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Mercredi, 18 Mars 2026

Bagdad sous les drones : l'ambassade US ne tient plus qu'à un fil

Auteur : ZeJournal | Editeur : Walt | Mercredi, 18 Mars 2026 - 21h58

Depuis le 28 février, l'ambassade américaine de la Zone verte est devenue l'une des cibles préférées des milices pro-iraniennes. En cinq jours, elle a essuyé au moins huit vagues d'attaques. Bagdad, qui voulait rester hors du conflit, est désormais un théâtre de guerre à part entière.

Chronologie des frappes — 14 au 18 mars 2026

14 mars — Aube
Premier drone dans l'enceinte
Un drone pénètre le périmètre de l'ambassade et provoque un incendie visible depuis plusieurs quartiers de Bagdad. Les États-Unis appellent leurs ressortissants à quitter l'Irak immédiatement.

16 mars — Nuit
Drone sur l'hôtel des diplomates
Un drone kamikaze s'écrase sur un hôtel de luxe adjacent à la Zone verte, fréquenté par des diplomates étrangers. Une attaque similaire vise simultanément la représentation diplomatique.

17 mars — Matin
Vague de drones et roquettes
Nouvelle offensive de drones et de roquettes contre l'ambassade. Quatre tirs de roquettes sont interceptés. Des explosions sont entendues dans toute la capitale. Quatre personnes sont tuées dans un quartier résidentiel de Bagdad, dont deux conseillers iraniens.

17 mars — Soir
Trois drones — C-RAM débordé
Trois drones piégés ciblent l'ambassade. Le système C-RAM en intercepte deux. Le troisième pénètre dans l'enceinte et déclenche un incendie. Simultanément, deux drones visent la base militaire Victoria à l'aéroport international.

17–18 mars — Nuit
Quatre nouveaux projectiles
L'ambassade est visée par au moins quatre projectiles supplémentaires, dont deux drones. Au moins un appareil atterrit à proximité du complexe. Des détonations sont entendues par des riverains et des journalistes de l'AFP postés dans la ville.

18 mars — Matin
Nouveau drone en impact direct
Un drone frappe directement l'ambassade selon une source sécuritaire irakienne citée par l'AFP. Un deuxième responsable précise que l'appareil s'est écrasé « près de la barrière de sécurité ». De nouvelles explosions sont entendues à Erbil, capitale du Kurdistan.

Dans un restaurant de Bagdad, mardi soir, les clients n'ont pas bougé. Les fortes déflagrations qui ont secoué les vitres — provoquées par les missiles de la défense antiaérienne de l'ambassade américaine interceptant des projectiles en plein ciel — semblaient presque banales. Une habitante, depuis son balcon, a simplement regardé les flammes s'élever aux abords de la Zone verte. En cinq jours, Bagdad est devenue une ville de guerre ordinaire.

L'ambassade des États-Unis dans la capitale irakienne est l'une des plus grandes installations diplomatiques américaines au monde : un complexe fortifié de 42 hectares, construit pour résister. Mais depuis que les avions américains et israéliens ont attaqué l'Iran le 28 février, elle est devenue une cible quasi permanente pour les milices chiites pro-iraniennes qui prolifèrent en Irak. Ces groupes — au premier rang desquels les Brigades du Hezbollah, ou Kataeb Hezbollah — revendiquent des attaques quotidiennes, en représailles directes aux frappes sur Téhéran.

« La présence américaine malveillante est à l'origine de l'instabilité en Irak, et il n'y aura pas de sécurité tant que le dernier soldat étranger n'aura pas quitté le territoire irakien ».
Abou Moujahid Al-Assaf, responsable sécuritaire des Brigades du Hezbollah — 17 mars 2026

L'Irak, malgré lui, dans la guerre

Le paradoxe irakien est cruel. Bagdad n'a pas choisi ce conflit. Le gouvernement du Premier ministre Mohammed Shia' Al-Soudani avait multiplié les appels à la retenue depuis le 28 février, cherchant désespérément à préserver une neutralité qui lui permettrait de ne pas choisir entre ses deux principaux alliés — les États-Unis et l'Iran. Ce calcul a volé en éclats. Les milices pro-iraniennes qui opèrent sur le territoire irakien ne répondent pas à Bagdad ; elles répondent à Téhéran. Et Téhéran veut faire payer les Américains.

L'Irak se retrouve ainsi dans une situation ubuesque : son gouvernement condamne les attaques contre l'ambassade, ses forces de sécurité tentent d'en limiter les dégâts, et dans le même temps, des groupes armés irakiens financés par l'Iran tirent des drones sur cette même ambassade depuis ses propres frontières. Les quatre personnes tuées le 17 mars dans un immeuble résidentiel de Bagdad — dont deux conseillers iraniens engagés auprès de milices locales — illustrent l'imbrication totale des chaînes de commandement.

Les principaux groupes armés impliqués

Kataeb Hezbollah (Brigades du Hezbollah) — Milice pro-iranienne irakienne, formellement distincte du Hezbollah libanais mais partageant financement et doctrine. Désignée organisation terroriste par les États-Unis depuis 2009. Revendique des attaques quasi-quotidiennes contre des intérêts américains depuis le 28 février.

Harakat Hezbollah al-Nujaba — Autre faction chiite irakienne proche des Gardiens de la révolution iraniens. A revendiqué plusieurs frappes sur la base militaire américaine Victoria à l'aéroport de Bagdad.

Les Factions de la Résistance islamique en Irak — Terme générique regroupant l'ensemble des milices pro-iraniennes irakiennes. Elles opèrent en relative autonomie sur le plan tactique mais suivent les grandes lignes stratégiques de Téhéran.

La défense antiaérienne sous pression

Le système C-RAM — Counter-Rocket, Artillery and Mortar — déployé autour de l'ambassade est conçu pour intercepter des roquettes et des obus. Face aux drones kamikazes qui se multiplient, ses limites sont atteintes. Le soir du 17 mars, il en a arrêté deux sur trois : le troisième a pénétré l'enceinte. Ce taux d'interception, qui semblerait satisfaisant en temps normal, est insuffisant quand les salves se succèdent plusieurs fois par nuit.

Le département d'État a ordonné en début de mois le départ de tout le personnel non essentiel de l'ambassade. Ce qui reste sur place, ce sont les diplomates de permanence, les Marines chargés de la sécurité, et les agents du renseignement. Les États-Unis ont par ailleurs demandé à l'ensemble de leurs postes diplomatiques dans le monde de revoir leurs dispositifs de sécurité — une mesure qui illustre la crainte d'un débordement du conflit bien au-delà du Moyen-Orient. Des représentations américaines au Canada et en Norvège ont déjà été prises pour cible.

À Bagdad, les clients des restaurants ne lèvent plus les yeux quand les missiles de la défense antiaérienne déchirent le ciel. C'est peut-être là le signe le plus inquiétant de ce que la guerre fait à une ville : elle finit par sembler normale.
Journaliste AFP — Bagdad, 17 mars 2026

Que font les États-Unis ?

Washington frappe. Chaque attaque contre l'ambassade ou contre des soldats américains dans la région déclenche des représailles : des frappes imputées à l'aviation américaine contre des bastions des Brigades du Hezbollah à Bagdad et dans d'autres régions d'Irak. Le 14 mars, c'est précisément une frappe contre un bastion du groupe qui avait provoqué la première attaque à grande échelle contre l'ambassade — une escalade en boucle qui ressemble moins à une stratégie qu'à une spirale.

Le gouvernement irakien se retrouve pris en étau. Al-Soudani a haussé le ton ces derniers jours, exigeant publiquement que les deux parties respectent la souveraineté irakienne. Mais sa marge de manœuvre est infime : il ne peut pas expulser les milices pro-iraniennes — trop puissantes, trop intégrées dans le tissu social et sécuritaire du pays —, et il ne peut pas non plus demander aux Américains de partir alors que leur présence militaire garantit partiellement sa survie politique.

Pendant ce temps, à Erbil, au Kurdistan irakien, les explosions de ce mercredi matin ont rappelé que le feu s'étend. La capitale kurde, longtemps épargnée, est désormais dans le rayon d'action des milices. Et à Bagdad, une nouvelle nuit commence.


- Source : ZeJournal

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