Hongrie : Orbán ordonne la protection militaire des sites énergétiques face aux « actions de déstabilisation » ukrainiennes
Les essentiels de cette actualité
- Viktor Orbán a ordonné le déploiement de soldats pour protéger les infrastructures énergétiques hongroises contre des attaques ukrainiennes sur l’oléoduc russe, affirmant que Kiev menace directement son pays.
- En riposte, la Hongrie a bloqué un prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine et un paquet de sanctions contre Moscou, dénonçant la double norme de l’Union européenne dans sa solidarité envers les États membres affectés.
- Cette crise expose les vulnérabilités énergétiques de l’Europe et le refus de Bruxelles d’aider vraiment, questionnant si la solidarité avec l’Ukraine doit sacrifier les intérêts vitaux des nations comme la Hongrie.
L’affaire est entendue : Viktor Orbán déploie des soldats pour protéger ses infrastructures énergétiques contre une menace ukrainienne. Dans n’importe quel autre contexte, cette décision souveraine d’un chef d’État protégeant les intérêts vitaux de sa nation serait saluée comme un acte de responsabilité élémentaire. Mais voilà : nous sommes en 2026 et le Premier ministre hongrois a le tort impardonnable de ne pas s’aligner aveuglément sur la doxa bruxelloise concernant le conflit russo-ukrainien.
Les faits d’abord. Lundi 23 février, des drones ukrainiens de longue portée ont frappé la station de pompage de Kaleykino, en Tatarstan, un nœud crucial de l’oléoduc Druzhba qui alimente la Hongrie et la Slovaquie en pétrole russe. Un responsable ukrainien s’en est publiquement félicité, décrivant avec une satisfaction non dissimulée cette « bavovna », explosion en ukrainien, comme un coup porté à un « hub clé » de l’approvisionnement.
Depuis l’attaque du 27 janvier sur des équipements en Ukraine occidentale, les livraisons de brut russe vers Budapest et Bratislava sont interrompues.
« J’ai entendu les briefings des services de sécurité nationale et je constate que l’Ukraine prépare de nouvelles actions visant à perturber le fonctionnement du système énergétique hongrois », a déclaré Orbán dans une vidéo publiée sur X.
Face à cette situation, le Premier ministre hongrois a ordonné le renforcement de la protection des infrastructures critiques : déploiement militaire autour des sites stratégiques, patrouilles policières renforcées, zone d’exclusion aérienne dans le comté de Szabolcs-Szatmár-Bereg à la frontière ukrainienne. Dans la foulée, la Hongrie a bloqué le projet européen de prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine et opposé son veto au vingtième paquet de sanctions contre Moscou.
La réaction de Bruxelles fut immédiate : indignation, dénonciation, soupçons de manipulation électoraliste à l’approche du scrutin du 12 avril. Le procès d’intention est lancé. Orbán instrumentaliserait la crise énergétique à des fins politiques. Soit. Mais cette grille de lecture, aussi commode qu’elle soit pour disqualifier le dirigeant hongrois, évite soigneusement l’essentiel : un État membre de l’Union européenne subit des dommages collatéraux directs d’un conflit dans lequel il refuse de s’engager, et l’on voudrait qu’il s’en accommode en silence ?
Announcement ❗️
— Orbán Viktor (@PM_ViktorOrban) February 26, 2026
President @ZelenskyyUa,
I call on you to reopen the Friendship oil pipeline immediately! pic.twitter.com/Kfb6iiQ2iE
Le deux poids, deux mesures de la solidarité européenne
Il y a quelque chose de profondément révélateur dans l’indifférence polie avec laquelle les institutions européennes traitent les préoccupations énergétiques hongroises et slovaques. Depuis deux ans, Bruxelles exige de ces pays qu’ils se conforment aux sanctions contre la Russie, qu’ils diversifient leurs approvisionnements à marche forcée, qu’ils sacrifient des décennies d’infrastructures construites vers l’Est. Fort bien. Mais quand Kiev sabote délibérément, et revendique ce sabotage, les dernières artères qui permettent à ces nations de maintenir leur économie à flot, où est la solidarité européenne ?
La Hongrie importe environ 65 % de son pétrole et 80 % de son gaz de Russie. Ces chiffres ne sont pas le fruit d’une lubie pro-Poutine, mais d’une réalité géographique et historique. Enclavée, sans accès à la mer, Budapest ne peut pas, du jour au lendemain, se connecter aux terminaux GNL de Rotterdam ou de Swinoujscie. La transition énergétique qu’on lui demande d’accomplir en quelques mois prendrait normalement une décennie et nécessiterait des investissements colossaux. Qui les financera ? Certainement pas une Commission européenne trop occupée à distribuer des leçons de morale.
La Slovaquie, dans une situation comparable, exprime les mêmes griefs. Deux États souverains, membres de l’UE et de l’OTAN, se retrouvent pris en étau entre les exigences de Bruxelles et les actions d’un pays candidat à l’adhésion qui n’hésite pas à porter atteinte à leurs intérêts vitaux. L’ironie serait savoureuse si les conséquences n’étaient pas si graves.
Car enfin, de quoi parle-t-on ? D’un pays, l’Ukraine, qui aspire à rejoindre l’Union européenne tout en menant des opérations qui nuisent directement à deux de ses membres actuels. Kiev accuse Moscou d’être responsable des dommages sur son territoire, Budapest accuse Kiev de refuser délibérément de réparer l’oléoduc. Peu importe, au fond, qui dit vrai : le résultat est là. Des citoyens européens subissent les conséquences d’un conflit qu’ils n’ont pas choisi et leurs gouvernements ont le culot de vouloir s’en protéger.
Ukraine is colluding with Brussels to cut Hungary off from cheap oil and gas, drive up fuel prices, and create chaos. They want to weaken Hungary. They will fail. ❌ pic.twitter.com/mZjrbqzHkN
— Orbán Viktor (@PM_ViktorOrban) February 26, 2026
Souveraineté énergétique : le tabou européen
Cette crise hongroise éclaire crûment l’impasse dans laquelle l’Europe s’est elle-même enfermée. Depuis 2022, la doctrine officielle veut que la dépendance énergétique envers la Russie soit une faute morale autant qu’une erreur stratégique. Admettons. Mais qu’a-t-on proposé en échange ? Des injonctions, des ultimatums, des mécanismes de solidarité théoriques qui s’évaporent dès qu’il faut passer à la caisse.
L’Allemagne, elle, a pu négocier des exemptions, des délais, des compensations pour amortir le choc de son sevrage gazier russe. La Hongrie, coupable d’une politique étrangère trop indépendante, doit se débrouiller. Deux poids, deux mesures. La géographie n’excuse rien quand il s’agit de Budapest, mais expliquait tout quand il s’agissait de Berlin et de Nord Stream.
Viktor Orbán n’est certes pas un personnage consensuel. Son rapport ambigu avec Moscou, ses provocations répétées envers Bruxelles, son style politique volontiers abrasif en font une cible facile. Mais réduire sa position actuelle à de la propagande électorale ou à une complaisance pro-russe, c’est refuser de voir l’évidence : un dirigeant élu fait ce que tout dirigeant responsable devrait faire face à une menace sur la sécurité énergétique de son pays.
« Nous ne céderons pas au chantage ».
Ces mots d’Orbán résonnent au-delà de la Hongrie. Ils posent une question que l’Europe refuse d’affronter : jusqu’où la solidarité avec Kiev doit-elle aller ? Jusqu’à accepter que des États membres voient leur économie asphyxiée ? Jusqu’à tolérer que l’Ukraine mène des opérations qui frappent indirectement des pays alliés ?
Open Letter to President Volodymyr Zelenskyy
— Orbán Viktor (@PM_ViktorOrban) February 26, 2026
Mr. President,
For four years, you have been unable to accept the position of the sovereign Hungarian government and the Hungarian people regarding the Russia–Ukraine war.
For four years, you have been working to force Hungary into…
La France, qui a longtemps défendu une voix indépendante sur la scène internationale, devrait méditer cette leçon hongroise. Notre propre dépendance énergétique, notre propre vulnérabilité aux chocs extérieurs, notre propre difficulté à faire entendre une position nuancée dans le concert européen : tout cela devrait nous inciter à regarder Budapest avec autre chose que le mépris convenu des chancelleries.
Car au fond, ce que réclame Orbán n’a rien d’extravagant : le droit pour une nation de protéger ses intérêts vitaux, même quand cela déplaît à ses partenaires. Le droit de ne pas être la variable d’ajustement d’un conflit qui la dépasse. Le droit, en somme, à la souveraineté. Ce mot que l’Europe a désappris à prononcer autrement qu’entre guillemets.
Les prochaines semaines diront si Budapest maintiendra son veto aux sanctions et au prêt ukrainien. Les pressions seront immenses, les accusations de trahison européenne fusseront. Mais une chose est certaine : en déployant ses soldats autour de ses centrales et de ses stations de pompage, Viktor Orbán rappelle à qui veut l’entendre qu’un État digne de ce nom ne sous-traite pas sa sécurité. Ni à Bruxelles, ni à Kiev, ni à personne.
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La Hongrie va déployer des troupes pour protéger ses infrastructures énergétiques depuis l’Ukraine
« Le gouvernement ukrainien exerce des pressions sur les gouvernements hongrois et slovaque par le biais d’un blocus pétrolier. Il ne s’arrêtera pas là, car il prépare d’autres actions visant à perturber le système énergétique hongrois », a déclaré mercredi le Premier ministre hongrois.
Il est important de noter que la Hongrie ne combat pas l’OTAN avec la Russie, mais qu’elle ne combat pas non plus la Russie avec l’OTAN. L’Ukraine cherche peut-être à intensifier la guerre en impliquant des pays qui sont restés neutres et qui cherchent à mettre fin à ce conflit qui dure depuis quatre ans.

Mercredi, le Premier ministre hongrois Viktor Orban a annoncé avoir ordonné à des unités militaires et à des forces de police supplémentaires de surveiller les sites d’infrastructures énergétiques dans l’est de son pays, à la suite d’une attaque ukrainienne contre les infrastructures énergétiques russes qui alimentent la Hongrie et la Slovaquie en pétrole.
Selon Orban, Kiev tente de « faire chanter » Budapest dans le cadre de la guerre qui dure depuis maintenant quatre ans :
Nous ne céderons pas au chantage
J’ai ordonné le renforcement de la sécurité des infrastructures énergétiques critiques.
Le gouvernement ukrainien exerce une pression sur les gouvernements hongrois et slovaque par le biais d’un blocus pétrolier. Il ne s’arrêtera pas là, car il prépare d’autres actions visant à perturber le système énergétique hongrois.
La Hongrie ne peut pas être victime de chantage
We will not give in to blackmail ❗️
— Orbán Viktor (@PM_ViktorOrban) February 25, 2026
I have ordered increased security for critical energy infrastructure.
The Ukrainian government is exerting pressure on the Hungarian and Slovak governments through an oil blockade. They will not stop there, as they are preparing further… pic.twitter.com/bulICvhy1m
Lundi, Remix News a rendu compte de la frappe massive ukrainienne qui a détruit les infrastructures pétrolières alimentant la Hongrie et la Slovaquie :
Les forces ukrainiennes ont lancé une série de frappes contre Belgorod à l’aide de plus de 200 drones. Plusieurs victimes civiles ont été signalées, bien que les cibles semblaient être une usine de gaz naturel et des usines de missiles.
Les dommages causés aux infrastructures énergétiques russes constituent un nouveau coup dur pour la Hongrie et la Slovaquie, qui ont appelé Zelensky à redémarrer l’oléoduc Druzhba, qui transporte le pétrole russe vers ces deux pays. Pour l’instant, les deux pays ont suspendu leurs exportations de diesel, tandis que Budapest s’est engagée à bloquer le prochain paquet de sanctions qui sera voté aujourd’hui à Bruxelles.
« L’Ukraine a bloqué les livraisons de pétrole via l’oléoduc Druzhba. Il n’y a aucun obstacle technique, il s’agit d’une décision politique. Ils font pression sur nous au sujet de l’énergie russe, de l’argent et de l’adhésion à l’UE. Je le dis clairement : la Hongrie ne cédera pas au chantage », a déclaré aujourd’hui le Premier ministre hongrois Viktor Orbán.
Russia's war-related costs are rising again, and this is more bad news for Orbán and Fico - Ukrainian drones struck the Kaleikino oil pumping station in the Almetyevsk district of Tatarstan, which is the starting point of the Druzhba pipeline👇 pic.twitter.com/AP3gKxBlbB
— EDVIN KORNELIUS (@edvin_kornelius) February 23, 2026
Immédiatement après l’attaque, Orban s’est adressé au monde entier, déclarant que la Hongrie ne se laisserait pas intimider par cette frappe :
🇭🇺 @PM_ViktorOrban: Ukraine has blocked oil deliveries on the Druzhba pipeline. There is no technical obstacle; this is a political decision. They are pressuring us over Russian energy, money, and EU membership. I make it clear: Hungary will not give in to blackmail. pic.twitter.com/mh4dtaxoWe
— Zoltan Kovacs (@zoltanspox) February 23, 2026
Kiev ne semble toutefois pas en avoir fini, puisque ce pays en proie à des conflits envisagerait de s’attaquer à nouveau à la Hongrie, pourtant neutre.
« Le directeur politique d’Orban, Balazs Orban, a affirmé que les informations dont disposaient les autorités du pays indiquaient que Kiev « préparait de nouvelles actions visant à perturber le fonctionnement du système énergétique hongrois », a déclaré RT mercredi. « Ce déploiement intervient après que Budapest a opposé son veto au dernier train de sanctions de l’UE contre la Russie, ainsi qu’à un prêt d’urgence de 90 milliards d’euros (106 milliards de dollars) en faveur de l’Ukraine. Ce prêt avait été approuvé à la fin de l’année dernière, après que la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque aient décidé de ne pas y contribuer financièrement ».
Il est important de noter que, contrairement à la Biélorussie, la Hongrie ne combat pas l’OTAN avec la Russie, mais elle ne combat pas non plus la Russie avec l’OTAN.
L’Ukraine cherche peut-être à intensifier la guerre en impliquant des pays qui sont restés neutres et qui cherchent à mettre fin à ce conflit qui dure depuis quatre ans.
Le 3 février, Orban a déclaré que son pays, ainsi que la Slovaquie et la République tchèque (pays pris au milieu du conflit entre l’UE et la Russie), devaient œuvrer pour empêcher l’Europe de s’engager dans la guerre :
Le @EPP veut supprimer les droits de veto et transformer l’UE en une alliance militaire belliciste. Cela menace toute l’Europe. La Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque doivent continuer à travailler ensemble pour garantir leur souveraineté et empêcher l’Europe d’être entraînée dans la guerre. Nous ne pouvons pas laisser les plans tordus du PPE devenir l’avenir de l’Europe.
⚠️ The @EPP wants to strip veto rights and turn the EU into a warmongering military alliance. This threatens all of Europe. Hungary, Slovakia, and the Czech Republic must continue working together to secure sovereignty and prevent Europe from being dragged into war. We cannot… pic.twitter.com/doJvGzpOZE
— Orbán Viktor (@PM_ViktorOrban) February 3, 2026
Source: Jade - Aube Digitale
- Source : Géopolitique Profonde












