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Mardi, 17 Févr. 2026

PPE3 : des tricheries, un décret, et des factures électriques qui menacent de flamber

Auteur : Etienne Lombard | Editeur : Walt | Mardi, 17 Févr. 2026 - 17h29

Le décret sur le Plan pluriannuel de l’énergie version 3 (PPE 3) a finalement été promulgué le 12 février dernier. De nombreuses voix s’étaient élevées pour réclamer qu’un programme stratégique sur l’énergie engageant la France sur une décennie fasse l’objet d’une loi, et qu’on laisse donc le processus parlementaire suivre son cours. Mais pour Sébastien Lecornu, il fallait à tout prix éviter que l’affaire fasse l’objet de débats et de votes, tant les éléments du dossier n’allaient pas dans le sens de l’histoire tel qu’il voulait qu’elle fût écrite. Et surtout, il fallait absolument profiter de la courte fenêtre de tir qu’offrait le calendrier. Le budget étant adopté, plus de risque de censure. Il fallait aussi agir avant les municipales, dont le premier tour aura lieu dans un mois. Il fallait enfin en finir avant que quelques révélations gênantes ne viennent entraver la manœuvre gouvernementale.

La profession vent debout contre le PPE3

La quasi-totalité de la profession commençait à se faire entendre pour mettre en garde contre les choix stratégiques contenus dans le PPE3.

Le 11 février, la veille de la date annoncée pour sa promulgation, trois éminents spécialistes des questions énergétiques, Marc Fontecave, professeur au Collège de France et membre de l’Académie des sciences, André Merlin, fondateur de RTE, le gestionnaire du réseau de transport de l’électricité et Henri Wallard, ancien directeur général de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, faisaient paraitre une tribune parue dans Le Figaro. « Le Premier ministre doit écouter les experts avant de promulguer la PPE 3 », expliquaient-ils, voulant alerter « sur les risques techniques et financiers » que présente la « feuille de route énergétique » du gouvernement. Ils y faisaient notamment allusion à un audit, dont BV avait fait mention le 10 février. Il avait été commandé en 2025 à l'ancien PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, et à l'ancien conseiller d’État et ancien directeur général de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) Thierry Tuot. Son objectif était de chiffrer le coût réel des objectifs du développement des énergies intermittentes (éolien et solaire), et donc de leur part croissante dans le « mix énergétique ». Les résultats de cet audit étant attendus pour fin mars prochain, il convenait donc, là encore, de faire vite.

Le rapport explosif d’EDF bloqué par S. Lecornu

Mais il y avait aussi un autre rapport, commandé à son entrée en poste en mai 2025 par le PDG d’EDF, Bernard Fontana. Cette étude montre que la modulation, c’est-à-dire les baisses voire les arrêts fréquents de production du parc nucléaire du fait de la priorité donnée aux énergie intermittentes, endommagent nos centrales et les usent prématurément. Problème que le développement de l’intermittent ne fait qu’accentuer, d’autant plus que nous surproduisons déjà de l’électricité aujourd’hui. La publication de ce rapport a été... bloquée par le gouvernement, ce qui n’a pas manqué de faire scandale. Il fallait vraiment faire au plus vite. Donc, par décret, ce qui fut fait le 12 février.

Or, le hasard faisant décidément bien les choses, le rapport EDF sur la modulation est disponible en ligne depuis le 16 février au matin… Tout en occultant soigneusement les conclusions dudit rapport, Sébastien Lecornu en a donc interdit la publication le temps de promulguer son décret. Retarder la publication des rapports gênants : voilà qui devient une sale habitude de la macronie. Personne n’a oublié en effet le rapport de la Cour des comptes sur France Télévisions, dont la publication a miraculeusement attendu la reconduction de Delphine Ernotte à la tête de cet organisme. Et comment ne pas se souvenir que fin 2023, la même Cour des comptes, en plein débat parlementaire sur la loi immigration, planquait volontairement dans un tiroir son rapport sur le sujet. « Une décision que j’ai prise personnellement et que j’assume totalement », osait déclarer tranquillement son président d’alors, Pierre Moscovici, le 5 janvier sur LCI.

Tricheries, mensonges et forfaitures

Tout passe crème, comme dirait l’autre, même les pires tricheries, mensonges et forfaitures, comme si le pouvoir, misant sur la peur de l’arrivée du RN au pouvoir et celle de perdre son poste, s’estimait à l’abri de toute censure. De fait, la PPE3 est passée par décret, avec la complicité de la gauche socialiste et écologiste, et le silence bienveillant de LR, sans provoquer de tsunami parlementaire ou même médiatique. Le rapport d’EDF confirme bien les craintes qui avaient fuité quant à la dangerosité technique de la modulation imposée au nucléaire à cause de l’éolien, du solaire et des surcoûts que génèrent déjà cette modulation.

Si l’on attend impatiemment la publication des conclusions de l'audit Lévy-Tuot chiffrant le coût du développement des énergies intermittentes, dites « renouvelables », les projections de coûts que l’on peut déjà faire aujourd’hui sur la base des surcoûts actuels générés par l’éolien et le solaire, et à partir des objectifs du PPE3, font déjà grincer des dents. Pour le spécialiste de l’énergie Fabien Bouglé, « le gouvernement joue à Madame Irma et évoque donc différents scénarios basés sur le prix du marché de l’électricité », dit-il à BV. Or « plus le prix marché est bas, plus la subvention aux exploitants éoliens est élevée ». Un cercle vicieux, puisque « plus on met d'énergie intermittente dans le réseau électrique, comme le prévoie le PPE3, plus on provoque une baisse du prix de marché de l’électricité ».

Pour Fabien Bouglé, « si l’on ajoute le coût en subventions de l’intermittent sur les engagements passés, d’environ 100 milliards, les autres 100 milliards d’engagements à venir du fait du PPE 3 (en se basant sur 50 euros le mégawatt-heure), et les 200 milliards d'euros pour le rattachement des nouveaux sites au réseau de distribution de l’électricité, on arrive à un total de 400 milliards ».

Nicolas va payer, comme d’habitude

C’est bien Nicolas qui paiera cette note faramineuse. Ces milliards se retrouveront dans les factures d’électricité des particuliers et des PME dans les années à venir. Leur montant sera-t-il ou non multiplié par deux ? Ou plus encore ? Ce qui est sûr, c’est qu’il a déjà doublé depuis dix ans, ce qui n’est pas bon signe…

Photo d'illustration de Orhan Pergel - www.pexels.com


- Source : Boulevard Voltaire

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