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Vendredi, 09 Janv. 2026

Intrigue israélienne au Venezuela ?

Auteur : Wyatt Peterson | Editeur : Walt | Jeudi, 08 Janv. 2026 - 15h13

«La question est : qui tire réellement les ficelles ? Je sais que le président Trump en donne l’impression. Je n’en suis pas convaincu, car souvenez-vous… cet immense drapeau israélien qui est apparu soudainement au beau milieu de la convention républicaine. Et, de mémoire d’homme, je n’avais jamais vu un seul cas, ni chez les Démocrates ni chez les Républicains, hisser un drapeau étranger géant lors d’une convention… Je n’ai jamais entendu parler d’un truc de ce genre». ~ Le colonel Douglas Macgregor dans le podcast Judging Freedom avec le juge Andrew Napolitano (3 janvier 2026)

Quatre jours seulement après l’apparition de Benjamin Netanyahou comme invité de l’émission The Record de Newsmax, présentée par Greta van Sustern, où il a déclaré à l’insupportable journaliste que l’Iran «exporte le terrorisme… vers le Venezuela. Ils sont de mèche avec le régime de Maduro… il faut que ça change», il a été annoncé que les forces armées américaines avaient mené une opération d’envergure contre le Venezuela, capturant le président Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores, qui devront tous deux «subir toute la rigueur de la justice américaine» après avoir été inculpés pour trafic de drogue et possession d’armes devant le tribunal de district du district sud de New York.

La capture de Maduro est survenue exactement 36 ans jour pour jour après celle du président panaméen et informateur de la CIA, Manuel Noriega, par les forces spéciales américaines (Delta). Il est peu probable que la récente visite de Netanyahou aux États-Unis – la cinquième en 2025 pour le fugitif international – et l’opération américaine soient sans lien. Alors que les notions de «pétrole volé» et de «narcoterrorisme» dominent actuellement le débat public, le fait qu’Israël cherche à provoquer un changement de régime au Venezuela depuis l’époque d’Hugo Chávez est resté quasiment inconnu du grand public.

*

Avant la victoire de Chavez

Le prédécesseur de Maduro, à l’élection présidentielle vénézuélienne de 1998, les relations entre ce pays sud-américain naturellement riche et Israël étaient relativement bonnes. Le Venezuela avait voté en faveur du plan de partage de la Palestine proposé par les Nations unies en 1947 – qui attribuait 55% de la Palestine historique au futur État juif – et, deux ans plus tard, en faveur de l’adhésion d’Israël à l’ONU.

Au milieu des années 1960, le Venezuela comptait une importante communauté juive, dotée d’une structure communautaire remarquable : écoles, synagogues et centres culturels étaient organisés par les classes moyennes et supérieures.

En 1967, la solidarité ethnique juive incita de nombreux juifs vénézuéliens à se rendre en Israël pour combattre aux côtés de leurs coreligionnaires lors de la guerre des Six Jours.

Après le conflit, un important afflux de juifs séfarades du Maroc s’installa à Caracas, contribuant à la plus grande population juive de l’histoire du Venezuela, atteignant jusqu’à 30 000 personnes, réparties équitablement entre Séfarades et Askenazim.

Cependant, au milieu des années 2000, les relations entre le Venezuela et la synagogue ont commencé à se détériorer.

La première fissure notable est apparue fin 2004 suite à l’assassinat du procureur vénézuélien Danilo Anderson, tué par une voiture piégée à l’âge de 38 ans. (1)

L’opposition au président Chavez

Au moment de son décès, Anderson enquêtait sur plus de 400 personnes soupçonnées d’implication dans la fusillade du pont de Llaguno et le coup d’État manqué de 2002, au cours duquel Chavez fut destitué pendant deux jours avant d’être rétabli au pouvoir grâce au soutien populaire et à un certain nombre de militaires fidèles. (Des accusations d’implication juive dans le coup d’État avaient été formulées à l’époque par le journal pro-Chavez Diario VEA, puis par l’ambassadeur du Venezuela en Russie, Alexis Navarro).

Les soupçons d’une possible implication du Mossad dans le complot pour assassiner Chavez étaient déjà forts lorsque les autorités vénézuéliennes ont reçu un renseignement suggérant que des armes et des explosifs liés au meurtre auraient pu être transférés du stand de tir Club Magnum à l’école juive Colegio Hebraica de Caracas. Ceci avait incité Chavez à autoriser son unité de police d’enquête, la DISIP, à mener un raid armé sur l’école le matin du 29 novembre 2004. Les enquêteurs de Chavez ont intercepté des bus remplis d’enfants et ont évacué 1500 élèves du bâtiment tout en recherchant tout élément lié à l’assassinat d’Anderson. Finalement, rien de valeur n’avait été trouvé et l’incident a été vivement condamné par des organisations juives locales et internationales comme le Centre Simon Wiesenthal, qui l’a qualifié, dans un style typiquement mélodramatique, de «pogrom».

2006, la rupture

Au cours des deux années suivantes, la rhétorique de Chavez concernant le comportement des juifs se fit beaucoup plus virulente, notamment après l’invasion du Liban par Israël en 2006. C’est à cette époque que Chavez rappela l’ambassadeur de son pays en Israël et menaça de rompre les relations diplomatiques avec l’État hébreu pour protester contre son opération militaire, la qualifiant de «nouvel Holocauste» et de «similaire, voire pire, à ce que faisaient les nazis». Chavez attisa davantage la colère des juifs, tant au Venezuela qu’à l’étranger, en se rendant à Téhéran et en affirmant que le Venezuela «soutiendrait l’Iran en toutes circonstances». (2)

«Israël est devenu fou. Il attaque, il fait aux Palestiniens et aux Libanais la même chose qu’ils ont critiquée – et à juste titre – à propos de l’Holocauste. Mais il s’agit d’un nouvel Holocauste». ~ Hugo Chávez

2009, reconnaissance de l’État palestinien

En janvier 2009, Chavez mit finalement sa menace à exécution lorsque le Venezuela rompit toutes ses relations diplomatiques avec Israël en raison de son comportement lors de la guerre de Gaza de 2009, qui fit 1400 morts et plus de 5000 blessés parmi les Palestiniens. Qualifiant une fois de plus ces violences d’«Holocauste» et de «violation flagrante du droit international», Chavez expulsa l’ambassadeur d’Israël au Venezuela et demanda que le Premier ministre Ehud Olmert soit jugé pour crimes de guerre devant la Cour pénale internationale. Peu après, le ministre des Affaires étrangères, Nicolás Maduro, rencontra à Caracas des représentants de l’Autorité palestinienne et le Venezuela reconnut officiellement l’existence d’un État palestinien le 27 avril 2009.

À cette époque, Chavez subissait une pression énorme de la part des organisations juives et il était clair qu’il était dans le collimateur de leurs autorités. Lors d’un discours diffusé à la télévision nationale en juin 2010, Chavez a condamné Israël, le qualifiant d’«État terroriste et meurtrier», et a affirmé qu’«Israël finance l’opposition vénézuélienne. Il y a même des groupes de terroristes israéliens, du Mossad, qui me traquent et cherchent à m’assassiner».

Hugo Chavez est décédé le 5 mars 2013 à l’âge de 58 ans, après deux ans de lutte contre le cancer. Nicolas Maduro lui a succédé à la présidence du Parti socialiste unifié du Venezuela et a imputé la mort de son prédécesseur à un «complot américain». (3)

«Narco-terrorisme» : le fentanyl ou la cocaïne ?

Depuis des mois, l’administration Trump tente d’affirmer que Maduro est responsable du trafic de drogue vers les États-Unis. Elle utilise cette allégation infondée pour justifier des frappes meurtrières contre plus de 30 petits navires dans les Caraïbes, notamment dans ce que Trump a qualifié de «zone portuaire où ils chargent les bateaux de drogue». Initialement, Trump prétendait que les bateaux transportaient du fentanyl et que chaque frappe américaine extrajudiciaire permettrait de sauver 25 000 vies américaines. Cependant, cette théorie du complot extravagante a été démentie par l’absence de preuves démontrant la production de fentanyl en Amérique du Sud, comme l’a confirmé l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC).

Alors que le récit du fentanyl s’enfonçait plus vite que les prétendus bateaux de Maduro transportant de la drogue, l’administration Trump a habilement changé de sujet pour parler de trafic de pétrole et de cocaïne. S’il est vrai que le Venezuela joue un rôle dans le commerce international de la cocaïne, les États-Unis ne semblent pas être une destination importante, car aucune route commerciale directe par voie maritime n’est connue entre les deux pays. En réalité, une bien plus grande quantité de cocaïne et de fentanyl entre aux États-Unis via le Mexique. Pourtant, curieusement, le «narco-gouvernement» de la présidente socialiste Claudia Sheinbaum n’a jusqu’à présent suscité aucune réaction aussi marquante que celui du Venezuela sur la liste des priorités de changement de régime des États-Unis.

Le cas du Honduras

Une autre contradiction flagrante dans le discours de Trump sur la «guerre contre la drogue» réside dans la grâce fédérale qu’il a accordée à l’ancien président du Honduras, Juan Orlando Hernandez. Ce dernier venait de commencer à purger une peine de 45 ans après avoir été reconnu coupable par un tribunal fédéral de New York de trafic de drogue, de possession d’armes à feu et d’avoir perçu des millions de dollars de pots-de-vin de cartels de la drogue, dont un million de dollars versé par Joaquín «El Chapo» Guzmán. Bien qu’ayant fait entrer clandestinement environ 400 tonnes de cocaïne aux États-Unis sur une période de 18 ans, Hernandez a été libéré le 1er décembre 2025, quelques jours seulement avant les élections générales honduriennes. Trump avait alors apporté son soutien à Nasry Asfura, candidat du Parti national hondurien d’Hernandez, lui-même inculpé en 2020 pour blanchiment d’argent, détournement de fonds publics, fraude et abus de pouvoir.

Le changement de régime annoncé

Le soutien apporté par Trump à Juan Orlando Hernandez et Nasry Asfura ne devrait surprendre personne, venant de celui qui a gracié le responsable de l’espion israélien Jonathan Pollard et qui, actuellement, couvre les agissements d’un réseau international de trafic sexuel d’enfants. En effet, Trump a passé sa vie entière à patauger dans le même marécage qu’il avait promis d’assainir, et il est désormais instrumentalisé pour tenter un changement de régime au Venezuela et bientôt en Iran. L’avocat déchu Alan Dershowitz, qui avait défendu avec véhémence Pollard dans son livre «Chutzpah» (1991), a récemment déclaré aux médias que…

«Si le président Trump veut être connu comme le président de la paix, il doit soutenir le changement de régime».

Je connais bien les arguments avancés par les partisans naïfs du mouvement MAGA, qui suggèrent que les décisions de Trump seraient motivées par le principe «L’Amérique d’abord». Cependant, il semble plus probable qu’un enjeu plus profond, impliquant Israël, soit à l’origine du conflit. Cette hypothèse a été suggérée par un article de Fox News affirmant que le Venezuela de Maduro était devenu «la base d’opérations la plus importante du Hezbollah dans l’hémisphère occidental, renforcée par l’influence croissante de l’Iran et la protection du régime de Maduro», et de nouveau lorsque l’ambassadeur ultra-sioniste Mike Huckabee a déclaré que le renversement de Maduro par les États-Unis était une bonne nouvelle pour Israël, en raison des liens de son pays avec l’Iran et le Hezbollah. Cela explique peut-être pourquoi la vice-présidente vénézuélienne, Delcy Rodriguez, estime que l’opération était teintée de «touche sioniste». Au vu de l’ensemble des éléments, il est difficile de la contredire. La capture des vastes réserves pétrolières du Venezuela pourrait même présager une escalade immédiate au Moyen-Orient en diminuant le principal levier géopolitique de l’Iran, par exemple en bloquant le détroit d’Ormuz, et je m’attends à une escalade sur ce front dans les semaines et les mois à venir.

Stupéfiant Elliott Abrams

Quoi qu’il en soit, soyez assurés que l’administration Trump ne mène pas une guerre contre le «narcoterrorisme», un terme de propagande totalement vide de sens, conçu principalement pour favoriser un changement de régime en Amérique latine. Les stupéfiants illégaux qui ravagent les corps et les esprits des Américains, jeunes et moins jeunes, entrent sans aucun doute dans le pays sous l’égide de la CIA et du Mossad, comme ce fut le cas dans les années 1980 lors de l’affaire Iran-Contra, lorsque le gouverneur de l’Arkansas, Bill Clinton – un «type formidable», selon Trump -, a autorisé l’utilisation de sa piste d’atterrissage de Mena pour le transport d’une quantité extraordinaire de cocaïne vers les États-Unis. Un conspirateur de haut rang au sein du réseau Iran-Contra était le néoconservateur juif Elliott Abrams (représentant spécial des États-Unis pour le Venezuela de 2019 à 2021), qui a récemment plaidé pour un changement de régime au Venezuela, notamment pour réduire le trafic de drogue. Abrams, qui a rédigé la lettre du PNAC de 1998 exigeant le départ de Saddam Hussein, avait été reconnu coupable en 1991 de deux délits mineurs pour son rôle dans l’affaire Iran-Contra après avoir conclu un accord de plaidoyer pour éviter des accusations de parjure.

Visiblement, le trafic international d’armes et de drogue ne préoccupe guère Trump, du moment que les responsables travaillent pour le bon camp. Mais bon, chers partisans de Trump, courage ! Votre attaque contre le Venezuela a aussi ses soutiens…

Traduction: Entre la plume et l’enclume

Notes: 

  1. Le 7 décembre 2004, la Jewish Telegraph Agency rapportait qu’Anderson «avait été assassiné dans sa voiture par une bombe placée à distance dans son téléphone portable… Les comparaisons entre le mode opératoire de cet assassinat et les assassinats ciblés menés par les commandos israéliens étaient nombreuses. L’exemple le plus connu est celui de l’assassinat, en 1996, de Yehiya Ayyash, artificier du Hamas, par les Israéliens à l’aide d’un téléphone portable piégé».
  2. Selon la Conférence mondiale contre l’antisémitisme, les médias progouvernementaux de Chavez ont publié «en moyenne 45 articles [antisémites] par mois» en 2008 et «plus de cinq par jour» pendant l’opération Plomb durci à Gaza en janvier 2009. Début 2013, des dizaines de documents ont fuité dans la presse, révélant que le SEBIN, principal service de renseignement vénézuélien, collectait des «informations privées sur d’éminents juifs vénézuéliens, des organisations juives locales et des diplomates israéliens en Amérique latine».
  3. La dirigeante actuelle du parti d’opposition vénézuélien, Maria Machado, lauréate du prix Nobel de la paix, a déclaré être prête à prendre le pouvoir. Dans une récente interview accordée au journal Israel Hayom, elle a affirmé : «Le Venezuela sera le plus proche allié d’Israël en Amérique latine. Nous comptons sur le soutien d’Israël pour démanteler le régime criminel de Maduro et pour la transition démocratique. Ensemble, nous mènerons une lutte mondiale contre le crime et le terrorisme».

- Source : Truth Blitzkrieg

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