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Mardi, 05 Juill. 2022

OTAN : l’escalade militaire continue dans l’Est de l’Europe et évacuation médiatico-diplomatique d’Ukraine

Auteur : Karine Bechet-Golovko | Editeur : Walt | Mardi, 25 Janv. 2022 - 15h56

Sous la baguette de l’OTAN, les pays européens déclarent renforcer leur présence militaire dans les pays limitrophes européens de la Russie. La réponse ainsi apportée par l’OTAN à la demande russe de retirer les troupes étrangères de Roumanie et de Bulgarie souligne, pour ceux qui avaient encore des doutes, que les États-Unis ne sont pas dans une logique de négociation. Cela s’accompagne par ailleurs d’une campagne médiatico-politique d’évacuation du personnel diplomatique des chancelleries atlantistes à Kiev. Chaque rencontre bilatérale entraînant une escalade, non pas uniquement du discours, mais aussi des forces en présence, peut-être est-il temps pour la Russie d’en tirer les conséquences et de changer de tactique : toute période n’est pas adaptée à la diplomatie – active et officielle.

La Russie avait demandé, dans le cadre de ses exigences réciproques de sécurité, le retrait des forces militaires étrangères, notamment de Bulgarie et de Roumanie. La question de la présence permanente de forces militaires étrangères sur le sol d’un pays « souverain » devrait, en effet, soulever des questions, justement de souveraineté nationale.

La réponse a été apportée. Tout d’abord, l’UE a déclaré que la présence de troupes étrangère sur le sol des pays européen est une question de politique européenne interne, manifestement à la différence de la présence de forces militaires russes en Russie, qui est certainement une question de politique internationale. Mais au-delà des déclarations politiques, l’OTAN a décidé de renforcer la présence militaire dans les pays d’Europe de l’Est, notamment en Bulgarie et en Roumanie, en plus des pays Baltes. Ainsi, le Dannemark envoie une frégate en mer Balte et quatre F16 en Lituanie, l’Espagne joint ses bâtiments maritimes aux forces de l’OTAN et envisage d’envoyer des avions de chasse en Bulgarie, la France s’est déclarée prête à envoyer des forces armées en Roumanie, la Hollande envoie en Bulgarie deux avions de chasse F35 en avril et transfert un bâtiment maritime et des unités terrestres dans les forces de réserve de réaction rapide de l’OTAN, et bien entendu les États-Unis envisagent de renforcer leur présence militaire en Europe de l’Est, qui se monte déjà à plus de 70 000 soldats et civils en Europe (voir notre texte ici).

,Évidemment, tout cela en raison de la fameuse « invasion russe » prochaine, tant attendue à force d’être annoncée par les médias atlantistes, qui reprennent le calendrier géopolitique des forces qui les gouvernent, comme le fait Bloomberg en attribuant au dirigeant chinois, selon une déclaration d’un fantomatique diplomate chinois, la demande faite à Poutine de ne pas envahir l’Ukraine pendant les JO de Pékin, déclaration totalement et volontairement fausse, faisant des médias un simple instrument à la botte des intérêts américains.

Dans le même ordre des choses, nous avons vu ce week-end s’enchaîner les déclarations, affirmant tout d’abord l’évacuation cette semaine des diplomates américains à Kiev avec leur famille, ensuite le démenti du département d’État, pour finalement ce matin tomber sur l’affirmation de l‘ordre de départ « volontaire » d’une partie des diplomates américains de Kiev avec leur famille :

« Les États-Unis ont ordonné dimanche le départ des membres des familles du personnel de leur ambassade en Ukraine, invoquant la menace permanente d’une action militaire de la part de la Russie. Le département d’État américain a également autorisé le départ volontaire des employés du gouvernement américain et a déclaré que les Américains devraient envisager de partir immédiatement. (…) Le département d’État a également déclaré qu’il autorisait le “départ volontaire des employés américains embauchés directement” ».

Le département d’État américain a été suivi par la Grande-Bretagne, qui annonce le rapatriement de plus de la moitié de son personnel diplomatique en poste à Kiev … face à la « menace russe ». Selon les médias ukrainiens, la France envisage également l’évacuation de son personnel diplomatique.

Accuser l’autre de ce que l’on veut faire soi-même est un classique, mais les États-Unis sont-ils vraiment prêts à lancer une guerre en Europe ? Et les Européens sont-ils à ce point faibles et dépossédés d’eux-mêmes qu’ils pourraient envisager de s’engager dans un conflit, à l’encontre de leurs propres intérêts, contre la Russie, avec laquelle ils cohabitent sur le Continent européen ?

C’est pour l’instant encore difficile à croire, d’autant plus qu’une guerre globale est déjà en cours. Revenir à une guerre classique renforcerait les États et induirait une épuration nationale des élites dirigeantes, ce qui n’est absolument pas dans l’intérêt de la globalisation. À moins que le processus lancé ne soit plus contrôlable.

À suivre.

***

L’armée ukrainienne accumule armements lourds et engins de déminage dans le Donbass, et les États-Unis évacuent leur ambassade à Kiev

Après plusieurs jours d’annonces puis de démenti officiel de la part du Secrétaire d’État américain, les États-Unis ont commencé l’évacuation du personnel de leur ambassade à Kiev et de leurs familles, sur fond d’accumulation de chars d’assaut, d’artillerie, et d’engins de déminage par l’armée ukrainienne dans le Donbass.

Fin de semaine dernière des médias américains, puis britanniques avaient publié des articles sur l’évacuation imminente du personnel de leurs ambassades respectives en Ukraine. Des informations démenties immédiatement par le Secrétaire d’État américain et par le ministère britannique des Affaires étrangères, laissant penser que les médias s’étaient une fois de plus adonnés à une véritable hystérie pour accentuer l’escalade de la situation déjà palpable.

Finalement, le 23 janvier 2022, le Département d’État américain a annoncé avoir autorisé le départ volontaire des employés de son ambassade à Kiev, et ordonné l’évacuation de leurs familles. Il recommande aussi aux citoyens américains de ne pas voyager en Ukraine, et pour ceux qui s’y trouvent, d’en partir par leurs propres moyens.

« Le 23 janvier 2022, le Département d’État a autorisé le départ volontaire des employés américains embauchés directement et a ordonné le départ des membres des familles éligibles de l’ambassade de Kiev en raison de la menace continue d’une action militaire russe. Les citoyens américains en Ukraine devraient envisager de partir maintenant en utilisant des moyens de transport commerciaux ou privés », peut-on lire désormais sur le site du Département d’État.

Plus loin, le communiqué précise que « les citoyens américains qui se trouvent en Ukraine doivent savoir qu’une action militaire russe n’importe où en Ukraine aurait de graves répercussions sur la capacité de l’ambassade des États-Unis à fournir des services consulaires, y compris une assistance aux citoyens américains qui quittent l’Ukraine ». En clair qu’ils partent maintenant ou après si la situation dégénère, les citoyens américains ne peuvent de toute façon compter que sur eux-mêmes et sur les vols commerciaux pour sortir du bourbier ukrainien. Comme lors de l’évacuation catastrophique de l’Afghanistan par les Américains, c’est chacun pour soi et démerdez-vous…

Un point confirmé lors d’un point presse par un officiel du Département d’État américain, qui a déclaré qu’une « action militaire de la Russie pourrait intervenir à tout moment » et que « le gouvernement américain ne sera pas en mesure d’évacuer les citoyens américains dans une telle éventualité ». Sic.

Dans la foulée, le Royaume-Uni a annoncé une mesure similaire, évacuant une partie du personnel de son ambassade et leurs familles. Et l’Australie vient d’annoncer avoir commencé à évacuer les familles de ses diplomates. Mais chose étrange, ni la Russie, ni l’UE n’ont procédé à une évacuation du personnel de leurs ambassades respectives à Kiev. Ce qui veut dire que soit le Département d’État américain et les ministères britannique et australien des Affaires étrangères savent quelque chose que les autres pays ne savent pas sur la façon dont la situation pourrait dégénérer en Ukraine, soit ils ont décidé d’alimenter l’hystérie politico-médiatique autour de la future « invasion russe ».

En effet, l’UE, via son Haut Représentant pour les Affaires Étrangères et la Politique de Sécurité, Josep Borrell, a annoncé que les pays membres ne procéderaient pas à l’évacuation du personnel diplomatique et de leurs familles hors d’Ukraine tant que les négociations avec la Russie sont en cours, et qu’il attendait une explication de la part du Secrétaire d’État américain, Antony Blinken sur les raisons particulières qui ont poussé les États-Unis à lancer l’évacuation de leur personnel diplomatique.

Il faut dire que même dans l’éventualité d’une contre-attaque russe après une tentative d’offensive de l’armée ukrainienne contre les deux républiques populaires du Donbass, on imagine mal l’armée russe raser Kiev sous un tapis de bombes façon Dresde en 1945 (pour rappel en 2008, lorsque la Russie a défendu l’Ossétie du Sud contre la Géorgie, son armée n’a pas rasé Tbilissi)… Si Moscou intervenait dans le Donbass, les actions militaires auraient lieu à des centaines de kilomètres de Kiev, pas de quoi donc mettre en danger la vie des diplomates occidentaux ou de leurs familles…

Et si l’hystérie autour de l’invasion russe imaginaire de l’Ukraine n’est basée sur rien de concret, les craintes de provocations, voire de tentative d’offensive de l’armée ukrainienne dans le Donbass semblent justifiées au vu des préparatifs menés par Kiev dans la région.

Ainsi après que la RPD (République Populaire de Donetsk) a annoncé la semaine dernière avoir détecté des préparatifs de l’armée ukrainienne afin de mener des actes de sabotage et de relancer le conflit dans le Donbass, de nouvelles informations semblent confirmer que Kiev a des plans offensifs dans les cartons.

Ainsi, le 24 janvier 2022, le porte-parole de la milice populaire de la RPD, Édouard Bassourine, a annoncé que les services de renseignement de la République avaient détecté de nouveaux préparatifs de l’armée ukrainienne dans le Donbass laissant penser à une future offensive :

– Les unités de la 1ère brigade de chars d’assaut, les bataillons de chars des 53e et 54e brigades mécanisées, et la 58e brigade d’infanterie mécanisée ont suspendu les congés de tout le personnel, et les commandants de tous grades ont reçu l’ordre de rester dans les points de déploiement temporaire. Les conducteurs et les artilleurs sont sortis des hôpitaux plus tôt que prévu, avec des recommandations pour poursuivre le traitement médical dans les unités. Des commissions du quartier général sont arrivées dans les bataillons de chars d’assaut pour contrôler la préparation des armes et des équipements militaires, vérifier l’installation des éléments de protection dynamique sur les chars, et réapprovisionner les munitions et le carburant ;

– La présence d’équipages de chars d’assaut et d’artillerie préparant l’armement et l’équipement militaire pour le combat a également été enregistrée à des endroits interdits par les accords de Minsk dans les districts de Volnovakha, Andreyevka et Dobropolye (voir la carte) ;

– L’arrivée de 40 soldats issus de trois différent régiments de forces spéciales des forces armées ukrainiennes, précédemment formés par des instructeurs du Royaume-Uni, pour mener des provocations dans la région d’Avdeyevka ;

Carte montrant où sont déployés les forces spéciales ukrainiennes, ainsi que les unités d’artillerie et de chars d’assaut (cliquer dessus pour voir en grand)

– Le déploiement de lance-roquettes de déminage automoteurs UR-77 par le commandement ukrainien sur la ligne de contact, ainsi que le renforcement des unités avancées et des groupes d’assaut ennemis avec des lance-roquettes de déminage portables UR-83P. Ces systèmes du génie sont conçus pour créer rapidement des passages de 6 à 14 mètres de large, à travers des champs de mines.

Photos d’un UR-77

Photo d’un UR-83P

– La reconstitution d’unités mécanisées au cœur du territoire ukrainien et leur déploiement pour renforcer les forces armées dans le Donbass.

– Le redéploiement des unités de la 28e brigade des FAU (Forces Armées Ukrainiennes) depuis son point de déploiement permanent dans la région d’Odessa a commencé. Le commandement militaire ukrainien redéploie la 28e brigade dans le Donbass sous couvert d’exercices tactiques et d’entraînement spéciaux. À la fin de l’année 2021, la brigade avait un niveau d’effectifs extrêmement bas, inférieur à 35%. La brigade n’était pas prête. Plus tôt cette année, le Commandement Opérationnel Sud a rapporté que la 28e brigade est désormais à 100% d’effectifs et toutes les recrues ont été formées dans des centres d’entraînement.

Si on met bout à bout le déploiement d’unités de chars d’assaut et d’artillerie, couplé avec l’envoi de systèmes permettant de nettoyer rapidement une bande de plusieurs mètres de large au milieu d’un champ de mines, il semble peu probable qu’il s’agisse pour l’Ukraine d’une simple poursuite de sa politique de bombardement des zones résidentielles, mais plutôt que l’armée ukrainienne se prépare à une offensive contre la RPD et la RPL (République Populaire de Lougansk).

La RPD a tenu à mettre en garde l’Ukraine contre toute idée d’offensive contre elle ou contre la RPL, soulignant que les républiques ne resteront pas sans réagir et que « l‘armée ukrainienne subira des dommages irréparables, dont elle ne pourra pas se remettre ». Le porte-parole de la milice populaire de la RPD a appelé les officiers et les soldats ukrainiens à refuser d’obéir aux ordres visant à les envoyer attaquer les deux républiques du Donbass, afin de sauver leur vie.

Il reste à espérer que la réunion des conseillers des chefs d’États du Format Normandie, qui aura finalement lieu à Paris le 26 janvier 2022, permettra de ramener l’Ukraine à la raison.

Donbass Insider - Christelle Néant


- Source : Russie politics

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