Gavées de pesticides, les lentilles canadiennes prospèrent en Europe
En 2024, 25 000 tonnes de lentilles canadiennes ont envahi le marché français sans droits de douane. Moins chères, cultivées avec des pesticides interdits en Europe, elles bousculent une filière française en plein essor, de l’Aude aux rayons de la grande distribution.
À Laure-Minervois, dans l’Aude, près de 80 tonnes de lentilles françaises restent invendues. « Faut-il dire à nos agriculteurs de ne pas semer pour l’an prochain ? » s’alarme Yann Bertin, président de la coopérative Graines équitables. En cause, selon lui, une « concurrence déloyale » venue du Canada, « qui rentre en France à moitié prix » et s’impose jusque « dans les cantines des écoles et dans les Ehpad ». Le constat, documenté par Reporterre, est sans appel.
Cette lentille importée prospère grâce à des pratiques interdites en Europe. Outre-Atlantique, les cultures sont traitées au glyphosate avant récolte pour accélérer le séchage. « Chez nous, ce sont les effets du vent et du soleil qui remplacent les produits chimiques », rappelle Françoise Labalette, directrice adjointe de Terres Univia. Les producteurs canadiens utilisent aussi des herbicides bannis dans l’UE, parfois associés à des variétés génétiquement tolérantes. Résultat, des coûts abaissés et une compétitivité écrasante face à une production française plus vertueuse, mais plus fragile.
En novembre, l’émission Sur le front sur France 2 révélait la présence de résidus de pesticides dans plusieurs lots de lentilles canadiennes. La marque Videlys a dû rappeler des lentilles Beluga pour dépassement des seuils autorisés. Si les taux de glyphosate mesurés chez Vivien Paille ou Carrefour restent légaux, le plafond européen a été relevé après une demande de Monsanto Europe, selon un rapport de l’Institut Veblen. Un paradoxe, quand la norme européenne dépasse aujourd’hui celle du Canada.
- Source : France-Soir















