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Jeudi, 26 Févr. 2026

Aider à vivre devient un crime : Les députés votent 2 ans de prison pour ceux qui dissuadent du suicide assisté

Auteur : Yoann | Editeur : Walt | Jeudi, 26 Févr. 2026 - 16h58

L’Assemblée nationale a franchi, ce mardi, une nouvelle étape dans la normalisation de la mort administrée. En adoptant en deuxième lecture un délit d’entrave à l’aide à mourir, les députés ont choisi de protéger juridiquement le geste fatal contre toute velléité de vie émanant de l’entourage. Le tout parallèlement à un délit d’incitation, censé rétablir un équilibre de façade. Le vote solennel, prévu pour mercredi, devrait consacrer cette mécanique législative sous couvert de progrès sociétal.

Deux poids, deux mesures : la mort sacralisée, la vie criminalisée

Le nouvel arsenal répressif est simple : deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende pour quiconque empêcherait ou tenterait d’empêcher un patient de s’informer sur l’euthanasie, ou d’y recourir. La formulation est suffisamment large pour inclure les « pressions morales », les « menaces » ou toute « information destinée à induire en erreur ». Traduction : conseiller à un proche désespéré de patienter, de consulter un soutien psychologique ou d’explorer les soins palliatifs relève désormais du délit, si le malade y voit une entrave à son droit de mourir. Le parallèle avec le délit d’entrave à l’IVG est revendiqué, comme si l’avortement et l’euthanasie relevaient du même combat pour l’autonomie.

Parallèlement, sur proposition de Frédéric Valletoux, un délit d’incitation a été voté à une écrasante majorité (248 voix contre 2). Objectif : punir d’un an de prison et 15 000 euros d’amende ceux qui pousseraient autrui à réclamer la mort. L’intention est louable, mais l’équilibre est un trompe-l’œil : inciter à mourir est certes interdit, mais dissuader de le faire devient un crime. La loi instaure une asymétrie vertigineuse. Le droit à l’information sur les modalités de l’euthanasie est préservé, mais l’information sur les alternatives – souffrance, survie, accompagnement – devient périlleuse.

Ces dispositions s’inscrivent dans un cadre plus large : maladie incurable, pronostic vital engagé, souffrance intolérable, discernement intact et demande réitérée. Autant de garde-fous qui fondent à mesure que la pratique s’installera, et que les députés ont étendus en permettant la délégation de l’acte létal à un soignant, malgré l’opposition du rapporteur général Olivier Falorni.

Les partisans du oui, entre naïveté et sophismes

La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, tente de rassurer : le délit d’entrave ne vise pas, selon elle, à sanctionner l’opinion. « Il ne s’agit pas de poursuivre les recommandations des soignants ou des associations. » Mais la lettre de la loi ne fait pas ce détail, et chacun sait que l’interprétation des juges élargira le spectre. Sandrine Rousseau, elle, admet que son groupe a voté l’amendement sur l’incitation à contrecœur, comme un « gage » donné pour préserver l’équilibre du texte. On mesure là le cynisme d’une écologie qui sacrifie la protection des plus faibles sur l’autel du compromis parlementaire.

L’opposition étrillée, mais clairvoyante

À droite et à l’extrême droite, les voix n’ont pas manqué pour dénoncer ce qu’il faut bien appeler une inversion des valeurs. Sandrine Dogor-Such (RN) pose la question qui fâche : pourra-t-on encore dire à une personne en détresse qu’il existe d’autres chemins que la seringue fatale ? Fabien Di Filippo (LR) anticipe une avalanche de procédures contre des proches animés des meilleures intentions. Mais c’est Hanane Mansouri (UDR) qui a porté l’estocade : « Aider à vivre deviendrait un crime. Personne ne peut accepter cela. » Convaincre un proche de ne pas en finir, c’est désormais prendre le risque de deux ans de prison. La folie douce d’une époque qui ne sait plus quoi faire de ses mourants, sinon les aider à disparaître proprement, loin des regards.

Une loi qui ouvre une brèche anthropologique

Derrière le paravent des droits individuels, c’est bien une rupture que consacre ce texte. En rejoignant le club des nations euthanasiques, la France tourne une page de son humanisme. 18 000 personnes par an pourraient être concernées, dit-on. Mais les chiffres sont trompeurs : l’histoire des législations sur la mort montre qu’elles s’étendent toujours, comme une tache d’huile.

Ce mercredi, le vote solennel scellera peut-être l’affaire. Reste que le clivage traverse la société bien plus profondément que l’hémicycle ne le reflète. D’un côté, la compassion de pacotille qui pousse à abréger les souffrances en abrégeant les vies. De l’autre, une résistance désordonnée mais vivace, qui rappelle que protéger les vulnérables, c’est parfois les empêcher de mourir. La France légifère, mais elle ne convainc pas. Elle vote, mais elle divise. Et elle envoie en prison ceux qui préfèrent la vie.


- Source : Le Média en 4-4-2

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