« Nous n’avons plus d’argent » : l’aveu brutal du gouverneur de la Banque de France
Les essentiels de cette actualité
- Le gazole a dépassé les 2 euros le litre lundi. Face à la flambée des prix, le gouverneur de la Banque de France lâche une phrase qui claque : « Nous n’avons plus d’argent ».
- Subventionner les carburants à crédit ? Villeroy de Galhau s’y oppose fermement. Mais sa solution de long terme laisse sans réponse l’urgence immédiate des millions de Français qui dépendent de leur voiture.
- Nucléaire sous-exploité, dépendances aux métaux rares, déficits accumulés… une décennie de choix énergétiques incohérents explique pourquoi la France se retrouve aujourd’hui sans filet face à la volatilité du pétrole.
- Artisans, ouvriers, ruraux : quand le gazole flambe, ce sont leur budget alimentaire et parfois leur emploi qui vacillent. Peut-on les écarter au nom des équilibres macroéconomiques ?
François Villeroy de Galhau était sur RTL ce mercredi. Le gouverneur de la Banque de France y a livré un diagnostic économique lucide, mais aussi une prescription qui mérite d’être examinée sérieusement, au-delà des réflexes partisans habituels. Le contexte est connu : la volatilité des prix du pétrole, alimentée par le conflit au Moyen-Orient, se répercute directement à la pompe. Le gazole a dépassé lundi les 2 euros le litre. Les ménages, déjà éprouvés par plusieurs années d’inflation, reprennent le chemin des stations-service avec une appréhension croissante.
Face à cette nouvelle flambée, les réflexes politiques sont prévisibles. Les partis d’opposition et les syndicats réclament, comme à chaque crise énergétique, des mesures immédiates : baisse des taxes, chèque-essence, encadrement des prix. C’est là que Villeroy de Galhau intervient avec une clarté qui tranche, il faut lui reconnaître cela, avec les habituelles formules feutrées des banquiers centraux.
"Nous n'avons plus d'argent" : sur RTL, le gouverneur de la Banque de France déconseille de mettre en place des aides publiques sur les carburants https://t.co/vyT6WxdVA2 pic.twitter.com/uqsbz3aZKy
— RTL France (@RTLFrance) March 11, 2026
« Nous n’avons plus d’argent », lance-t-il. Le risque selon lui : « creuser encore les déficits et payer encore plus cher nos crédits immobiliers ou pour les entreprises » à cause de la hausse des taux d’intérêt à long terme.
Le constat est difficilement contestable. Avec un déficit public tournant autour de 5 % du PIB, la France ne dispose effectivement plus des marges de manœuvre qu’elle s’est longtemps accordées. Subventionner les carburants à crédit, c’est reporter la charge sur les générations futures tout en aggravant les conditions d’emprunt pour les ménages et les entreprises aujourd’hui. Sur ce point, le gouverneur a raison, et il serait intellectuellement malhonnête de le nier.
L’indépendance énergétique : un objectif réel, un chemin contestable
Là où le discours appelle davantage d’examen, c’est dans la solution proposée. Pour Villeroy de Galhau, « la vraie solution dans la durée, c’est conquérir notre indépendance énergétique », et cela passe, selon lui, par « investir dans la transition énergétique plutôt que dans la protection ». L’argument résonne bien. Il flatte une ambition que nous partageons sincèrement : voir la France cesser de dépendre des humeurs des marchés pétroliers et des instabilités géopolitiques du Moyen-Orient.
Mais il faut ici distinguer l’objectif du moyen. L’indépendance énergétique de la France est une cause souverainiste par excellence. Elle suppose que la nation reprenne la maîtrise de sa production, de ses approvisionnements et de ses infrastructures. En cela, nous souscrivons pleinement à l’ambition. Le problème, c’est que la « transition énergétique », telle qu’elle est actuellement définie et pilotée en Europe, ne conduit pas nécessairement à cette indépendance. Elle peut, au contraire, créer de nouvelles dépendances : envers les métaux rares extraits en Chine, envers les panneaux solaires fabriqués hors d’Europe, envers des technologies dont nous ne maîtrisons pas la chaîne de valeur.
La France dispose d’un atout considérable et sous-exploité dans ce débat : son parc nucléaire. Des années de tergiversations politiques, d’hésitations idéologiques et de pressions européennes ont contribué à fragiliser ce qui constituait précisément notre meilleure garantie d’indépendance énergétique. Le retour en grâce du nucléaire dans le discours officiel est une bonne nouvelle, mais les actes tardent et les capacités de production comme de renouvellement du parc s’érodent pendant que l’on débat.
"Nous n'avons plus d'argent": face à la hausse des prix des carburants, François Villeroy de Galhau déconseille d'offrir des aides aux Français https://t.co/wxCoeqvTH5
— BFM (@BFMTV) March 11, 2026
Le temps long contre l’urgence du présent
Il y a dans le raisonnement du gouverneur une tension que l’on ne peut pas esquiver : il répond à une urgence de court terme par une solution de long terme. C’est intellectuellement cohérent, mais politiquement et socialement insuffisant. Les Français qui font le plein aujourd’hui ne peuvent pas attendre 2035 ou 2040 que la transition énergétique porte ses fruits. La vraie question n’est donc pas « subventionner ou investir ? », comme s’il s’agissait d’un choix binaire, mais : que fait-on maintenant et comment finance-t-on demain sans sacrifier aujourd’hui les classes moyennes et populaires qui n’ont pas d’alternative à la voiture ?
Ces Français-là, artisans, ouvriers, habitants des zones rurales et périurbaines, ne peuvent pas prendre le métro. Ils n’ont pas accès à une borne de recharge à domicile. Ils achètent des véhicules d’occasion, pas des électriques neufs. Quand le gazole dépasse les 2 euros, c’est leur budget alimentaire, leur budget de chauffage, parfois leur emploi qui vacillent. Les écarter d’un revers de main au nom des équilibres macroéconomiques, aussi nécessaires soient-ils, c’est alimenter une fracture que les gouvernements successifs ont creusée depuis des années.
La Banque de France table sur une croissance de 0,2 à 0,3 % au premier trimestre et de 1 % pour 2026. Ce sont des chiffres sages, prudents, honnêtes. Mais une économie qui croît à 1 % pendant que l’inflation reste présente et que les prix de l’énergie flambent est une économie qui appauvrit silencieusement une partie de sa population. Le gouverneur le dit lui-même : la crise au Moyen-Orient signifie « un peu plus d’inflation et un peu moins de croissance ». Cette formule technocratique, propre et distante, recouvre des réalités très concrètes pour des millions de foyers.
Ce que cette séquence révèle, en définitive, c’est l’impasse dans laquelle une décennie de déficits accumulés et de politique énergétique inconstante a placé le pays. « Nous n’avons plus d’argent pour protéger les ménages », dit Villeroy de Galhau. C’est vrai. Mais il faudrait aussi dire pourquoi nous n’en avons plus et qui porte la responsabilité de cet épuisement. La rigueur intellectuelle que le gouverneur applique à la dépense publique devrait s’appliquer avec la même sévérité au bilan des choix politiques qui nous ont conduits là.
- Source : Planetes360












