Pour protéger ses habitants des pesticides, une commune rachète les terres agricoles avoisinantes
« On me dit : ’’vous êtes écolo’’. Je réponds, je suis centre droit. » Jean-Luc Algay est un maire qui a décidé de protéger sa population des pesticides. Élu depuis 2014 à L’Houmeau, une commune de 3000 habitants au nord-ouest de La Rochelle (Charente-Maritime), il se bat pour racheter les terres agricoles qui bordent les habitations. « Pour le moment, on a racheté quasiment 20 hectares ».
Dans une salle de la mairie, l’homme de 61 ans nous montre la carte de L’Houmeau. « Vous voyez la partie orange ? Ce sont des cultures intensives. » Des céréales y sont essentiellement cultivées, avec leur lot d’insecticides, de fongicides et d’herbicides épandus régulièrement. Quand on évoque la mise en place de zones tampons entre les habitations et les épandages, Jean-Luc Algay balaie la mesure : « il faudrait au minimum 100 mètres » quand une distance de 5 à 10 mètres est aujourd’hui préconisée par le ministère de l’Agriculture. « Ça ne sert à rien », tranche-t-il.

Les parcelles acquises par L’Houmeau, en vert, situées entre le bourg et l’océan. © DR
Son équipe et lui ont fait un autre choix. « On s’est battus pour que ces 44 hectares passent en espace naturel sensible, explique-t-il. Si tel est le cas, quand un propriétaire vend, c’est la collectivité qui est prioritaire pour acheter et non plus la Safer [instance collective qui attribue le foncier, ndlr]. » Une délibération en ce sens est adoptée par la commune, soutenue par le département. « La chambre d’agriculture a répondu non, mais hors délai », précise Jean-Luc Algay.
« Toutes ces saloperies qu’on jette dans les champs »
Pourquoi avoir fait du rachat des terres une priorité du mandat ? « Ce qui m’éveille, ce sont les premières mesures de l’Atmo [observatoire de la qualité de l’air, ndlr] en 2014 » qui relève notamment les données concernant les pesticides dans l’air. « Je découvre qu’il y a potentiellement un gros impact sur la santé humaine. » Jean-Luc Algay évoque aussi le souvenir de son père, agriculteur. « Je reste marqué par les grands gants qu’il portait pour remuer les produits. Sa peau était fripée. Il me disait : ’’regarde toutes ces saloperies que l’on jette dans les champs" ».
« Certains habitants ne comprenaient pas pourquoi on voulait racheter les terres », se souvient Aurélie Crouzeau, maire adjointe à l’enfance et la jeunesse de L’Houmeau. « Il a fallu beaucoup expliquer et communiquer. » La commune met en avant la protection de l’environnement et du cadre de vie avec ses zones de marais et son espace Natura 2000. « Le bourg est aussi sous vent dominant ouest à 80 %, on reçoit beaucoup de molécules. Et le ruissellement pose la question de la qualité des eaux », ajoute Jean-Luc Algay, alors que des ostréiculteurs sont installés à proximité.

Vue sur une parcelle de L’Houmeau, achetée par la commune en 2024. © Nolwenn Weiler
Le maire écrit donc des courriers aux propriétaires, dont une grande partie ne vit plus sur la commune et loue ses terres à des agriculteurs. Il renouvelle l’opération chaque année. « Les personnes m’appellent pour me dire qu’elles ne veulent pas vendre. Je les laisse cogiter et mûrir leur décision. Chaque fois qu’il y a un article dans la presse sur les pesticides, cela décante. Et cette année, une dame nous a vendu 11 hectares d’un coup. » Au prix de 0,5 euro le mètre carré, l’acquisition de ces onze hectares représente une somme de 55 000 euros pour la commune. Avec quel retour sur investissement ? « La qualité de vie ! La santé n’a pas de prix », assume Jean-Luc Algay.
Menacé de séquestration par la FNSEA locale
Ces rachats de terres agricoles ne sont pas du goût du syndicat agricole majoritaire, la FDSEA. Ses adhérents déversent, le 22 mars 2023, du fumier et des pneus à l’entrée et à la sortie de L’Houmeau. « Ce n’était qu’un premier avertissement. S’il faut séquestrer le maire dans sa mairie, nous le ferons. Nous voulons être tranquilles pour travailler. Si nous laissons faire, ce qui se passe à L’Houmeau, se passera ailleurs », menace à cette occasion Sébastien Brochet, président de la FNSEA pour le canton de La Rochelle, dans le journal Sud-Ouest.[
Initialement, la mairie projetait aussi d’installer un maraîcher en agriculture biologique. Mais des analyses de la qualité de l’eau de la nappe phréatique, menées par le laboratoire Qualyse en mars 2024, entravent ce projet. La découverte fait suite à des forages menés à 15 mètres de profondeur pour développer du chauffage par géothermie sur nappe à destination du groupe scolaire. C’est l’opérateur qui a alerté la commune. La teneur en nitrates – qui proviennent principalement des engrais azotés utilisés en agriculture pour favoriser la croissance des plantes – est supérieure à la norme (64,2 mg/l d’eau), quand, dans l’eau potable, elle doit être au maximum de 50 mg/l pour les adultes et de 10 mg/l pour les nourrissons.
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- Source : Basta!








