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Vendredi, 10 Avr. 2026

Et si Trump le chaotique n’était qu’un leurre ?

Auteur : Craig Murray | Editeur : Walt | Mardi, 24 Mars 2026 - 15h21

Le plan peut-être calculé derrière la guerre contre l’Iran, le Venezuela et le «Grand Israël».

Et si les raisonnements apparemment chaotiques et les décisions impulsives de Trump n’étaient qu’un leurre, une mascarade ? Et si nous assistions en réalité, au Moyen-Orient et au-delà, à un plan soigneusement élaboré avec des objectifs bien précis ? Trump aurait-il «planifié chaque stratégie, chaque mesure avec soin» tout en faisant croire à un chaos apparent ? Ce n’est pas une idée évidente, mais laissez-moi vous expliquer…

Ce qui a déclenché cette réflexion, est la révélation par Lockheed Martin des instructions de Trump il y a plusieurs mois avant l’attaque contre l’Iran, d’augmenter massivement la production de missiles intercepteurs, avec pour objectif à court terme de quadrupler la capacité du THAAD. En janvier, avant le début du conflit actuel, Fox News faisait déjà état de divers accords, notamment tripler les livraisons d’intercepteurs PAC3 MSE, conclus entre Lockheed et le département de la Défense.

Bien que la capacité à augmenter la production en quelques mois soit évidemment limitée par les contraintes de la chaîne d’approvisionnement et des chaînes de production, l’urgence de ce programme, presque entièrement axé sur les missiles intercepteurs et lancé en 2025, semble rétrospectivement indiquer qu’une guerre prochaine avec l’Iran était attendue. Ce sont là des preuves ‘évidentes’ de préméditation.

Le deuxième facteur laissant penser que tout cela aurait été soigneusement planifié réside dans la nature de l’échec des négociations sur l’accord nucléaire. Il semble qu’il y ait eu un large consensus sur les concessions proposées par l’Iran pour rendre l’accord tout à fait viable, notamment la mise en dépôt de ses stocks d’uranium enrichi (proposition rejetée par l’Iran par le passé lorsque Poutine avait proposé de conserver ce matériel). Les deux organisateurs, Oman et le Royaume-Uni, pensaient qu’un accord était à portée de main.

L’échec des négociations est présenté comme dû à l’incompétence et au manque de connaissances techniques de Witkoff et Kushner. Mais je n’y crois tout simplement pas. L’envoi de négociateurs non qualifiés faisait peut-être partie d’un stratagème visant à faire passer les négociations pour un prétexte à une attaque — c’est la deuxième fois en un an que les États-Unis recourent à cette ruse.

Ils n’avaient pas besoin de négociateurs compétents, car ils n’ont jamais eu l’intention de mener des négociations à bien.

L’attaque contre l’Iran aurait toujours été planifiée par Trump, sans être «poussé à le faire» par Israël. Elle était en gestation depuis des mois. Cette information aurait été gardée secrète au sein d’un cercle très restreint afin d’éviter toute opposition politique et institutionnelle de la part de l’armée américaine et des services de renseignement.

Les manifestations de janvier en Iran ont révélé que les gens ordinaires étaient véritablement prêts à manifester, motivés par les difficultés économiques causées par les sanctions. Mais ils ont été manipulés et exploités par des agents du Mossad et de la CIA infiltrés parmi le peuple iranien, qui ont commis et encouragé des actes de violence et lancé des slogans pro-Shah.

Il n’y a jamais eu la moindre chance que les manifestations entraînent un changement de régime, mais ce n’était pas le but. Le but était de provoquer une surréaction du gouvernement iranien susceptible de «justifier» l’attaque prévue contre l’Iran. Les manifestants tués ont été de grands martyrs pour la cause plus large de Trump — et d’Israël.

La diffusion par des individus et des organisations soutenus par des États occidentaux d’allégations grotesques dans l’ensemble des médias d’État et des médias d’entreprise occidentaux, faisant état de trente à quarante mille morts, constituait un plan délibéré et mûrement réfléchi visant à réduire l’opposition interne en Occident à la guerre imminente contre l’Iran.

Un autre acte apparemment spontané de Trump est l’étonnant enlèvement du président Maduro du Venezuela le 3 janvier, un mois avant l’attaque contre l’Iran.

Le blocus naval imposé par Trump sur le pétrole vénézuélien a assuré aux États-Unis le monopole de la vente et de la distribution de ce pétrole. Comme en Irak, seuls les entrepreneurs agréés par les États-Unis peuvent acheter le pétrole et les paiements sont versés sur un compte contrôlé par Trump au Qatar, dont les recettes sont remises au gouvernement vénézuélien à l’entière discrétion de Trump.

Cette audacieuse mainmise impérialiste sur la plus grande réserve de pétrole du monde a permis aux États-Unis de se prémunir contre les effets de la fermeture imminente du détroit d’Ormuz.

On tente de faire croire que Trump n’aurait pas prévu pas la fermeture du détroit par l’Iran. C’est tout simplement absurde car depuis un demi-siècle, tous les commentaires sur une éventuelle guerre avec l’Iran se sont concentrés sur le détroit d’Ormuz. La seule explication possible est que Trump n’aurait pas vu d’inconvénient au blocus du détroite.

Si, comme le dit Trump, les États-Unis n’ont pas besoin du pétrole qui transite par le détroit, la faiblesse apparente de son argument tient à ce que la hausse des prix du pétrole est universelle et affecte le soutien dont bénéficie Trump, en particulier lorsque les Américains font le plein d’essence. Mais se concentrer sur ce point revient à commettre l’erreur fondamentale d’imaginer que Trump se soucie de ce qui est bon pour le peuple américain. Ce n’est pas le cas. Il se soucie de ce qui est bon pour Donald J. Trump et son entourage immédiat.

Voici le cours de l’action Chevron au cours ce dernier mois :

Et voici celui de Lockheed Martin. Le début de la hausse de 40% du cours de l’action coïncide avec les instructions données l’année dernière visant à augmenter massivement la production d’intercepteurs.

Sans oublier que les véritables fortunes auront été amassées dans le pétrole et les contrats à terme sur matières premières dérivées par ceux qui savaient que cette guerre allait éclater (agissant par l’intermédiaire de mandataires).

L’enveloppe de 200 milliards de dollars que Trump réclame au Congrès pour poursuivre la guerre vont enrichir encore davantage un nombre impressionnant de personnes bien introduites.

Le plan consiste donc à faire fortune, à renforcer le complexe militaro-industriel et à intensifier, sous prétexte de cohésion nationale en temps de guerre, l’autoritarisme qui a réduit la liberté d’expression et interdit toute dissidence contre Israël dans l’ensemble du monde occidental.

Servir les intérêts d’Israël est l’autre motif de taille.

Les tâtonnements de Trump pour articuler les objectifs de la guerre en Iran ne seraient qu’une mise en scène, un écran de fumée destiné à dissimuler son véritable et inébranlable objectif : l’anéantissement pur et simple de l’Iran en tant qu’État fonctionnel, en infligeant un maximum de morts et de dégâts aux infrastructures et en réduisant l’Iran à la condition de la Libye.

Il va sans dire que la mainmise des États-Unis sur les hydrocarbures iraniens est l’aboutissement ultime de cette destruction, exactement comme en Libye et en Irak. Mais un objectif connexe et crucial est l’élimination du seul bastion de résistance à l’expansion d’Israël. L’Iran et ses alliés au Yémen et au Liban sont depuis des années le seul soutien des Palestiniens.

L’État colonialiste d’Israël est au cœur de la projection de la puissance impérialiste au Moyen-Orient. Son expansion est un élément essentiel du plan.

La destruction de l’Iran à l’échelle envisagée nécessitera des années de bombardements intensifs. Là encore, ce serait planifié : on ne réclame pas au Congrès une enveloppe de 200 milliards de dollars pour une guerre que l’on prévoit de boucler en un mois. Là encore, les fanfaronnades de Trump selon lesquelles il a déjà gagné, que les objectifs sont atteints et que tout pourrait bientôt être terminé, ne seraient que de la poudre aux yeux. L’ampleur et l’horreur de ce qui est prévu pour l’Iran doivent être dissimulées pour limiter le dégoût de l’opinion publique qui pourrait contaminer certaines parties de l’appareil d’État.

Netanyahu a révélé hier un élément intéressant de la potentielle phase finale : la construction d’un oléoduc censé acheminer le pétrole iranien pour qu’il soit expédié via un terminal méditerranéen en Israël. C’est un plan d’une audace à couper le souffle, mais qui s’inscrit parfaitement dans la perspective des agissements de Netanyahu et Trump.

Ce qui nous amène au projet «Grand Israël». Israël ne va pas mettre ses navires ou ses soldats en danger en Iran – c’est là la contribution américaine. Mais tandis que le monde a principalement les yeux rivés sur l’Iran, Israël lance une invasion à grande échelle du Liban dans le but d’annexer définitivement tout le Sud-Liban, même au-delà du fleuve Litani et en incluant les villes de Tyr et de Nabatieh, toutes deux actuellement sous le coup d’ordres d’évacuation israéliens.

Ce territoire jouxte bien sûr le plateau du Golan annexé et la zone bien plus vaste du sud de la Syrie qu’Israël a annexée au cours de l’année écoulée avec l’assentiment du «président» fantoche sioniste al-Jolani.

Il est essentiel de ne pas perdre de vue la nature bipartite du plan à long terme des États-Unis. Concrètement, Trump poursuivrait – tout en l’accélérant considérablement – la politique mise en place sous Biden, qui a permis le génocide à Gaza. Il y a seulement 18 mois, les »présidents” sionistes al-Jolani de Syrie et Aoun du Liban n’étaient pas au pouvoir. Tous deux ont été portés au pouvoir à la suite d’une action militaire alignée sur les États-Unis, menée par Israël contre le Hezbollah et par les forces de HTS soutenues par la CIA et le MI6. Mis en place par Biden, ils sont désormais au cœur de la stratégie de Trump.

Aoun et al-Jolani sont désormais là pour menacer le Hezbollah à l’arrière alors qu’il mène une lutte certes couronnée de succès contre l’invasion israélienne du Liban.

Israël occupe entretemps officiellement plus de 60 % de la bande de Gaza — sous couvert du »Conseil de paix” de Trump — et continue d’assassiner, immobiliser et affamer les habitants du reste du territoire, tandis que l’expansion de facto d’Israël en Cisjordanie et la violence des colons s’intensifient pour atteindre un stade de barbarie sans précédent.

La résistance iranienne est noble et la résilience de l’Iran en surprend beaucoup. Elle va rendre toute invasion terrestre, ou toute incursion limitée, extrêmement coûteuse pour les États-Unis. Mais comme à Gaza ou au Liban, si les États-Unis et Israël bombardent depuis les airs pendant des années avec une force dévastatrice sans se soucier le moins du monde des victimes civiles, tout ce que l’Iran pourra faire en fin de compte, c’est tenir bon et essayer de survivre.

Si les destructions se poursuivent avec l’intensité actuelle pendant une année supplémentaire, je ne pense pas que l’Iran soit en mesure de riposter efficacement en lançant de nombreux missiles et drones en légitime défense. D’ici une semaine ou deux, nous atteindrons la période d’efficacité maximale de l’Iran, où l’épuisement des missiles intercepteurs fournis par les États-Unis coïncidera avec le maintien d’une puissance de frappe significative de la part de l’Iran. Le moral fragile de la population civile israélienne sera alors mis à rude épreuve pendant quelques semaines.

La capacité de l’Iran à se défendre contre des bombardements aériens massifs et prolongés pendant des années pourrait être limitée.

Il est certes réconfortant de voir en Trump un bouffon, un ignorant fanfaron et mal éduqué qui ne comprend pas le monde de la géopolitique.

Mais ce pourrait être trompeur.

J’aime à qualifier le génie de Trump de malveillant, axé sur le profit personnel et prêt à infliger autant de morts, de mutilations et de privations que nécessaire à des civils innocents pour atteindre ses objectifs. Mais il pourrait bel et bien atteindre ses objectifs sur la scène mondiale.

Trump a contraint le Conseil de sécurité à cautionner son Conseil de la paix. Ce fut un triomphe diplomatique plutôt stupéfiant face à une Russie et une Chine impuissantes. Trump a présidé à l’expansion quotidienne d’Israël sur le terrain. Trump s’est emparé du pétrole du Venezuela, les plus grandes réserves au monde. Trump est actuellement en train de tuer des Iraniens et de détruire leurs infrastructures, tout en feignant de patauger.

On peut détester Trump pour de nombreuses bonnes raisons, mais le réduire à un clown est peut-être trop facile.

Traduction: Spirit of Free Speech


- Source : Savage Minds

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