Israël frappe le plus grand gisement de gaz du monde, les marchés repartent à la hausse
En frappant le plus grand gisement de gaz au monde le 18 mars 2026, Israël a déclenché une spirale de représailles qui a touché Ras Laffan, le plus grand site de GNL de la planète. Le Golfe persique, poumon énergétique mondial, est désormais au cœur d'un conflit aux répercussions considérables.
La frappe israélienne sur South Pars
Le mercredi 18 mars 2026, des avions israéliens ont frappé des installations du gisement offshore de South Pars, situé dans le golfe Persique à la frontière entre l’Iran et le Qatar. Ce champ constitue le plus grand réservoir de gaz naturel connu au monde et assure environ 70 % de la consommation gazière intérieure iranienne. Les frappes ont provoqué d’importants incendies, visibles depuis les côtes, et des équipes de pompiers ont été immédiatement dépêchées sur les lieux. Des sections représentant près de 12 % de la production totale auraient été affectées selon les premières estimations.
Israël n’a pas officiellement revendiqué l’attaque. C’est Donald Trump qui, sur sa plateforme Truth Social, a confirmé que l’État hébreu en était l’auteur, tout en assurant que les États-Unis « ne savaient rien » de l’opération. Selon le Wall Street Journal, citant des responsables américains anonymes, Washington aurait pourtant été informé à l’avance et aurait approuvé le plan. Il s’agit de la première fois qu’un site majeur de production d’hydrocarbures est directement ciblé depuis le début du conflit ouvert le 28 février 2026.
La réaction qatarie : entre condamnation et inquiétude
Doha a réagi avec vigueur. Le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari, a qualifié la frappe de « démarche dangereuse et irresponsable », soulignant que South Pars constitue le prolongement sous-marin du champ North Field qatari — le plus riche au monde en gaz naturel. Le Qatar a mis en garde contre les menaces que cette escalade fait peser sur la « sécurité énergétique mondiale ».
L’inquiétude qatarie était légitime : dès le début du conflit, début mars, le Qatar avait déjà suspendu une partie de sa production de GNL à la suite d’attaques de drones iraniens aux abords de Ras Laffan. L’émirat se retrouvait pris en étau entre son voisin iranien, avec lequel il partage le plus grand gisement gazier du monde, et ses alliés occidentaux soutenant Israël.
Ras Laffan : les représailles iraniennes touchent le cœur du GNL mondial
Dans la nuit du 18 au 19 mars, l’Iran a mis ses menaces à exécution en frappant la cité industrielle de Ras Laffan, à 80 km au nord-est de Doha. Ce site est le plus grand complexe de liquéfaction de gaz naturel (GNL) au monde : il assure à lui seul environ 20 % de l’offre mondiale de GNL et joue un rôle d’équilibrage majeur pour les marchés européens et asiatiques. Il héberge également des usines de conversion gaz-liquide (Pearl GTL, ORYX), le projet Dolphin, et des installations de dessalement alimentant 30 % de l’électricité qatarie.
QatarEnergy, la compagnie publique, a confirmé des « dommages considérables » sur plusieurs installations de GNL à la suite d’une première vague de missiles, puis de nouveaux « dégâts importants » lors d’une seconde salve le matin du 19 mars. La défense civile qatarie a réussi à maîtriser deux des trois incendies. Shell, qui détient 100 % de l’usine Pearl GTL (capacité : 140 000 barils/jour de liquides), a signalé des dégâts mais précisé que l’incendie avait été maîtrisé sans faire de victimes.
En représailles, Doha a déclaré persona non grata les attachés militaire et de sécurité de l’ambassade iranienne et leur a donné 24 heures pour quitter le territoire.
L’escalade s’étend au-delà du Qatar
L’Iran ne s’est pas limité au Qatar. Dans les heures suivantes, deux raffineries koweïtiennes ont été visées, un drone a frappé la raffinerie saoudienne de Samref à Yanbu (sur la mer Rouge), et Abu Dhabi a annoncé la fermeture préventive de ses installations gazières d’Habshan et du champ de Bab. Un navire a également été touché par un « projectile inconnu » près du détroit d’Ormuz. Les sirènes d’alerte aux missiles ont retenti dans plusieurs capitales du Golfe.
Trump brandit la menace de destruction totale
Depuis Truth Social, Donald Trump a adressé un avertissement direct à Téhéran : toute nouvelle attaque iranienne contre le Qatar conduirait les États-Unis à « détruire massivement l’intégralité du gisement de gaz de South Pars avec une force et une puissance que l’Iran n’a jamais vues ni connues auparavant ». Il a également assuré qu’Israël ne mènerait plus de frappes sur South Pars, sauf en cas de nouvelle provocation iranienne contre le Qatar.
La rhétorique américaine tranche avec le pragmatisme diplomatique : alors que Trump se positionne en protecteur de Doha, l’Iran poursuit ses attaques, testant la crédibilité de la dissuasion américaine.
Macron propose un moratoire, Téhéran réplique
Emmanuel Macron a appelé sur X à l’instauration « sans délai » d’un moratoire sur les frappes ciblant les infrastructures civiles, « en particulier les infrastructures énergétiques et hydrauliques », après avoir échangé avec Trump et l’émir du Qatar. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a vivement critiqué cette initiative, reprochant à Paris de n’avoir « pas prononcé un seul mot de condamnation » contre les frappes américano-israéliennes antérieures sur l’Iran.
Des marchés énergétiques sous haute tension
Les conséquences économiques sont immédiates et potentiellement durables. Le baril de Brent a grimpé de plus de 10 % en une journée pour dépasser 114 dollars, tandis que le gaz européen a bondi de 35 %. Selon Leslie Palti-Guzman, fondatrice d’Energy Vista, « les livraisons de GNL du Qatar pourraient être interrompues pendant des mois, voire, dans le pire des cas, des années ». L’analyste Arne Lohmann Rasmussen (Global Risk Management) avertit que « pour le marché du gaz, la crise ne prendra pas fin simplement parce que la guerre s’achève et que le détroit d’Ormuz rouvre ».
Avec la fermeture partielle du détroit d’Ormuz décidée par l’Iran et les attaques récurrentes sur les infrastructures du Golfe, c’est l’ensemble de la géographie des approvisionnements énergétiques mondiaux qui se trouve remis en cause. L’Europe, qui a massivement augmenté ses importations de GNL qatari depuis la guerre en Ukraine, se retrouve particulièrement exposée.
En moins de 24 heures, la guerre israélo-américaine contre l’Iran a franchi un seuil inédit en étendant ses effets dévastateurs aux infrastructures énergétiques les plus stratégiques du monde. South Pars et Ras Laffan ne sont plus seulement des enjeux régionaux : ils sont devenus le terrain d’un affrontement dont les répercussions économiques, politiques et humanitaires menacent de s’inscrire dans la durée bien au-delà du Golfe Persique.
- Source : ZeJournal












