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Mardi, 17 Févr. 2026

Un ancien fonctionnaire du Trésor américain vient de rentrer de Chine, et il ne mâche pas ses mots

Auteur : Deep Throat | Editeur : Walt | Mardi, 17 Févr. 2026 - 14h27

L’obsession de Trump pour les tarifs douaniers ne vaincra pas la Chine – Le constat d’un vétéran du Trésor après avoir observé Pékin de près.

Steven Rattner revient tout juste de Chine et il ne mâche pas ses mots. L’ancien conseiller au Trésor sous Obama a publié une analyse sans concession dans le New York Times le 10 février, avec un titre qui frappe comme un coup de poing : «Je reviens de Chine. Nous ne sommes pas en train de gagner».

Rattner a passé une semaine sur le terrain à visiter des laboratoires d’IA, des usines de véhicules électriques, des entreprises de robotique et des sociétés pharmaceutiques. Ce qu’il a constaté devrait terrifier quiconque parie sur la stratégie tarifaire de Trump pour freiner Pékin. La réalité est sans appel : la Chine prend une avance considérable dans des secteurs de pointe, de l’intelligence artificielle aux robots humanoïdes, et imposer des droits de douane sur les importations ne changera rien à cette trajectoire.

L’illusion chinoise de Washington

Il y a quelques semaines, Rattner assistait à un dîner à New York où des experts du commerce de haut niveau débattaient de la stratégie à adopter envers la Chine. Certains soutenaient la politique de confrontation de Trump : droits de douane, interdictions d’exportation, etc. D’autres prônaient un dialogue diplomatique traditionnel. Rattner, qui investit en Chine depuis des années et venait de conclure une visite d’une semaine, a rejeté catégoriquement les deux camps.

Il ne faut pas se leurrer : aucune de ces approches ne fonctionnera, car la Chine est à la fois un concurrent redoutable et un centre de production irremplaçable. On ne peut pas contourner cela par la négociation ou l’intimidation. La seule véritable voie à suivre ? L’Amérique doit régler ses propres problèmes et surpasser la Chine là où elle possède de réels avantages, au lieu de se lancer dans une chasse aux chimères avec des menaces de droits de douane.

Rattner ne mâche pas ses mots concernant la première année de Trump à la Maison-Blanche : le chaos a déjà nui aux États-Unis. Au-delà du secteur manufacturier, la Chine menace désormais la domination américaine dans des industries à forte croissance : intelligence artificielle, recherche et développement pharmaceutique, robotique avancée. Les turbulences émanant de la Maison-Blanche ne sont pas de vaines critiques ; elles sapent activement la compétitivité américaine tandis que Pékin met en œuvre une stratégie industrielle cohérente.

Puissance et talent : l’avantage de la Chine en matière d’IA

Ce que Rattner a découvert dans le domaine de l’IA l’a profondément marqué. Certes, les États-Unis restent leaders dans le secteur des semi-conducteurs de pointe, mais la Chine contrôle un élément bien plus fondamental : l’électricité. La capacité de production électrique de la Chine dépasse de plus du double celle des États-Unis, pourtant le coût de l’électricité pour les centres de données y est deux fois moins élevé. Lorsque les infrastructures nécessaires à l’IA sont moins chères et plus abondantes à Pékin que dans la Silicon Valley, le constat devient vite alarmant.

Mais le véritable atout, c’est le capital humain. Rattner a rencontré des générations de jeunes entrepreneurs chinois dont l’ambition et l’intelligence n’ont rien à envier à celles de la Silicon Valley – parmi lesquels un milliardaire qui dort encore dans son bureau. Ce n’est pas une simple anecdote ; c’est la preuve qu’un système canalise les ambitions les plus démesurées vers des secteurs stratégiques, tandis que l’Amérique se perd dans des querelles de droits de douane.

Malgré l’offensive tarifaire de Trump, les chiffres sont implacables : la Chine a enregistré un excédent commercial record de 1200 milliards de dollars l’an dernier. Elle demeure le champion mondial des exportations, preuve que les droits de douane n’ont pas entamé la dépendance mondiale à l’égard de la production chinoise. Le «Made in China» reste indispensable, droits de douane ou non.

Choc électrique : le bond en avant de Xiaomi en cinq ans

Prenons l’exemple de l’automobile. Rattner a visité Xiaomi, une entreprise qui fabriquait des smartphones et des appareils électroniques il y a cinq ans et qui n’a annoncé son intention de se lancer dans les véhicules électriques qu’en 2021. Ce qu’il a vu dans cette usine relève de la science-fiction industrielle : «des machines gigantesques, semblables à des dinosaures mécaniques, assemblaient avec une facilité et une précision déconcertantes des pièces de carrosserie en aluminium pour former des véhicules sur une chaîne de production, dans une usine immense où les ouvriers étaient à peine visibles». Dans le hall d’exposition trônait une voiture de sport jaune qui aurait pu passer pour une Porsche.

L’été dernier, Jim Farley, PDG de Ford, a admis que la technologie embarquée chinoise était «bien supérieure» ​​aux modèles américains, qualifiant les progrès de la Chine d’«expérience la plus stupéfiante que j’aie jamais vue». Peu après, Ford a suspendu la production de son pick-up électrique F-150 et a passé une provision colossale de 19,5 milliards de dollars pour dépréciation de ses projets de véhicules électriques. Ce n’est pas un simple constat, c’est un aveu de faiblesse.

Robots et drogues : les prochaines frontières

Rattner a également visité une entreprise de robotique où des dispositifs ressemblant à des jouets en plastique se déplaçaient avec fluidité sur le sol, illustrant les progrès réalisés dans le domaine des robots humanoïdes conçus pour remplacer des tâches humaines spécifiques. L’ampleur du phénomène est stupéfiante : en 2024, la Chine avait installé près de neuf fois plus de robots industriels que les États-Unis.

Dans le secteur pharmaceutique, le renversement est tout aussi frappant. Il y a quelques années encore, la Chine concédait des licences de brevets de médicaments à des entreprises étrangères. Aujourd’hui, elle concède davantage de licences à l’étranger qu’elle n’importe de médicaments, et le nombre de ses essais cliniques a dépassé celui des États-Unis. C’est un renversement complet de la hiérarchie de l’innovation en moins d’une décennie.

L’avantage stratégique de Pékin

Rattner attribue l’essor technologique de la Chine à une coordination gouvernementale efficace. Lorsque Pékin a pris conscience de son retard en matière d’IA, le gouvernement a fait de la remise à niveau une «priorité nationale» et a tenu parole : financement de la recherche, assouplissement de la réglementation et développement massif des capacités énergétiques, avec des résultats tangibles.

Même dans des conditions idéales, rivaliser avec la Chine serait un défi de taille. Mais la réalité est loin d’être idéale : les politiques erratiques de Trump ont placé l’Amérique dans une position extrêmement désavantageuse. Les États-Unis doivent repenser leur politique industrielle et mobiliser les ressources publiques pour les industries stratégiques – une démarche que l’administration actuelle ne semble pas entreprendre de manière cohérente.

Réparer l’Amérique d’abord

La première étape ? Annuler les coupes budgétaires de Trump dans la recherche scientifique et d’autres secteurs essentiels. Rattner admet être sceptique quant à la capacité des gouvernements démocratiques à favoriser les entreprises, mais insiste : «Nous ne pouvons plus nous permettre de laisser Washington à l’écart». L’Amérique doit se concentrer sur les industries d’avenir, et non sur l’obsession nostalgique de Trump pour l’industrie métallurgique traditionnelle.

Concernant les minéraux critiques, le problème des États-Unis n’est pas la rareté, mais un processus d’autorisation complexe pour les installations minières et de traitement qui entrave la production nationale. C’est le blocage réglementaire, et non la géologie, qui constitue le véritable goulot d’étranglement.

Pour Rattner, la conclusion est sans équivoque : Trump – ou n’importe qui d’autre – doit se rendre à l’évidence : imposer des droits de douane ou conclure des accords commerciaux ne permettra pas de vaincre la Chine. Pour surpasser la Chine, il faut «commencer par soi-même», en «assainissant sa propre économie». Il exhorte Trump à abandonner la série de politiques inefficaces qu’il met en œuvre.

Ce n’est pas la première fois que Rattner tire la sonnette d’alarme. En décembre dernier, il tenait déjà le même discours à Bloomberg : pour vaincre la Chine, il est illusoire de compter sur le contrôle des exportations ou des mesures commerciales pour «ralentir son développement». «L’Amérique ne peut vaincre la Chine ni sur le champ de bataille ni à la table des négociations», a-t-il souligné, insistant sur le fait que la seule option pour les États-Unis est d’améliorer leurs propres pratiques.

Traduction: China Beyond the Wall


- Source : Deep Throat

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