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Mercredi, 08 Avr. 2026

La politique climatique européenne met l’industrie sur la défensive ; même ses détracteurs finissent par céder

Auteur : Aube Digitale | Editeur : Walt | Mercredi, 08 Avr. 2026 - 00h15

Dans le secteur des médias, cinq mois, c’est une éternité. Et il semble en effet qu’une éternité se soit écoulée depuis que Christian Kullmann, PDG du géant allemand de la chimie Evonik, a vivement critiqué la politique climatique européenne fin octobre.

À l’époque, Kullmann avait accordé une interview au Süddeutsche Zeitung, dans laquelle il appelait, sinon à la suppression pure et simple, du moins à un affaiblissement significatif du système européen d’échange de quotas d’émission de CO₂, compte tenu de la situation économique dramatique.

Kullmann a souligné à juste titre qu’il n’existe probablement nulle part ailleurs dans le monde un régime de CO₂ plus strict qu’au sein de l’UE. Et comme le climat, comme nous le savons, n’a pas de frontières, il a fait valoir qu’il était peu judicieux de pénaliser ainsi les technologies de pointe nationales. Il a explicitement évoqué le coûteux système d’échange de quotas de CO₂, qui a coûté la somme astronomique de 21,4 milliards d’euros à l’économie allemande rien que l’année dernière – sous le couvert de la politique climatique via ce mécanisme relativement nouveau.

Cinq mois après ces déclarations remarquables – qui ont brièvement rompu le silence de longue date des dirigeants industriels allemands –, il convient de se demander s’il existe ailleurs dans le monde un projet comparable au régime de CO₂ de l’UE. Alors que les États-Unis abandonnent leur politique de pénurie énergétique artificielle, leur guerre contre la production d’énergie conventionnelle et la réglementation excessive de leur propre base industrielle, l’UE se retrouve désormais seule dans sa campagne idéologique contre la rationalité économique. Personne d’autre ne semble disposé à se joindre au chœur de l’apocalyptisme climatique européen.

Cet isolationnisme européen peut être perçu ailleurs comme une forme de contre-colonisation de dernière heure — un reflux de capitaux provenant d’Européens repentis, prêts à accepter un sacrifice auto-imposé pour aider d’autres régions à se remettre sur pied. Partout dans le monde, ce « suicide de la décroissance » naïf et altruiste est bien accueilli, car il apporte non seulement un soi-disant soutien climatique financé par les fonds européens, mais surtout des investissements industriels accélérés de la part des entreprises européennes – servis sur un plateau d’argent par les décideurs politiques écosocialistes. Un élément civilisationnel dont l’Europe elle-même semble désormais penser pouvoir se passer.

En Chine, on a appris à rester discret lorsqu’un rival géopolitique commet erreur sur erreur – comme c’est actuellement le cas avec la politique climatique européenne. Les entreprises à forte intensité énergétique comme Evonik sont pénalisées par la tarification du CO₂ qui leur impose un désavantage concurrentiel artificiel. Une fois intégré aux structures politiques et administratives, cela équivaut à un véritable programme de relance pour les sites industriels étrangers.

Dans le même temps, la Chine – à l’instar des États-Unis de plus en plus déréglementés sous la présidence de Donald Trump – exerce un puissant effet d’aspiration sur les marchés financiers mondiaux. Le monde bénéficie de l’ingénierie allemande et des capitaux européens.

Cette dynamique est particulièrement évidente dans l’industrie chimique. En tant que secteur à forte intensité énergétique, elle a subi l’un des coups les plus durs de la politique climatique européenne, aux côtés de l’industrie automobile. L’avertissement de Kullmann concernant l’érosion des fondements économiques était plus que justifié — mais il est arrivé bien trop tard et est resté, pendant un certain temps, une voix isolée dans le désert.

Depuis 2018, l’industrie chimique allemande a perdu environ un quart de sa capacité de production. Le secteur fonctionne à un taux d’utilisation moyen de seulement 70 %, un niveau qui reflète une dépression sectorielle sans précédent en Allemagne depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Pourtant, plus la situation économique empire, plus les décideurs politiques allemands s’accrochent fermement à leur croyance en la transition écologique. Le silence des entreprises est assuré par une machine de subventions massive, tout comme le secteur médiatique, qui leur est favorable, fournit la bande-son stridente accompagnant le déclin économique général.

Faisant preuve d’une grande habileté tactique d’un point de vue médiatique, Bruxelles – sous la pression de l’industrie européenne – a accepté d’alléger quelque peu le fardeau des coûts liés au CO₂. La Commission européenne devrait geler temporairement le volume de quotas en circulation au sein de la réserve de stabilité du marché afin de stabiliser les prix.

Pour le PDG d’Evonik, Kullmann, le résultat présenté par Bruxelles semble acceptable. Ses critiques autrefois virulentes à l’égard du mécanisme du CO₂ se sont mystérieusement évaporées dans l’éther médiatique. Ce revirement fait clairement suite à la promesse de nouvelles subventions.

Un mécanisme destructeur s’est mis en place entre les grandes entreprises et une classe politique écosocialiste. Au niveau médiatique, les dirigeants d’entreprise et les acteurs politiques mettent en scène une sorte de jeu de ping-pong qui simule un débat critique et des conflits d’intérêts aux plus hauts niveaux de la prise de décision.

De toute évidence, il n’y a aucune volonté de ralentir ne serait-ce qu’un peu le transfert de richesse en cours – des secteurs productifs de la société vers les secteurs extractifs politiquement favorisés tels que l’économie verte – même en période de stagnation économique prolongée. Les conséquences économiques et sociales de cette politique sont, pour l’instant, commodément ignorées tant à Bruxelles qu’à Berlin.


- Source : Aube Digitale

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