Dieudonné condamné à six mois de prison après avoir célébré l’anniversaire de sa fille, née le 7 octobre !
Dieudonné a été condamné à six mois de prison ferme aménagés sous bracelet électronique après une vidéo dans laquelle il qualifiait le 7 octobre de date « merveilleuse, extraordinaire, féerique », avant d’expliquer qu’il s’agissait de l’anniversaire de sa fille. Une apologie du terrorisme pour la justice.
Il fallait y penser. La France, patrie autoproclamée de Voltaire, de Charlie, de l’irrévérence, de « l’esprit français » et de la liberté d’expression qu’on aime tant célébrer dans les discours officiels, vient d’offrir une nouvelle contribution à l’histoire mondiale de l’humour : six mois de prison ferme aménagés sous bracelet électronique, 5 000 euros d’amende et trois ans d’inéligibilité pour Dieudonné, notamment pour « apologie du terrorisme ».
Au cœur du dossier, une vidéo publiée le 7 octobre 2024.
Ce jour-là, Dieudonné commence par évoquer cette date : « Quel bonheur, quelle joie infinie ! », parlant ensuite d’une date « merveilleuse, extraordinaire, féerique ». Suspense insoutenable. Tambours. Sirènes. Et puis arrive la révélation : le 7 octobre est le jour de naissance de sa fille.
Lors de l’audience de juin, la vidéo a bien été examinée dans son ensemble : Dieudonné oppose volontairement son bonheur personnel au caractère tragique que revêt désormais cette date dans l’actualité, avant d’expliquer qu’elle est pour lui « merveilleuse » parce que sa fille y est née. C’est précisément cette ambiguïté que lui reproche l’accusation.
Mais voici désormais la question autrement plus sérieuse : depuis quand le mauvais goût se mesure-t-il en mois de bracelet électronique ?
https://twitter.com/i/status/2100651539446555089
Le 7 octobre 2023 a été le théâtre d’attaques terroristes et de massacres dont la gravité n’a nul besoin d’être relativisée pour poser une autre question : une date historique tragique annule-t-elle tous les événements personnels qui lui préexistaient ?
Une personne née un 11 septembre peut-elle encore déclarer que le 11 septembre est « le plus beau jour de l’année » ?
Un enfant né le 13 novembre peut-il recevoir publiquement un « quelle journée magnifique ! » de ses parents ?
Apparemment, en 2026, la plaisanterie peut coûter cher.
« Fils de ta mère la pure, la sainte » : attention, violence extrême
Autre séquence versée au dossier : celle adressée à Laurent Nuñez, alors préfet de police de Paris.
Dieudonné lance :
« Nono, Nuñez, fils de ta mère la pu… la pure, la sainte, Nuñez ! Pourquoi tu m’envoies tes clébards ? Porte tes couilles ! Viens, on va parler tous les deux. »
La finesse de Racine n’est effectivement pas immédiatement perceptible. L’Académie française ne devrait probablement pas inscrire « porte tes couilles » au programme de l’agrégation de lettres classiques.
Mais l’accusation retenait précisément l’hésitation « la pu… la pure » ainsi que le terme « clébards » visant les policiers. Dieudonné, lui, a répondu à l’audience : « Si j’avais voulu dire sa mère la pute, je l’aurais dit », affirmant invoquer « la mère, la pure, la sainte ».
On entre ici dans un territoire fascinant : celui où un tribunal doit déterminer ce qu’un humoriste allait peut-être dire avant de ne pas le dire.
La justice littéraire vient de franchir un cap. Après l’analyse du texte, voici l’analyse du mot interrompu.
Bientôt, la jurisprudence du bégaiement.
Juger une phrase ou juger Dieudonné ?
Son avocat Karim Laouafi l’avait formulé brutalement à l’audience : « Si ce n’était pas Dieudonné, on ne serait pas là. »
Lors de l’audience du 17 juin, Dieudonné était poursuivi pour quatre infractions : deux faits d’apologie du terrorisme et des injures visant Laurent Nuñez et les forces de l’ordre. Le parquet avait requis un an de prison ferme et 20 000 euros d’amende.
Son lourd passé judiciaire faisait également partie du débat. Et c’est précisément là que commence le malaise.
Une justice pénale doit-elle déterminer ce qu’un homme a effectivement dit à un instant donné ou ce que l’on suppose qu’un homme comme lui voulait forcément dire ?
Car une démocratie qui protège réellement la liberté d’expression ne la réserve pas aux plaisanteries validées par le service après-vente de la bienséance.
La liberté de faire rire tout le monde avec une blague parfaitement consensuelle n’a jamais eu besoin d’être protégée.
Celle qui pose problème commence exactement là où la phrase choque, dérange, provoque…
On peut condamner moralement une plaisanterie. On peut démonter sa mécanique. On peut rappeler le contexte. On peut répondre à Dieudonné. On peut le caricaturer à son tour. On peut quitter la salle. On peut ne plus acheter une seule place de spectacle.
Mais lorsqu’une blague fondée sur une ambiguïté se termine par un bracelet électronique, il est légitime de demander si la République n’est pas en train de sortir un marteau-piqueur judiciaire pour écraser une vanne.
- Source : Le Média en 4-4-2












