DNC, crise de confiance : à Foix, la ferme de Christelle Record menacée malgré un modèle agronomique exemplaire
Sur la route de Foix, l’Épicerie d’Ici est devenue un repère. Une roulotte de 20 m², née au lendemain du COVID, qui réalise 650 000 € de chiffre d’affaires, emploie deux salariés et travaille avec 145 producteurs. Derrière ce projet, une éleveuse : Christelle Record. Son veau sous la mère, vendu en circuit court à la roulotte et à son magasin de Foix, s’inscrit dans une démarche exigeante : autonomie, observation, refus de la chimie. Aujourd’hui, cette trajectoire se heurte de plein fouet à la crise sanitaire de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) et à l’obligation vaccinale.
« On nous oblige à passer par la chimie. On ne veut pas écouter qu’il y a d’autres voies », résume-t-elle. En Ariège, la DNC a entraîné une campagne de vaccination généralisée. Christelle Record a refusé. Elle dit l’avoir fait au nom de la cohérence de ses pratiques : « J’ai travaillé pendant dix ans à construire une immunité naturelle. Je ne veux pas bouleverser le microbiote de mes vaches ». Selon elle, « l’immunité collective est acquise » dans le département et « il n’y a pas eu de cas depuis le 2 janvier », cite-t-elle, en référence à une déclaration ministérielle.
La réponse administrative est tombée : une amende de 22 500 € (750 € par animal), une suspension d’activité de sept jours et la menace d’une vaccination forcée, voire d’une fermeture. « Je me retrouve criminalisée, comme une délinquante, alors que j’ai mené un travail vertueux ». Elle dit ressentir une « privation de liberté » et pointe un « mur administratif » : « Pendant 15 ans, j’ai géré mon troupeau en responsabilité. Aujourd’hui, on veut m’expliquer comment faire, parfois par des gens qui ne connaissent pas notre métier ».
Au-delà de l’affrontement, l’itinéraire de cette exploitation interroge. Installée en 2011, l’éleveuse de brunes des Alpes a progressivement renoncé aux intrants : « Plus d’engrais sur les sols, plus de vermifuges, plus de vaccins sur les veaux depuis sept ans ». La bascule s’est opérée par la formation et l’observation. D’abord le sol : hauteur de fauche à 7 cm pour préserver la gaine, refus de « nettoyer » les prairies pour laisser la vie du sol s’exprimer, arrêt de la herse systématique. Bilan revendiqué : « Sans engrais, j’ai un rendement une fois et demie supérieur à 2011 ».
Ensuite l’eau : densifier les points d’abreuvement, avec des bacs tous les 200 mètres, « pour éviter les bousculades, améliorer l’ingestion et le lait ». Et surtout, recaler le cycle d’élevage sur la saison : « Ne plus faire naître en hiver. Les mises bas au printemps, quand l’herbe explose et les énergies remontent, ça change tout ».
La troisième brique, plus dérangeante pour l’orthodoxie, touche au microbiote. Confrontée à des diarrhées néonatales et à des pertes malgré la chimie, Christelle Record a essayé des transplantations fécales de veau à veau : « Le veau malade recevait une greffe d’un veau sain. On voyait que ça relançait le système digestif ». Elle insiste : « Je n’ai rien inventé. J’ai lu, je me suis formée auprès d’homéopathes, d’ostéopathes, j’ai observé ». Cette pratique, utilisée en médecine humaine pour certaines indications, reste marginale en élevage et suscite la curiosité autant que la réserve. « Quand des étudiants d’agro viennent, ils sont surpris. On leur enseigne plus la chimie que l’observation », constate-t-elle.
Face à la controverse, les autorités sanitaires rappellent que la vaccination DNC vise à protéger les troupeaux et les échanges. Christelle Record, elle, plaide pour une évaluation au cas par cas et la reconnaissance des résultats observés sur le terrain : « On perd un savoir-faire si on standardise tout. On perd des produits naturels ». Elle dit ne pas vouloir mettre ses voisins en danger et revendique des pratiques strictes de biosécurité à la ferme.
Ce bras de fer dépasse une seule exploitation. Il condense une tension nationale entre standardisation sanitaire et diversité des modèles agricoles, entre preuve expérimentale et preuve de terrain. « On nous montrait en exemple, aujourd’hui on nous désigne en contre-exemple », lâche-t-elle, amère. Elle appelle au débat public, et organise une journée de mobilisation et de portes ouvertes le 1er avril à Baulou à côté de Foix : « Venez voir, poser des questions, juger sur pièces ». Coordonnées en cliquant sur le lien.
Que l’on partage ou non ses choix, l’histoire de la roulotte et de la ferme Record met en lumière une question centrale : comment concilier exigences sanitaires, liberté agronomique et résilience des territoires sans balayer, d’un revers administratif, des années d’expérimentation patiente au service d’une alimentation locale ?
En novembre 2025, Christelle a terminé la boucle du Tour de France de 1926 à vélo – un périple de plus de 4000 km en 60 jours. Elle a de l’endurance !
- Source : France-Soir












