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Vendredi, 30 Sept. 2022

Le rap est la bande-son du mondialisme

Auteur : Entretien réalisé par Nicolas Gauthier via Boulevard Voltaire | Editeur : Stanislas | Mercredi, 12 Juin 2013 - 14h42

« L’effroyable imposture du rap » est un ouvrage salutaire, qui décortique cette galaxie du rap que Cardet connaît mieux que bien. Et qui nous explique, en près de deux cents pages à l’écriture serrée, au style direct, comment et pourquoi ce qui se voulait une culture de rébellion est devenue celle de l’hyper-consommation mondialisée. Dissidents en trompe-l’œil ? Supplétifs du système ? Crétins utiles ? Nous y sommes. L’auteur du délit, et vilain empêcheur de penser en rond, répond à nos questions.

Vous êtes d’origine camerounaise et de confession catholique. Et à vous lire, vous dénoncez ce « système » de l’intérieur, étant familier de « l’univers des cités ». Cela donne-t-il plus de poids à votre ouvrage, ou d’autres que vous pourraient-il dresser le même constat ?

Malheureusement, oui. J’ai envie de dire qu’il suffit juste d’avoir un point de vue honnête sur la question. Un point de vue, j’insiste, dépassionné d’une hypothétique solidarité ethnico-banlieusarde qui conduirait certains à me traiter de « traître » à la « Nation hip-hop ». C’est là d’ailleurs que réside l’astuce de ses promoteurs, les tenants de la contre-culture officielle de masse, consistant à ethniciser ce courant musical fabriqué par des Noirs et des Arabes, pour les mêmes Noirs et Arabes, de manière à ce que ces derniers s’y rattachent comme à un référent sacré de leur identité banlieusarde, de telle sorte que toute critique provenant d’un autre spectre ethnico-politique se voit automatiquement stigmatisée de racisme pour les Blancs ou de « vendus » pour les personnes comme moi. Évidemment, ces promoteurs sont les mêmes à nous avoir vendu la salade de SOS Racisme. Et quand je parle de promoteurs, entendons-nous bien : je parle des propriétaires des radios branchouilles, telles Radio Nova (dans les années 80), ou des magazines du genre Actuel ou L’Affiche, un peu plus tard, et de la mythique émission « Rapline », diffusée sur M6 à la même époque, et présentée par Olivier « I Wish I Was Black» Cachin, prototype de cette élite libéralo-libertaire que j’évoque longuement dans ce livre.

Pour tout amoureux de la musique afro-américaine, grande est l’impression que nous sommes passés d’une planète à une autre. De celle où Billie Holliday, Quincy Jones, Ray Charles, Otis Redding, Stevie Wonder, Aretha Franklin tutoyaient les anges tandis qu’aujourd’hui, ils auraient un peu la tête dans les poubelles. On exagère ?

Eh bien, pas tant que ça, en vérité ! Il faut savoir qu’historiquement, l’exploitation des Noirs américains dans l’industrie musicale a toujours existé. Et qu’à l’intérieur de ces exploitations, il y avait les Nègres des champs, les Nègres de maison, les affranchis : futurs esclavagistes à leur tour, pour certains. Aussi, je ne pourrais pas mettre au même niveau une Billie Holliday, quintessence de la chanteuse de blues et exemple parfait de l’artiste noire spoliée, avec un Quincy Jones, producteur certes Noir mais tenant le bon côté du manche. Aussi, quel que soit le génie des uns et des autres, il faut faire attention avec ce terme de musique « afro-américaine », qui est bien souvent mis en avant pour cacher l’exploitation de ses promoteurs ! Cela dit, entre Ray Charles, Stevie Wonder et… will.i.am des Black Eyed Peas, oui, en effet… Par charité je n’ai pas parlé de Booba…

En son temps, le rock fut aussi un excellent moyen de faire taire la jeunesse blanche, elle aussi en passe de poser les véritables questions – on enterre Jack Kerouac pour lancer Elvis Presley sur orbite, on vend de la musique, mais aussi tout ce qui va avec, mode de vie, cinéma, fringues, sans oublier ces drogues qui empêchent de réfléchir. Avec le rap, ce système paraît se surpasser, les disques d’un Jay-Z, pour ne citer que lui, étant désormais plus support destiné à vendre du prêt-à-porter que de la musique…

Oui et non. Si Jay-Z est ce qu’il représente actuellement, c’est oui. En partie en raison de sa maîtrise parfaite du logiciel ultralibéral, mais aussi parce qu’il est très fort artistiquement ! C’est la condition sine qua non ! D’où le succès des Eminem, 50 cent et compagnie, reposant sur le génie musical contemporain du producteur Dr. Dre. Cela dit, le rock était aussi un vecteur idéologique de l’American way of life, ce que l’essayiste Michel Clouscard décrivait fort bien dans Le capitalisme de la séduction. Mais là où le rap a fait plus fort que le rock, c’est qu’en l’écoutant, on a l’impression de participer à la révolution ! Car cette musique, qui repose sur la contestation légitime des luttes afro-américaines, tout en prétendant tenir un discours plus subversif que celui d’un rock, émanation de la crise d’adolescence de la classe moyenne blanche, contribue aussi à l’étouffer. Aussi, c’est paradoxalement cette pseudo-authenticité qui va séduire les kids, les jetant dans la gueule de l’industrie du désir, trop contente d’avoir trouvé un nouveau signifiant à leurs ventes de baskets.

Résultat, la jonction entre Olivier Besancenot et JoeyStarr ?

Olivier Besancenot ? Un idiot utile. Un vrai de vrai. À moins qu’il ne soit plus cynique que sa bouille ne le laisse paraître et qu’il soit conscient de son rôle dans l’échiquier d’un jeu qui le dépasse de loin. Peut-être… Par ailleurs, vu que vous évoquez JoeyStarr et comme je le démontre dans mon livre, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce dernier a toujours appartenu à la classe bourgeoise dominante. Donc, imposture certes, mais en vérité, tout était devant nos yeux, il suffisait de les ouvrir. Mais il paraît que l’amour rend aveugle, ça doit être pour ça.

On dit que le rap est rebelle et racialiste. Mais où sont les rebelles, devenus ultra-capitalistes, et intégrés par le système ? Et quid du racialisme, sachant que certains clips de rap sont propres à vous faire saigner les oreilles et à pousser l’auditeur de base à adhérer au KKK ?

Oui, mais attention vous aussi de ne pas tomber dans ce piège ethnique : rap = Noir + Arabe. Surtout que, de nos jours, le rap est warholien, avec le petit quart d’heure de célébrité allant avec. Il touche toutes les couches de la société : du mec de cité dans sa cage d’escalier au petit bourgeois de l’ouest parisien voulant s’encanailler. Et ceci pour une raison simple : le rap est actuellement la bande-son de l’idéologie dominante. C’est la musique de la mondialisation ; pis, celle du mondialisme, dont la vision multiculturaliste consiste à diluer les peuples en une base informe, soumise à une hyper-classe. Laquelle, afin de nous distraire, a tout mis en œuvre pour que, de New York à Bamako, en passant par Paris et Shangaï, l’on soit tous fiers de penser se rebeller tout en se dandinant aux concerts de Jay-Z !


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