UE–Russie : Bruxelles frappe encore… mais ses sanctions affaiblissent-elles vraiment Moscou ou surtout l’Europe ?
Les essentiels de cette actualité
- L’UE a dévoilé un 20ᵉ paquet de sanctions contre la Russie, ciblant ses banques et circuits énergétiques pour réduire ses revenus pétroliers et gaziers, en interdisant les services maritimes aux navires transportant du pétrole russe.
- Ce train de mesures élargit les restrictions aux méthaniers russes et ajoute 20 banques régionales à la liste noire, limitant aussi les cryptomonnaies pour bloquer les contournements, tout en imposant des embargos sur les exports comme le caoutchouc et les tracteurs.
- Pour la première fois, l’UE active son outil anti-contournement vers des pays comme le Kirghizistan, suspectés de revendre des biens à Moscou, questionnant ainsi l’efficacité réelle de ces sanctions face à une flotte fantôme persistante.
À trois semaines du quatrième anniversaire de l’invasion de l’Ukraine, c’est Ursula von der Leyen elle-même qui a présenté, ce vendredi, le vingtième paquet de mesures punitives contre Moscou.
Soumis aux Vingt-Sept pour un feu vert rapide avant le 24 février, ce nouveau train de sanctions cible les banques russes et leurs circuits énergétiques. Il interdit les services maritimes pour les navires qui transportent du pétrole du Kremlin et ajoute 43 bateaux à la fameuse « flotte fantôme », portant le total à environ 600.
L’objectif est de réduire les rentrées pétrolières et gazières de la Russie, qui soutiennent largement son effort de guerre, en coordination avec le G7 afin de compliquer la revente de son brut sur les marchés et d’aligner les pays prêts à suivre une fois le G7 engagé.
« Cela réduira encore davantage les revenus énergétiques de la Russie et compliquera la recherche d’acheteurs pour son pétrole », promettent les officiels européens.
Pourtant, les chiffres montrent une chute de 24 % des recettes russes en 2025 par rapport à 2024, au plus bas depuis 2020, malgré ces énièmes salves. Les restrictions bruxelloises visent les flux russes, mais ce sont aussi les circuits européens qui grincent sous le poids de ces mesures répétitives.
🇪🇺 🇷🇺 L'UE a dévoilé son 20e paquet de sanctions contre la Russie, a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Il comprend une interdiction complète du transport maritime de pétrole russe, ainsi que des restrictions dans les domaines de l'énergie,… pic.twitter.com/fJzZWwNZ6h
— Pascal Laurent (@Pascal_Laurent_) February 6, 2026
Nouvelles restrictions bruxelloises : au-delà des bateaux et des banques
Au-delà des mesures énergétiques, les autorités bruxelloises passent à la vitesse supérieure avec ce vingtième paquet. Elles interdisent les services de maintenance pour les méthaniers et brise-glaces russes, entravant un peu plus leurs flottes.
« Cela entravera sévèrement leur capacité à fonctionner de manière fluide », fanfaronne-t-on à Bruxelles.
Vingt banques régionales supplémentaires rejoignent la liste noire, et les cryptomonnaies se retrouvent limitées afin de colmater les fuites vers Moscou, ces devises virtuelles servant souvent à contourner les blocages bancaires déjà en place.
Côté commerce, l’embargo s’élargit : fin des exportations de caoutchouc, de tracteurs ou de services de cybersécurité vers la Russie. Pour les importations en provenance de Russie, sont bloqués les produits représentant plus de 570 millions d’euros en métaux, produits chimiques ou minéraux critiques.
À noter : l’activation, pour la première fois, de l’outil dit « anti-contournement », qui interdit l’exportation de machines-outils et de radios vers certains pays tiers, dont le Kirghizistan. Cette mesure vise des États considérés par l’Union européenne comme des points de transit possibles pour des flux commerciaux vers la Russie. L’ensemble de ces mesures attend le feu vert des représentants permanents des Vingt-Sept dès lundi, juste avant le 24 février.
Négociations au point mort : l’impasse diplomatique
Pendant que les responsables bruxellois peaufinent leur énième salve de restrictions, la réalité sur le terrain reste brutale. Mercredi et jeudi, à Abou Dhabi, Russes, Ukrainiens et Américains se sont retrouvés autour de la table. Résultat : aucune avancée notable après près de 1 500 jours de conflit, soulignant l’impasse actuelle.
Selon Ursula von der Leyen, la Russie n’accepterait d’ouvrir des négociations de paix sérieuses que sous contrainte. Dans le même temps, les autorités russes poursuivent leurs opérations militaires, malgré les initiatives de dialogue portées par les Vingt-Sept. Les Européens serrent les dents et promettent de durcir encore leur réponse :
« La Russie continue de répondre à la diplomatie par des missiles. Nous sommes déterminés à rendre ce choix douloureusement coûteux », lance-t-on du côté de l’UE.
Ces restrictions, qui alourdissent déjà l’inflation et les factures d’énergie, n’ont pas ébranlé les revenus moscovites autant qu’espéré. Face à une flotte fantôme qui contourne largement les règles et à des marchés noirs florissants, l’efficacité de ces mesures reste à prouver.
- Source : Géopolitique Profonde












