors des premières frappes nucléaires : « On ne peut pas refaire ça. On ne peut pas avoir un autre Irak ».

III. Les justifications qui se contredisent

Ce qui a aggravé la fracture, c'est le spectacle des justifications contradictoires offertes par l'administration. Marco Rubio a d'abord déclaré que les frappes avaient été déclenchées parce qu'Israël allait de toute façon attaquer, et que les États-Unis avaient agi pour éviter des pertes américaines plus lourdes. Traduction : ce sont les Israéliens qui ont forcé la main.

La réaction ne s'est pas fait attendre. Tucker Carlson a résumé ce que beaucoup pensaient : « C'est la guerre d'Israël. Ce n'est pas la guerre des États-Unis. Elle n'est pas menée pour la sécurité nationale américaine ». Un commentateur républicain a qualifié la déclaration de Rubio de « la pire chose qu'il pouvait dire » — elle validait exactement l'argument isolationniste de la base.

Trump, lui, a multiplié les versions. Il a d'abord prétendu que l'Iran allait frapper en premier. Puis il a glissé qu'il avait « peut-être forcé la main d'Israël ». Sur Truth Social, il a écrit que les États-Unis avaient une réserve d'armes « pratiquement illimitée » et que « les guerres peuvent se mener pour toujours » — une formule qui a suscité l'effroi même chez ses partisans.

IV. Un bilan qui dément le récit

Les chiffres finissent par parler d'eux-mêmes. Depuis son retour au pouvoir en janvier 2025, Trump a autorisé des frappes militaires dans huit pays — dont trois, l'Iran, le Nigeria et le Venezuela, n'avaient jamais été directement frappés par les États-Unis auparavant. En 2025 seul, il a approuvé davantage de frappes individuelles que Biden en quatre ans.

Lors de son discours sur l'état de l'Union, Trump s'était vanté d'avoir « mis fin à huit guerres en dix mois ». Quatre jours après l'opération Epic Fury, il annonçait des opérations de combat majeures visant aussi un changement de régime à Téhéran. La neuvième guerre — qu'il appelait lui-même « l'Ukraine, sur laquelle je travaille très dur » — était toujours en cours.

Un sondage réalisé dans les premiers jours des frappes indique qu'un Américain sur quatre seulement approuvait l'opération. Parmi les républicains, 42 % déclaraient qu'ils soutiendraient moins l'opération si elle entraînait des morts parmi les soldats américains. Six soldats américains ont déjà été tués.

V. Ce que cela révèle, au fond

La fracture MAGA sur l'Iran est instructive, mais pas pour les raisons qu'on croit. Ce n'est pas un mouvement qui découvrirait soudainement le prix humain des guerres — les victimes iraniennes ne sont pas au cœur de leur colère. Ce qui révolte les isolationnistes MAGA, c'est d'avoir été instrumentalisés : on leur a vendu une politique étrangère de retrait, et on leur livre une guerre de plus.

Ce paradoxe n'est pas sans précédent. Les empires ont toujours besoin d'une rhétorique anti-empire pour mobiliser. Nixon avait promis la paix au Vietnam — et avait étendu la guerre au Cambodge. Obama avait reçu le prix Nobel de la paix — et intensifié les frappes de drones. La différence, avec Trump, c'est que la promesse était plus explicite, plus personnalisée, plus émotionnelle.

Ce que Marjorie Taylor Greene, Tucker Carlson ou Rand Paul nomment comme une trahison, c'est en réalité la règle — pas l'exception. Aucun empire ne renonce volontairement à la force. La rhétorique anti-guerre n'a jamais été, dans l'histoire américaine, qu'un outil de conquête du pouvoir. Ce qui est nouveau, c'est que la base, cette fois, le dit à voix haute.

En guise de conclusion

Trump a promis de ne pas faire de l'Iran un autre Irak. Il est en train d'en faire un autre Irak. Pendant ce temps, à Téhéran, à Minab, à Isfahan, des civils meurent sous des bombes portant les mêmes inscriptions qu'en 2003. Le débat MAGA sur la trahison est réel — mais il se déroule entre Américains, pour des Américains.

Les Iraniens, eux, n'ont pas voté MAGA. Ils n'ont pas voté du tout pour cette guerre. Ils subissent, comme d'autres avant eux, le privilège d'être « libérés » par une puissance qui n'a pas trouvé les mots pour leur demander leur avis.

Sources

TIME Magazine, « Trump's War With Iran », mars 2026 — Newsweek, « Why Donald Trump Faces Epic Fury From MAGA Over Iran », mars 2026 — NBC News, « Trump's MAGA base wrestles with Iran strikes », mars 2026 — ABC News, « Trump's Iran decision sparks backlash from Tucker Carlson », mars 2026 — NPR, « Trump's MAGA base balks at war with Iran », mars 2026 — Foreign Policy, « Trump Is Betraying His MAGA Base », mars 2026 — Axios, « Trump campaign peace promises loom large over Iran war », mars 2026.


- Source : ZeJournal

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