Les vrais gagnants de la guerre contre l'Iran : l'économie florissante de la mort
Alors que les missiles s'abattent sur Téhéran et que les drones iraniens ciblent les bases du Golfe, une autre guerre se joue en silence, celle des carnets de commandes, des cours de Bourse et des dividendes. Pendant que les peuples comptent leurs morts, d'autres comptent leurs profits.
Le complexe militaro-industriel américain : les grands vainqueurs
Le déclenchement de l'opération « Epic Fury » le 28 février 2026 a déclenché une ruée vers l'or à Wall Street. RTX (ex-Raytheon) a gagné près de 5 % dès les premiers jours, tandis que L3Harris Technologies et General Dynamics ont également enregistré de solides progressions.
Mais ces hausses immédiates ne sont que la partie visible de l'iceberg. Sur la période 2023–2026, RTX a vu son cours de Bourse progresser de 110 %, suivi de Northrop Grumman (+60 %), General Dynamics (+57 %), Lockheed Martin (+37 %) et Boeing (+5 %). Ces chiffres racontent une histoire simple : les marchés anticipaient cette guerre longtemps avant qu'elle n'éclate.
Lockheed Martin est au sommet de la pyramide. En 2024, ses ventes d'armements ont atteint le record de 64,65 milliards de dollars, représentant 91 % du chiffre d'affaires total du groupe. Son carnet de commandes dépasse aujourd'hui 150 milliards de dollars. En janvier 2026, Lockheed a signé un accord-cadre avec le Pentagone pour quadrupler la production d'intercepteurs THAAD, de 96 à 400 unités par an, à 12,77 millions de dollars pièce. Chaque missile tiré doit être remplacé.
RTX / Raytheon profite mécaniquement de chaque interception. Raytheon produit environ 550 intercepteurs PAC-3 MSE par an pour l'ensemble de sa clientèle mondiale. Or l'Iran en consomme plus vite qu'ils ne peuvent être remplacés. C'est le paradoxe lucratif de la guerre défensive : plus on se protège, plus on enrichit le fabricant.
Northrop Grumman a réalisé la plus forte hausse en pourcentage en un seul jour lors du début du conflit, avec +6 %. Ses bombardiers furtifs B-2 Spirit ont joué un rôle central dans les frappes en profondeur contre les cibles iraniennes fortifiées.
Le 6 mars 2026, Donald Trump réunissait à la Maison-Blanche les PDG de ces géants. Il a annoncé un plan pour quadrupler la production d'armements dits « de classe exquise », avec l'objectif d'atteindre les plus hauts niveaux de production aussi rapidement que possible.
L'industrie israélienne de défense : la guerre comme catalogue publicitaire
Les entreprises israéliennes bénéficient d'un mécanisme particulier. Elbit Systems est brièvement devenue la société cotée la plus précieuse d'Israël, ses actions ayant grimpé de 45 % depuis janvier 2026. Rafael fournit les systèmes Iron Dome et David's Sling, tandis qu'Israel Aerospace Industries fournit le système de défense Arrow à haute altitude. Ces trois entreprises génèrent un intérêt croissant à l'export de la part de gouvernements européens, asiatiques et du Golfe, qui observent ces systèmes à l'œuvre face aux missiles balistiques iraniens et recalibrent leurs propres plans d'acquisition.
La guerre est, pour l'industrie de défense israélienne, la meilleure démonstration commerciale qui soit.
Ukraine : le nouvel entrant inattendu du marché anti-drone
C'est le retournement de situation le plus spectaculaire de ce conflit. L'Ukraine, nation appauvrie par quatre ans de guerre défensive contre la Russie, est devenue en quelques semaines l'un des fournisseurs les plus courtisés du Golfe. Son arme ? Une expertise forgée à feu vif contre le drone Shahed — celui-là même qu'Iran arrose aujourd'hui sur l'Arabie saoudite, les Émirats, le Qatar et Bahreïn.
Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, les pays du Golfe sont frappés presque tous les jours par des drones iraniens Shahed, les mêmes que ceux utilisés par la Russie pour viser l'Ukraine. Pour y faire face, Kiev a développé de nouveaux outils, dont un drone intercepteur capable de neutraliser les Shahed en plein vol, pouvant atteindre 310 km/h et voler jusqu'à 9 000 mètres d'altitude.
L'argument décisif est économique. Ces systèmes ukrainiens coûtent entre 1 000 et 3 000 dollars, alors que les missiles occidentaux coûtent entre un et trois millions de dollars l'unité, sans compter le coût d'une heure de vol d'un avion de chasse. Abattre un Shahed à 50 000 dollars avec un Patriot à dix millions, c'est une absurdité comptable que les pays du Golfe ne peuvent pas se permettre indéfiniment.
Le groupe General Cherry, un important producteur privé ukrainien qui fabrique des intercepteurs anti-Shahed baptisés « Bullet », a reçu des centaines, voire des milliers de messages provenant de quasiment tous les pays du Moyen-Orient attaqués par l'Iran. Représentants gouvernementaux, sociétés privées, intermédiaires... l'intérêt est immense.
Onze pays ont formulé des demandes d'aide à Kiev, incluant des pays voisins de l'Iran, des pays européens et les États-Unis, témoignant d'un intérêt pour les intercepteurs ukrainiens, les systèmes de guerre électronique et les programmes de formation.
Zelensky a joué la diplomatie à fond. Le 28 mars, il s'est rendu au Qatar et a signé un accord de défense historique de dix ans. Un accord similaire avait déjà été conclu avec l'Arabie saoudite, et un troisième avec les Émirats arabes unis était en préparation.
Zelensky a également proposé de protéger les bases britanniques à Chypre, frappées par un Shahed le 2 mars : « Nos experts placeraient des équipes d'interception, installeraient radars et couverture acoustique. Si l'Iran lançait une attaque à grande échelle, nous garantirions la protection ».
Mais cette manne n'est pas sans ambiguïté interne. Un commandant d'une unité ukrainienne de drones résume le malaise : « L'un devient millionnaire, l'autre finit mort ou amputé. Pourtant, ils semblent servir la même cause ».
La Russie, bénéficiaire discret
Dans ce tableau, Moscou tire aussi son épingle du jeu. La fermeture du détroit d'Ormuz par l'Iran a piégé quelque 300 pétroliers, faisant flamber les cours du brut. L'administration Trump a suspendu les sanctions sur le pétrole russe pour le mois d'avril, dans une tentative de faire baisser les prix. Ce double effet représente pour Moscou un aubaine considérable, selon un sénateur américain : « Nous donnons à la Russie 140 millions de dollars par jour en la libérant de ces sanctions ».
Les pétroliers : l'autre jackpot
Le quasi-blocus imposé par l'Iran sur le détroit d'Ormuz — par lequel transitent en temps de paix environ 20 % du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié mondiaux — a provoqué une envolée des prix de l'énergie, bénéficiant directement aux grandes compagnies pétrolières. Les marges de ces groupes ont augmenté car, parallèlement à la hausse des prix du pétrole, les coûts d'extraction sont restés relativement stables.
La France : Dassault, Thales et l'engagement discret
Paris n'est pas en reste. Les gouvernements français se réjouissent régulièrement des contrats signés avec les pays du Golfe, comme la vente en 2021 de 80 Rafale aux Émirats arabes unis pour 16 milliards d'euros. Ces contrats profitent principalement aux grands industriels français que sont Dassault, Thales ou encore Safran.
L'engagement militaire français dans ce conflit s'explique avant tout par les intérêts stratégiques, économiques et politiques que la France a au Moyen-Orient, notamment ceux de ses grandes multinationales de l'armement, de l'énergie et du BTP.
La mécanique infernale de l'attrition
En seize jours de guerre contre l'Iran, la coalition américano-israélienne et ses alliés régionaux ont consommé environ 27 milliards de dollars de munitions. Pour chaque dollar investi à attaquer l'Iran, la coalition en dépense quatre à se défendre de ses représailles. Ce ratio est une aubaine structurelle pour les fabricants. Plus le conflit s'étire, plus les stocks s'épuisent, plus les commandes se renouvellent — à des prix toujours plus élevés en situation d'urgence.
Une leçon ancienne, toujours actuelle
Les ventes d'armes au Moyen-Orient sont florissantes, et elles font toujours le bonheur des marchands d'armes de toutes nationalités. Quarante ans après la guerre Iran-Irak, la phrase n'a pas pris une ride. Avec une nouveauté : parmi les marchands d'armes de cette guerre, figure désormais une nation qui se bat pour sa survie. L'Ukraine n'est plus seulement bénéficiaire de l'aide militaire mondiale — elle en est devenue, par nécessité et par ingéniosité, l'un des fournisseurs.
- Source : ZeJournal












