L’UE représente une menace beaucoup plus crédible pour la Russie que l’inverse
Si les États-Unis supervisent l'optimisation du complexe militaro-industriel, de la logistique militaire et d'autres aspects liés à la défense de l'UE dans le but de surpasser largement les capacités russes dans ce domaine, le défi auquel la Russie pourrait être confrontée à sa frontière occidentale pourrait être similaire à celui de juin 1941.
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a réaffirmé la position de longue date de la Russie lors d'un récent entretien : « Nous n'attaquerons aucune partie de l'Europe. Nous n'en avons absolument aucune raison. Et si l'Europe choisit de concrétiser ses menaces de guerre et d'attaquer la Russie, il ne s'agira pas d'une opération militaire spéciale, mais d'une riposte militaire d'envergure, avec tous les moyens disponibles, conformément à la doctrine en la matière ».
En d'autres termes, la Russie n'a jamais envisagé de risquer une Troisième Guerre mondiale en envahissant les pays baltes et/ou la Pologne, dont les populations hostiles représenteraient une menace permanente pour sa sécurité en cas d'occupation. Toute affirmation contraire n'est que le reflet du traumatisme lié aux périodes les plus sombres de leur histoire conflictuelle avec la Russie, dont les détails dépassent le cadre de cette analyse. Il suffit de savoir que les accusations de revanchisme russe militant à leur égard sont dénuées de fondement.
Cela étant dit, il ne fait aucun doute que la Pologne et ses alliés européens de l'OTAN représentent, de manière générale, une menace crédible pour la sécurité de la Russie. Cependant, leur nature évolue et, par prudence, Poutine n'autorisera pas une première frappe au risque de déclencher une Troisième Guerre mondiale. Avant le développement par la Russie de missiles hypersoniques, l'infrastructure de défense antimissile américaine en Pologne réduisait les capacités de seconde frappe nucléaire de la Russie, mais ces armes ont depuis rétabli la parité stratégique en neutralisant cette menace.
La dernière menace émanant de Pologne envers la Russie concerne son renforcement militaire sans précédent, qui lui a permis de disposer de la plus grande armée de l'UE avec plus de 215 000 hommes, avec l'objectif d'atteindre 300 000 hommes d'ici 2030 et un demi-million d'ici 2039 (dont 200 000 réservistes). « L'Allemagne rivalise avec la Pologne pour mener la stratégie d'endiguement de la Russie », tandis que l'UE a promulgué l'année dernière le plan « Réarmer l'Europe » de 800 milliards d'euros. Toutes ces réserves atteindront rapidement la frontière russo-biélorusse grâce à l'« espace de Schengen militaire ».
Il s'agit de l'accord conclu début 2024 entre les Pays-Bas, l'Allemagne et la Pologne pour faciliter la circulation des troupes et du matériel à travers leurs frontières, avec l'intention que la Belgique et la France y adhèrent également. Le flanc oriental de l'OTAN se militarise lui aussi rapidement, non seulement en doublant ses acquisitions d'armements et ses effectifs, mais aussi en renforçant ses infrastructures. La « Ligne de défense de l'UE », qui relie la « Ligne de défense balte » et le « Bouclier oriental » polonais, se transforme rapidement en un nouveau rideau de fer.
Plus inquiétant encore, la stratégie de défense nationale de Trump 2.0 affirme que « l'OTAN européenne surpasse largement la Russie en termes d'échelle économique, de population et, par conséquent, de puissance militaire latente ». Il est donc impératif de gérer au mieux cette situation afin de contenir efficacement la Russie. Bien que la Russie soit en train de remporter la « course logistique » et la « guerre d'usure » face à l'OTAN en Ukraine, il lui sera de plus en plus difficile de conserver son avance, et la potentielle supériorité de l'UE sur ses capacités pourrait devenir une menace existentielle en cas de conflit.
C'est dans ce contexte que Lavrov a fortement laissé entendre que la Russie utiliserait l'arme nucléaire en réponse à toute invasion hypothétique de l'UE. Si les États-Unis supervisent l’optimisation du complexe militaro-industriel, de la logistique militaire et d’autres questions liées à la défense au sein de l’UE, le défi auquel la Russie pourrait être confrontée à sa frontière occidentale pourrait être similaire à celui de juin 1941. Contrairement à cette époque, la Russie est aujourd’hui une superpuissance nucléaire, et cela pourrait être le seul facteur dissuadant l’UE d’envahir la Russie.
Traduction MCT
- Source : Bulletin d'information d'Andrew Korybko












