Iran, Bulgarie, Turquie : les eurodéputés français incapables de lire une carte du Moyen-Orient
Il est des images qui valent tous les discours. Celle d’un eurodéputé pointant résolument la Bulgarie sur une carte muette en croyant désigner l’Iran en fait partie. Diffusé début mars par l’émission Quotidien sur TMC, le reportage est devenu viral ce week-end sur les réseaux sociaux, alors même que la guerre au Moyen-Orient entre dans sa troisième semaine. Le timing ne pouvait être plus cruel, ni la leçon plus cinglante.
Les noms sont désormais connus, et il serait malhonnête de ne pas les citer. L’eurodéputée socialiste Emma Rafowicz a montré la Bulgarie. Fabienne Keller, de Renaissance, a pointé la Turquie. Marie Toussaint, écologiste, a finalement opté pour l’Afghanistan après une longue hésitation. Son collègue David Cormand, lui, a désigné l’Arabie saoudite avec la même conviction tranquille. Quant à Benjamin Haddad, ministre chargé de l’Europe, il a tenté de sauver la mise en indiquant le détroit d’Ormuz, ce qui, au moins, le place dans la bonne région du monde, même si ce n’était pas la réponse attendue.
« On n’a pas la science infuse, on fait ce qu’on peut. Il y a beaucoup de sujets sur lesquels on doit apprendre, et donc on n’est pas des encyclopédies sur pattes, on fait ce qu’on peut pour être au courant des choses. »
C’est David Cormand qui a prononcé ces mots, invité à commenter le taux d’erreurs parmi ses collègues. La formule est presque désarmante de sincérité. On voudrait l’excuser si elle ne résumait pas aussi bien un problème structurel : des élus qui légifèrent, délibèrent et votent sur des crises géopolitiques majeures sans en maîtriser les contours géographiques les plus élémentaires. Ce n’est pas un aveu d’humilité. C’est, involontairement, une description du mandat lui-même.
Ils ne savent même pas où est l’Iran.
— Marcel (@realmarcel1) March 14, 2026
L’inculture au pouvoir…
Via @denkinte_2
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Quand l’incompétence se drape dans la désinvolture
Il ne s’agit pas ici de se livrer à un concours de moqueries faciles. Confondre deux pays sur une carte muette peut arriver à n’importe qui dans un moment de stress. Mais plusieurs éléments rendent cette séquence réellement inquiétante. D’abord, il ne s’agit pas d’élus lambda pris en flag d’ignorance passagère : ce sont des représentants au Parlement européen, institution qui a précisément vocation à peser sur les grandes orientations politiques du continent, y compris en matière de conflits internationaux. Ensuite, les erreurs concernent une région, le Moyen-Orient, qui est au cœur de l’actualité diplomatique depuis des années. Enfin, et c’est peut-être le plus grave, la réaction de David Cormand ne traduit aucune gêne réelle. « On fait ce qu’on peut » : voilà qui ne devrait pas être acceptable comme standard pour des mandataires publics rétribués par les contribuables européens.
Sur les réseaux sociaux, les internautes n’ont pas mâché leurs mots. « C’est impossible d’être aussi inculte », « On les vire quand ? », « Désespérant » : les réactions oscillent entre indignation et découragement. Manon Aubry, eurodéputée de La France Insoumise et qui, elle, a su localiser l’Iran correctement, a formulé une remarque plus politique : « Ces erreurs seraient drôles si le Parlement européen n’avait pas à se prononcer sur la guerre en cours… Je comprends mieux pourquoi certains rechignent à la condamner ! » La pique est acérée et elle touche juste. Car le problème n’est pas seulement géographique.
À noter d’ailleurs que parmi ceux qui ont su répondre correctement figurent également Jordan Bardella et Raphaël Glucksmann, deux personnalités aux antipodes l’une de l’autre sur l’échiquier politique, mais capables toutes deux de situer l’Iran sur un planisphère. Ce détail mérite d’être retenu, non pour en faire un argument partisan, mais parce qu’il montre que la compétence géographique de base ne dépend pas d’une étiquette politique. Elle dépend d’une curiosité minimale pour le monde.
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— Laurent Ozon (@LaurentOzon) March 14, 2026
La question du mandat démocratique
Ce que révèle cette séquence dépasse largement la géographie. Elle pose une question que nos démocraties rechignent à formuler ouvertement : à quoi ressemble le niveau minimal de compétence qu’un citoyen est en droit d’attendre de ses représentants ? La réponse instinctive est que l’on ne peut pas tout savoir, et c’est juste. Un élu n’est pas un encyclopédiste. Mais il existe une différence entre ignorer les subtilités du droit international et être incapable de placer sur une carte du monde le pays sur lequel on va voter.
Il y a quelque chose de profondément révélateur dans cette séquence pour qui observe le Parlement européen avec un œil critique. Cette institution, souvent présentée comme le garant démocratique d’une construction supranationale toujours plus intégrée, est aussi une assemblée où siègent des élus dont le lien avec les réalités concrètes, qu’elles soient géographiques, économiques ou culturelles, peut s’avérer étonnamment ténu. Ce n’est pas un argument contre l’idée même de représentation. C’est un argument pour exiger que cette représentation soit à la hauteur de ce qu’elle prétend incarner.
La viralité de ces images tient précisément à ce qu’elles cristallisent un malaise diffus mais réel : celui de citoyens qui observent leurs représentants avec une distance croissante et qui peinent à retrouver, dans ces visages et ces mots, quelque chose qui ressemble à leur propre rapport au monde. « On fait ce qu’on peut » est peut-être la phrase la plus honnête prononcée dans les couloirs du Parlement européen depuis longtemps. Et c’est précisément là le problème.
- Source : Planetes360












