Faillites record : l’État a condamné les PME françaises avec ses propres dettes Covid
Les essentiels de cette actualité
- Derrière le chiffre record de 69.957 faillites et 267.200 emplois menacés en 2025, se cache non pas une purge salutaire, mais l’effondrement programmé d’entreprises parfaitement viables, victimes d’une mécanique d’endettement conçue par l’État lui-même.
- Les Prêts Garantis par l’État imposaient mathématiquement une rentabilité annuelle supérieure à 10 % sur quatre ans, alors que la moyenne des PME françaises oscille entre 2 % et 8 % : l’équation était structurellement impossible à résoudre pour la majorité d’entre elles.
- Quand des entreprises tentaient de renégocier leur PGE via les procédures amiables, l’État les pénalisait en révisant le taux à la hausse et en les inscrivant au fichier de la Banque de France, leur coupant tout accès au crédit.
- Les retards de paiement des grandes entreprises et des créances publiques ont encore aggravé l’étranglement des trésoreries : la part de l’industrie française est passée sous les 10 % du PIB pour la première fois de son histoire en 2025.
- Une éclaircie est attendue à partir de 2026, une fois les dettes Covid soldées — mais sans réforme structurelle de la manière dont la France finance et accompagne ses PME, la prochaine crise produira exactement les mêmes ravages.
En France, les faillites d’entreprises battent des records depuis deux ans. Le chiffre de 69.957 défaillances en 2025, représentant 267.200 emplois menacés, est brandi avec une certaine résignation par les commentateurs habituels, qui y voient avant tout la purge salutaire d’un tissu économique artificiel maintenu sous perfusion pendant la crise sanitaire. Cette lecture commode mérite pourtant d’être sérieusement contestée. Elle dissimule une réalité bien plus grave : les PME françaises, c’est-à-dire l’épine dorsale de notre économie productive, sont en train de mourir d’une mécanique d’endettement que l’État a lui-même conçue et qu’il refuse encore aujourd’hui d’assumer pleinement.
L’explication du « rattrapage », selon laquelle les entreprises qui disparaissent aujourd’hui auraient dû disparaître en 2020, a pu comporter une part de vérité en 2022 et 2023. Mais depuis 2024, la part des PME dans les défaillances a atteint, puis dépassé, le niveau observé lors de la crise des subprimes de 2009. Ce sont donc bien des entreprises viables, dotées de modèles économiques solides, qui sombrent. Non parce qu’elles n’étaient pas compétitives, mais parce qu’on leur a imposé un niveau de remboursement structurellement incompatible avec leur capacité réelle de rentabilité.
On est en plein GREAT RESET !
— GÉOPOLITIQUE PROFONDE (@GPTVoff) March 19, 2026
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Un redressement judiciaire généralisé qui ne voulait pas dire son nom
Pour comprendre ce qui se joue, il faut revenir à la mécanique précise des mesures mises en place pendant la crise du Covid. L’État français a alors déployé tout un arsenal de soutien : activité partielle, fonds de solidarité, reports de cotisations fiscales et sociales, gel des prêts bancaires en cours, et surtout les fameux Prêts Garantis par l’État (PGE), pouvant atteindre 25 % du chiffre d’affaires hors taxes et remboursables sur quatre ans après deux années de différé.
François Drouin, spécialiste du retournement d’entreprises et enseignant en droit des entreprises en difficulté, formule à ce sujet un constat d’une clarté redoutable :
« C’est comme si nous avions mis toutes les PME de France en sauvegarde ou en redressement judiciaire sans le dire. La différence majeure se situe dans le délai de remboursement : là où les plans de continuation ont une durée légale maximale de 10 ans, les dettes constituées au cours de la crise sanitaire COVID-19 devaient être remboursées sur 4 ans ».
La comparaison est d’une précision chirurgicale. Dans une procédure collective classique, les dettes sont gelées, restructurées, puis leur remboursement est étalé sur une décennie après vérification de la capacité de l’entreprise à y faire face. Ici, les seuls PGE exigeaient mathématiquement une rentabilité de 6,25 % par an pendant quatre ans. En y ajoutant les échéanciers fiscaux, sociaux ainsi que les prêts bancaires antérieurs à la crise, la rentabilité cible dépassait 10 % par an. Pour des PME dont la rentabilité moyenne en France oscille entre 2 % et 8 %, l’équation était tout simplement impossible à résoudre pour la majorité d’entre elles.
Lorsque ces entreprises ont tenté de desserrer l’étau en recourant aux procédures amiables pourtant encouragées par la législation commerciale, elles se sont heurtées à une nouvelle absurdité : toute demande d’allongement d’un PGE dans ce cadre entraînait automatiquement une révision à la hausse du taux d’emprunt et une inscription au fichier de la Banque de France, bloquant tout nouvel accès au crédit. L’État encourageait d’une main la prévention des difficultés et punissait de l’autre ceux qui y recouraient. Cette schizophrénie institutionnelle a condamné des entreprises qui auraient pu être sauvées.
La rue de Rennes s’effondre !
— GÉOPOLITIQUE PROFONDE (@GPTVoff) March 18, 2026
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Des PME prises dans un étau de crises successives
Ce drame de l’endettement structurel ne s’est pas joué dans un vide économique. Il s’est superposé à une succession de chocs qui ont rogné les marges au moment précis où il aurait fallu les consolider. La crise inflationniste sur les matières premières au second semestre 2021, puis la flambée des coûts énergétiques consécutive à la guerre en Ukraine en 2022, ont alourdi les coûts de production sans que les PME puissent toujours les répercuter sur leurs prix de vente, et jamais sans délai. La dissolution de l’Assemblée nationale en 2024 a ajouté une couche d’incertitude qui a freiné l’investissement public et privé, avec des effets visibles dès septembre 2024, date à laquelle les défaillances ont commencé à exploser.
À cela s’ajoute la question des délais de paiement interentreprises, trop souvent ignorée. En 2024, 52 % des grandes entreprises payaient leurs fournisseurs à plus de 60 jours, au-delà du délai légal fixé par la loi de modernisation de l’économie de 2008. Fin 2025, une part significative d’entre elles dépassait les 90 jours. Les retards de paiement des créances publiques ont augmenté de 14,8 % au quatrième trimestre 2025. Ce sont autant de milliards qui manquent dans la trésorerie des PME et qui les étranglent, non à cause de leur inefficacité, mais du comportement de donneurs d’ordre publics et privés profitant de leur position dominante.
Le résultat de cette accumulation est brutal et symbolique : pour la première fois de son histoire, la part de l’industrie dans l’économie française est passée sous la barre des 10 % en 2025. Ce n’est pas une statistique abstraite. C’est la mesure d’un déclassement productif concret, celui d’une nation qui perd, atelier par atelier, PME par PME, les outils de sa souveraineté économique.
Ce que révèle cette crise dépasse le seul bilan comptable des faillites. Elle met en lumière l’incapacité chronique de l’État français à accompagner ses entreprises avec cohérence dans la durée. Les professionnels du terrain avaient alerté dès 2021 sur l’incompatibilité entre le poids des dettes Covid et la capacité réelle de remboursement des PME. Ces alertes n’ont pas été entendues à temps. Il a fallu attendre mai 2025 et une commission d’enquête sénatoriale pour qu’Arnaud Montebourg les relaie officiellement. Ce retard coûte des milliers d’entreprises, des dizaines de milliers d’emplois et une part de notre tissu industriel que nous ne récupérerons pas.
Une éclaircie est cependant possible. À partir du second semestre 2026, la grande majorité des dettes Covid aura été soldée, par le remboursement, la restructuration ou la liquidation. Les PME survivantes pourront théoriquement retrouver une capacité d’investissement et renouer avec une trajectoire de croissance. Mais cette perspective ne doit pas servir d’absolution facile. Elle doit être le point de départ d’une réflexion sérieuse sur la manière dont la France protège, finance et accompagne ses PME, non dans l’urgence des crises, mais de manière structurelle, en temps de paix économique. Car si rien ne change dans la doctrine, la prochaine crise, qu’elle soit climatique, géopolitique ou financière, produira les mêmes ravages, avec le même retard à l’allumage.
- Source : Géopolitique Profonde












