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Mardi, 31 Mars 2026

Le ministre de la Culture attaque la commission d’enquête de Charles Alloncle

Auteur : Clémence de Longraye | Editeur : Walt | Mardi, 31 Mars 2026 - 21h30

Un ministre de la Culture ne devrait (sans doute) pas dire ça pour sa première interview… Un mois après sa nomination rue de Valois, Catherine Pégard, qui succède à Rachida Dati, a choisi de donner son premier entretien à la presse à France Inter. Soit. Un choix loin d’être surprenant mais qui n’a rien d’anodin non plus. En effet, au terme de quinze minutes d’interview, la question sur la commission d’enquête sur l’audiovisuel public menée par le député de l’UDR Charles Alloncle finit par tomber. Alors que le nouveau ministre de la Culture fait mine de ne « pas [vouloir] revenir » sur le sujet, elle profite tout de même de l'occasion pour attaquer la tenue des auditions. « Je trouve simplement qu’il y a des moments où les bornes sont dépassées dans la manière de mener les débats », commence-t-elle. Et elle poursuit : « Je crois que je suis quelqu’un de plutôt consensuel […], et dès que je vois des lieux où l’on s’invective de cette façon, je trouve qu’on ne fait pas gagner ni la démocratie, ni le regard que l’on peut porter les uns sur les autres ».

Pour un ministre de la Culture qui affichait sa « discrétion » en ligne de conduite, cette sortie a de quoi étonner… D’autant plus que la nouvelle locataire de la rue de Valois ne s’arrête pas là. Après avoir attaqué cette commission d’enquête qui, rappelons-le, est menée par des députés élus, Catherine Pégard s’en prend à CNews. Alors que les journalistes de France Inter l’interrogent sur des propos tenus à l’antenne de la chaîne du groupe Bolloré à propos du nouveau maire de Saint-Denis, l’ancienne conseillère d’Emmanuel Macron dénonce : « Ce sont des attaques ignobles, inadmissibles. C’est assez intolérable qu’on puisse soutenir de tels propos contre quelqu’un qui vient d’être élu. » Elle refuse, toutefois, de qualifier CNews de « chaîne d’extrême droite » et assure pourvoir accepter des invitations « d’autres médias ».

Le même jour, sur RTL, c'est Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur, qui dénonce également « des attaques ignobles » contre le maire de Saint-Denis à l'antenne de CNews. Il se dit « très choqué par ces propos, des dérapages inacceptables ». CNews, de son côté, « conteste formellement que de quelconques propos racistes aient été tenus [sur son antenne] ». « Les extraits largement relayés sur les réseaux sociaux et dans certains médias ont été tronqués et sortis de leur contexte », rappelle la chaîne.

Un ministre qui « fait la leçon »

Cette première interview aurait pu passer inaperçue si le ministre n’avait pas surfé sur la vague anti-CNews et anti-Alloncle. Car à peine a-t-elle quitté le studio de France Inter que Sarah Knafo décide de l’interpeller sur ses réseaux sociaux. « Qu'elle semble lointaine, l'époque où le ministre de la Culture avait pour mission de "rendre accessibles les œuvres capitales de l'humanité, et d'abord de la France, au plus grand nombre possible de Français". […] Vous en êtes loin », écrit la députée Reconquête au Parlement européen, sur son compte X. « Oui, pendant que des trésors disparaissent de nos musées, vous comptez les téléspectateurs de CNews. Malraux a créé votre ministère pour élever le peuple. Vous l'utilisez pour lui faire la leçon », conclut-elle. En quelques heures, sa publication est vue des dizaines de milliers de fois. Éric Zemmour abonde : « Pour sa première interview, la ministre de la Culture avait deux options : soit défendre une effigie de Jeanne d’Arc combattante brandie par des supporters français, soit faire de la petite politique politicienne anti-Bolloré en attaquant CNews, la première chaîne d’information. Devinez ce qu’elle a choisi. »

Jean-Philippe Tanguy, député du Rassemblement national, profite, quant à lui, de la séquence pour rappeler le curriculum de ce nouveau ministre de la Culture, encore inconnu du grand public : « Selon la Cour des comptes, Catherine Pégard, sans aucune compétence particulière, avait été maintenue à la tête du château de Versailles par Macron dans "une forme de détournement de pouvoir". C’est aussi elle qui a autorisé l’ignoble "vagin de la reine" dans les jardins ».

En effet, après une longue carrière dans le journalisme, Catherine Pégard a franchi le pas de la politique. D’abord conseillère de Nicolas Sarkozy, elle obtient en 2011 le poste très convoité de présidente du château de Versailles. À l’époque, alors qu’elle n’a, semble-t-il aucune compétence en la matière, sa nomination fait grincer des dents. Emmanuel Macron la prolongera à Versailles malgré le dépassement de la limite d’âge des mandats d’établissement public. En septembre 2025, elle devient la conseillère culture du président de la République avant de prendre la suite de Rachida Dati, rue de Valois. Un parcours dans l'ombre du pouvoir.

***

Catherine Pégard ministre de la Culture que l'on retrouve en photo...

Affaire Epstein : la photo qui embarrasse la Macronie

Les essentiels de cette actualité

  • Une photographie prise en 2013 dans la galerie des Glaces place Catherine Pégard, alors présidente de Versailles, aux côtés de Jeffrey Epstein, pédocriminel dont les crimes étaient déjà documentés depuis 2008. Elle ne conteste pas le cliché, mais affirme n’en garder aucun souvenir.
  • Pour justifier ce vide mémoriel, la ministre invoque le flux de ses activités — 150 délégations par an —, mais une visite privée organisée sous l’égide d’un homme aussi sulfureux ne saurait se fondre dans la masse d’un agenda chargé.
  • Ses déclarations se contredisent directement : avant sa nomination, elle assurait que si elle avait été présente, elle s’en souviendrait ; elle reconnaît désormais une possible apparition furtive, sans jamais fournir d’explication cohérente.
  • Le gouvernement Lecornu III l’a nommée ministre de la Culture alors que la photographie circulait déjà. Peut-on sérieusement confier la gestion du patrimoine national à une responsable incapable de répondre à des questions aussi élémentaires sur son propre passé ?

Une photo, une présence attestée et une ministre qui « ne se souvient pas ». L’affaire Catherine Pégard illustre, avec une netteté embarrassante, les accommodements que s’autorisent certains responsables publics face aux questions les plus élémentaires de transparence et de dignité de la fonction.

Les faits sont pourtant simples. En 2013, alors qu’elle préside le domaine de Versailles, Catherine Pégard apparaît sur un cliché pris dans la galerie des Glaces en compagnie de Jeffrey Epstein, pédocriminel américain condamné dont les crimes étaient déjà connus à cette époque, de la productrice Caroline Lang et du réalisateur Woody Allen. La visite se déroule sous l’égide de Jean-Luc Brunel, proche collaborateur français d’Epstein. La photographie a refait surface sur BFMTV et dans Le Monde. Elle n’est pas contestée. Elle existe.

« Je ne conteste pas que cette photo existe, ce serait stupide, mais je n’ai aucun souvenir de ce moment ».

Voilà donc la ligne de défense de la ministre de la Culture, désormais membre du gouvernement Lecornu III depuis février dernier. Non pas un démenti, il serait indéfendable. Non pas une explication circonstanciée. Mais une amnésie revendiquée, présentée avec l’aplomb de celle qui pense que l’absence de souvenir vaut absolution. C’est une posture. Et elle mérite d’être examinée sans complaisance.

L’argument du flux et ses limites

Pour justifier ce vide mémoriel, Catherine Pégard invoque la densité de son agenda d’alors. Elle recevait, dit-elle, « à peu près 150 délégations par an » au château de Versailles. Un chiffre qui, présenté ainsi, est censé rendre plausible l’idée qu’une visite privée organisée par un homme déjà sulfureux puisse se fondre dans la masse et s’évaporer de toute mémoire.

L’argument mérite qu’on s’y arrête. 150 délégations par an, cela représente environ trois visites par semaine. Un rythme soutenu, certes, pour une institution aussi sollicitée que Versailles. Mais une visite privée, organisée de nuit ou hors des horaires publics, accompagnée d’un nom aussi singulier que celui de Jeffrey Epstein, dont les démêlés judiciaires américains étaient documentés depuis 2008, n’est pas une délégation ordinaire. Elle n’entre pas dans la catégorie des groupes anonymes que l’on salue mécaniquement avant de passer à autre chose.

Il y a quelque chose de profondément insatisfaisant dans cette défense par le nombre. Elle présuppose que la responsabilité d’un dirigeant se dissout dans le volume de ses activités. Qu’à partir d’un certain seuil de fréquentation, plus rien ne peut être retenu ni attendu. C’est précisément l’inverse de ce que l’on est en droit d’exiger d’une personne à qui l’on confie la gestion d’un patrimoine national exceptionnel, et a fortiori d’une ministre de la Culture en exercice.

La ministre ajoute qu’elle « ne connaissait pas » Epstein à l’époque. Soit. Mais cette affirmation, même vraie, ne répond pas à la question posée. On peut ne pas connaître personnellement un individu et conserver néanmoins le souvenir d’une visite particulière à laquelle on a participé, fût-ce « cinq minutes » selon sa propre hypothèse de dernière minute. Cette nouvelle piste, l’apparition furtive, contredit d’ailleurs directement sa déclaration d’avant nomination, selon laquelle « si j’avais été présente, je m’en souviendrais et le dirais, bien sûr ». Elle était donc présente. Elle ne s’en souvient pas. Le cercle ne se ferme pas.

Ce que révèle une nomination

Ce qui rend cet épisode politiquement significatif, ce n’est pas seulement la fragilité des explications fournies. C’est le calendrier. La photographie avait déjà circulé avant la nomination de Catherine Pégard au ministère de la Culture en février 2026. Le gouvernement Lecornu III l’a nommée en connaissance de cause, ou sans avoir jugé utile de s’en préoccuper sérieusement. Dans un cas comme dans l’autre, la question se pose : qui, au sein de l’exécutif, vérifie que les personnes appelées aux plus hautes fonctions de l’État sont en mesure de répondre sereinement à des questions aussi basiques ?

Le ministère de la Culture n’est pas un portefeuille anodin. Il a en charge la protection et la valorisation du patrimoine national, dont fait partie, précisément, le domaine de Versailles que Catherine Pégard a présidé pendant plus d’une décennie. Confier cette responsabilité à une personne dont le passé soulève des interrogations légitimes, et qui ne dispose manifestement pas de réponses satisfaisantes à y apporter, c’est choisir la facilité politique au détriment de l’exigence institutionnelle.

La France mérite mieux que des responsables publics qui, face à une photo qui les dérange, opposent l’oubli comme bouclier. L’amnésie sélective n’est pas une défense recevable pour qui prétend incarner la République et ses valeurs. Elle est, au mieux, une faiblesse. Au pire, un aveu habillé en lacune.

Ce qui est en jeu ici dépasse largement la personne de Catherine Pégard. C’est la question de ce que nous acceptons comme standard minimum d’intégrité et de transparence pour ceux qui nous gouvernent. Une photo existe. Une présence est attestée. Une explication cohérente manque. Cela seul devrait suffire à poser la question de la suite.

 


- Source : Boulevard Voltaire

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