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Mercredi, 01 Avr. 2026

À la pompe, c'est l'État qui fait le plein — pas vous

Auteur : Mario | Editeur : Walt | Mercredi, 01 Avr. 2026 - 14h01

Le baril de pétrole vaut aujourd'hui moins cher qu'en 2008. Le dollar n'a jamais été aussi fort face à l'euro. Et pourtant, vous payez plus cher à la pompe qu'à cette époque. Cherchez l'erreur. Spoiler : elle porte une veste de fonctionnaire et s'appelle TICPE.

Il y a une blague qui se raconte dans les stations-service françaises. Elle n'est pas drôle. En 2008, quand le baril de Brent culminait à 147 dollars — un record absolu à l'époque — le litre de SP95 frôlait 1,51 euro. En ce début 2026, le baril tourne autour de 105 dollars, soit 30 % de moins. Le dollar, lui, s'est renforcé face à l'euro, ce qui devrait théoriquement renchérir le brut importé. Et pourtant, le litre dépasse allégrement les 2 euros. La logique, elle, ne fait pas le plein.

Pour comprendre cette aberration arithmétique, il faut regarder ce que vous payez vraiment quand vous glissez votre carte bleue dans la borne. Sur un litre à 2 euros, environ 55 centimes correspondent à l'ex-TICPE — une taxe fixe, votée par le Parlement, qui ne varie pas d'un centime que le baril soit à 40 ou à 150 dollars. À cela s'ajoute une TVA à 20 %, calculée sur le prix incluant déjà la TICPE. Vous payez donc une taxe sur une taxe. C'est ce que les fiscalistes appellent, avec un euphémisme admirable, un « empilement de prélèvements ».

« En France, les taxes représentent entre 52 % et 55 % du prix à la pompe. Le pétrole, lui, n'en représente que 30 %. »— Union française des industries pétrolières (UFIP), février 2026

Dit autrement : quand vous faites le plein, vous donnez plus d'argent à Bercy qu'à Total ou Saudi Aramco réunis. L'État perçoit environ 30 milliards d'euros par an grâce à la seule TICPE. C'est la quatrième recette fiscale du pays. Derrière la TVA, l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés. Devant beaucoup d'autres choses. Le carburant est, en somme, le prélèvement obligatoire que personne n'a vraiment vu venir, parce qu'il se cache sous un prix affiché en gros caractères rouges sur un panneau au bord de la nationale.

Ce que contient votre litre à 2 €

  • ~30 % → coût de la matière première (le brut + raffinage)
  • ~17 % → distribution, transport, marge station
  • ~34 % → accise (ex-TICPE) fixe, indépendante du baril
  • ~13 % → TVA (dont une partie sur la TICPE elle-même)
  • ~6 % → certificats d'économie d'énergie (CEE)

Le tour de passe-passe est d'une élégance redoutable. Quand le pétrole monte, les recettes de TVA grimpent mécaniquement — l'État encaisse plus sans bouger le petit doigt. Quand le pétrole baisse, l'accise fixe maintient le plancher fiscal. Dans les deux cas, le contribuable trinque. Dans les deux cas, le ministre des Finances dort bien.

On pourrait objecter que le taux de change atténue la douleur. C'est vrai, en partie. Un dollar fort renchérit les importations de brut libellées en dollars pour un acheteur en euros. Mais même en tenant compte de cet effet, le différentiel entre le prix du baril et le prix à la pompe reste inexplicable sans regarder la fiscalité. En 2008, avec un baril à 147 dollars, l'équivalent en euros était bien plus élevé qu'aujourd'hui — et la pompe était moins chère. La conclusion s'impose d'elle-même : c'est la pression fiscale accrue depuis 2008, notamment via la composante carbone ajoutée à la TICPE à partir de 2014, qui creuse cet écart.

« Une TICPE flottante existe. Elle a fonctionné de 2000 à 2002. Elle a été supprimée. Elle n'est jamais revenue. »— Rapport de la Cour des comptes, 2005 — toujours d'actualité

Des voix s'élèvent régulièrement pour réclamer une « taxe flottante » — un mécanisme qui abaisserait l'accise quand les prix s'envolent, pour amortir le choc sur les ménages. Le dispositif existait. Il a fonctionné. Il a été enterré. La raison officieuse est budgétaire : l'État ne peut pas se permettre de renoncer à ces recettes dans un contexte de déficit à 5,3 % du PIB. La raison inavouable est que la pompe est devenue l'un des coins les plus confortables pour lever de l'impôt — tout le monde paye, peu de gens calculent, et la colère se dirige vers les pétroliers plutôt que vers la rue de Rivoli.

Alors oui, il y a une guerre au Moyen-Orient. Oui, le détroit d'Ormuz est tendu. Oui, les marchés spéculent. Mais la prochaine fois que la colonne de prix s'affiche devant vous et que vous sentez votre humeur descendre aussi vite que votre jauge remonte, rappelez-vous : plus de la moitié de ce que vous dépensez ne finance ni le forage en mer du Nord, ni le camion-citerne qui a livré la station. Il finance le budget général de l'État. Et personne n'a jamais eu à vous le demander poliment.


- Source : ZeJournal

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