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Mardi, 16 Août 2022

Le cri d’un chrétien palestinien

Auteur : Georges HADDAD | Editeur : Walt | Lundi, 04 Juill. 2022 - 18h50

Depuis l’assassinat de Shérine Abou Akla, journaliste chrétienne palestinienne, par une balle dont l’origine serait attribuée à l’armée israélienne, les tensions s’intensifient entre Palestiniens et Israéliens. Ces derniers avaient attaqué la foule à la sortie du corps d’Abou Akla de l’hôpital français, Saint-Joseph, à Jérusalem. Les photos et vidéos ont montré que son cercueil menaçait de tomber à terre, en raison de cette attaque. Le manque de réaction de la France et l’inféodation d’une frange des « nationalistes » français à Israël, ont suscité la déception des Palestiniens, en particulier ceux de religion chrétienne, à l’instar de leurs frères de Syrie ou d’Irak. Nous avons reçu ce texte d’un lecteur palestinien, qui exprime cette amertume, texte que nous publions intégralement. 

Palestinien, de confession grecque catholique (rite melkite), je suis élevé dans une famille qui voue une très grande admiration à la France, « Fille aînée de l’Eglise », qui, fidèle à ses principes ancestraux, reste protectrice de la chrétienté, notamment des Chrétiens d’Orient. Mais, en suivant de près l’actualité française, comme beaucoup de chrétiens orientaux, j’exprime ma très grande amertume, en observant la dérive politique et sociologique de votre pays qui semble avoir délaissé ses valeurs et son identité historique, avoir rompu avec ses traditions, en se laissant absorber par le matérialisme et l’opportunisme politique. En outre, nous avons l’impression que la France actuelle, déchristianisée et avide, nous a trahis.

Notre déception est d’autant plus grande quand nous constatons que certains Français qui se disent « nationalistes » s’associent à cette trahison. La société française emboîte le pas des Américains en faisant émerger un pseudo-nationalisme, emprunté au « néo-conservatisme » des protestants américains, avec une différence : les « néo-nationalistes français » renient leur identité millénaire et délaissent leurs amis, leurs alliés historiques et naturels au profit de purs calculs électoraux.

LA FRANCE RONGÉE PAR LA DÉMOCRATIE

La France contemporaine est rongée par la démocratie et ses corollaires : la démagogie et le sophisme.

La cause palestinienne et les intérêts des Palestiniens chrétiens, mais aussi la réalité des différentes situations des Chrétiens d’Orient, sont mal interprétées et déformées. Elles sont parfois exploitées en fonction des intérêts ponctuels de certains groupes ou de certains politiques qui dénaturent la réalité, soit par ignorance, soit par volonté de satisfaire l’opinion publique, versatile. Hélas, vous-mêmes, les Occidentaux, êtes absorbés par votre train de vie matérialiste qui vous laisse peu de temps pour enrichir votre savoir, comme le faisaient vos ancêtres. Or, il est inconcevable de vouloir défendre sa nation, sans se pencher sur son histoire, celle des nations avec lesquelles elle a des affinités naturelles et historiques (le Proche-Orient, la Russie, l’Afrique, etc…), comme l’expliquait Jacques Bainville dans un article paru dans L’Action Française, le 30 juillet 1908, intitulé « L’alliance russe ».

Je tenais donc à vous exprimer ce sentiment que la majorité des Chrétiens d’Orient ressentent vis-à-vis de la France contemporaine, en espérant voir mon texte publié sur le site de votre illustre mouvement.

Ensuite, qu’il me soit permis de rappeler certains détails historiques afin de permettre à vos lecteurs, en adoptant la méthode empirique de l’observation des faits, prônée par Auguste Comte, d’en tirer les conséquences et d’adopter des positions politiques appropriées. Cette méthode est en réalité empruntée au philosophe arabe abbaside, Abou Ali Al Hassan Ibn Al Haïtham et suivie par Charles Maurras qui était fortement influencé par A. Comte.

LES DIVERGENCES DES CHRÉTIENS D’ORIENT

Les communautés chrétiennes se sont développées en raison des conflits inter-chrétiens, dès le début du christianisme, qui a vu le jour en Palestine. En effet, la première Eglise chrétienne, fondée par Saint Thomas, fût l’Eglise de Perse, avant l’émergence d’autres Eglises d’Orient, puis d’Occident, où le christianisme s’est progressivement substitué au paganisme. Malheureusement, les chrétiens ont subi des divisions, en raison de leurs divergences théologiques et politiques, de rivalités internes et de conflits sanglants : entre monophysites, nestoriens, jacobites, byzantins, catholiques, etc… Dans ce contexte, notre Eglise melkite a été fondée, à l’issue du Concile de Chalcédoine. Elle est restée fidèle à l’empereur byzantin, Marcien, d’où son appellation « melkite » (qui veut dire royaliste en arabe).

Paradoxalement, durant ces conflits sanglants inter-chrétiens, ce sont les musulmans qui ont protégé certaines communautés, de la cruauté des massacres perpétrés par leurs frères chrétiens : les chalcédoniens maronites persécutés par les Jacobites furent protégés par le Calife Mouawiya, sous les Ommeyades. De même, les Nestoriens qui se sont trouvés dans la même situation, ont été protégés par les Califes Abbassides Al Mansur et ensuite Al Mahdi. Les Ghassanides persécutés et dont un grand nombre a été massacré à Najran, au Yémen, par le roi juif des Hymiarites, trouvèrent refuge chez les Ommeyades. Les Coptes, brimés par les Byzantins, acclamèrent et aidèrent les Fatimides pour libérer l’Egypte, etc…

Ces communautés chrétiennes désunies et en conflit permanent, se sont répandues dans tout l’Orient, jusqu’en Inde.

Sous l’empire ottoman qui étendit son pouvoir sur la quasi-totalité de l’Orient, notamment sur la Palestine, ces communautés furent érigées, à l’instar des autres, en millets : groupes identitaires ethniques ou confessionnels.

Au XIXème siècle, ce sont les chrétiens arabophones qui lancèrent un mouvement de réveil nationaliste arabe pour s’émanciper des Ottomans. Ils étaient influencés par l’éveil nationaliste occidental, notamment par les idées nationalistes de France. La France était leur protectrice sous les Ottomans, depuis le traité dit « Les Capitulations » signé entre le roi François Ier et le sultan ottoman Souleiman le Magnifique.

Ce mouvement débuta par une initiative littéraire et culturelle, lancée par les chrétiens libanais, Boutros Al Boustani et Nassif Yaziji ; il avait pour objectif de préserver, voire de faire ressusciter la littérature et la langue arabe, qui était appelée à constituer un vecteur unissant les arabophones face au phénomène de « turquisation » mené par les Ottomans. Ce mouvement se voulait aussi, une réaction à la tournure islamique que prenait l’empire. D’où le nom de ce courant « Al Nahda » : Renaissance ou Sursaut. Ce phénomène s’est alors répandu dans d’autres communautés, au sein de l’empire ottoman, entraînant une répression qui s’est accentuée sous les « Jeunes Turcs », allant jusqu’aux massacres et génocides : d’Arméniens, d’Arabes, d’Araméens, de Grecs pontiques, etc…

L’ÉVEIL NATIONALISTE ARABE SOUS INFLUENCE FRANÇAISE

Le nationalisme palestinien a été influencé par le mouvement Al Nahda. Mais il était surtout inspiré des idées nationalistes, développées en France par Charles Maurras, Maurice Barrès, Jacques Bainville, etc…

Parmi les penseurs nationalistes arabes et palestiniens épris de la France et de sa culture, il convient de citer Francis Marrache, de confession grecque–catholique. Il fut le premier à faire une distinction entre « la patrie » et « la nation », en contrebalançant les différences religieuses et sectaires, existant au sein des populations de l’Empire ottoman.

Un autre penseur nationaliste chrétien de rite grec-orthodoxe, Antoun Saadé, influencé par Maurras, abonda dans ce sens, en créant un courant politique, qui inspira le Professeur d’histoire, Hisham Charabi, mais aussi et surtout le maronite Najib Azoury, qui avait Maurice Barrès comme mentor.

Azoury fit des études en Sciences politiques à Paris avant d’entrer à l’Ecole d’Administration d’Istanbul et de devenir un haut fonctionnaire, à Jérusalem. Il a été le premier à alerter l’opinion publique palestinienne du danger du phénomène d’immigration de communautés juives venues principalement d’Europe orientale, s’installer en Palestine, dès la moitié du XIXème siècle. Il a également été le premier à prédire des altercations entre ces immigrés et les Palestiniens. Selon lui, ces heurts seraient le résultat d’un conflit entre deux mouvements nationalistes aux fondements opposés. D’une part, le réveil nationaliste arabe, culturel, laïc et linguistique, faisant abstraction des facteurs religieux ou ethniques et, d’autre part, celui des sionistes qui cherchaient à construire une identité nationale fondée sur la « judéité », en mélangeant la religion à l’ethnicité. Azoury soulignait que ces deux visions et ces deux groupes entreraient en conflit sans qu’un groupe ne sache vaincre l’autre : « deux phénomènes importants, de même nature et portant opposés, (…) se manifestent en ce moment dans la Turquie d’Asie : ce sont le réveil de la nation arabe et l’effort latent des Juifs pour reconstituer, sur une très grande échelle, l’ancienne monarchie d’Israël. Ces deux mouvements sont destinés à se combattre continuellement jusqu’à ce que l’un d’eux l’emporte sur l’autre. Du résultat de cette lutte dépendra le sort du monde entier ».

Face à ce danger qu’il constata au milieu du XIXème siècle, et à l’inertie des autorités ottomanes pour y remédier, il appela à la sécession des peuples arabes de la Turquie ottomane et à l’établissement d’un « empire panarabe » dans lequel la religion sera définitivement séparée de l’Etat. Ses positions provoquèrent la colère des autorités ottomanes qui menèrent une persécution contre lui, entraînant sa fuite en France et sa condamnation à mort par contumace. A Paris, il lança un mouvement politique nationaliste, inspiré de la « Ligue d’Action Française » et dénommé « Ligue de la Patrie Arabe ». Ce mouvement avait pour objectif la libération des populations arabes du joug des Ottomans. 

UNE TERRE SANS PEUPLE POUR UN PEUPLE SANS TERRE ?

Au-delà de la lutte contre les Ottomans, prônée par les nationalistes palestiniens, cette prise de conscience du danger que présentait l’immigration de populations de religion juive, en provenance des pays de l’Est de l’Europe et leur installation en Palestine, a vite été partagée par d’autres penseurs nationalistes palestiniens, pour la quasi-totalité de confessions chrétiennes (Khalil Sakakini, Issa el-Issa, Najib Nassar, Georges Antonius, etc)… Malheureusement, peu de penseurs de confession musulmane partageaient ces craintes. Ils minimisaient le danger du sionisme car ils pensaient que leurs communautés seraient toujours protégées par l’empire ottoman.

Journaliste et écrivain de confession grecque–orthodoxe, Khalil Sakakini, devint l’une des plus célèbres figures du nationalisme palestinien, à la fois pour sa lutte contre le sionisme dont il mesura le danger, et pour son appel à l’indépendance de la Palestine par-rapport à l’empire ottoman. Il a été suivi par un autre journaliste, de la même confession que lui, Issa Al-Issa. Ce dernier fonda le célèbre journal « Falastine ». Cette publication était d’abord centrée sur les Grecs-orthodoxes de Palestine, avant de devenir le média de référence du nationalisme palestinien et arabe de l’époque. Les cousins de Issa Al-Issa, les frères Youssef et David Issa, le rejoignirent dans ce combat. Ce dernier créa le premier « Club arabe orthodoxe » à Jaffa, en 1924, qui fût un laboratoire de réflexion et de mise en garde contre le phénomène migratoire que la Palestine subissait.

Les Issa étaient fondamentalement opposés au sionisme et au projet d’implantation d’émigrés de confession juive et d’origine non-ottomane, sur leur terre. Ils alertèrent l’opinion publique palestinienne et internationale à ce sujet et critiquèrent les autorités ottomanes locales qui permettaient à ce phénomène de s’intensifier. Leurs positions leur causèrent de sérieux problèmes judiciaires (allant jusqu’à la suspension de leur publication, aussi bien par les Ottomans que par les Britanniques) causés par les interventions sionistes, aussi bien auprès des Turcs que des Anglais.

Par ailleurs, un autre journaliste et penseur palestinien, également de confession grecque- orthodoxe, Najib Nassar, alerta, dans les articles et les pamphlets, qu’il publiait dans le journal Al Karmel, ses compatriotes sur le danger de l’implantation de communautés juives, qui s’appropriaient d’une manière anormale, de grandes parcelles de terrains, en Palestine. Il consacra également un livre au sionisme. Cet ouvrage, intitulé « Sionisme : son histoire, objectif et importance » publié en 1911, est le fruit de recherches approfondies sur la stratégie sioniste, consistant à remplacer les Palestiniens, par les immigrés européens de religion juive.

Nassar décrivit le sionisme comme « un mouvement raciste ayant pour objectif le remplacement des Palestiniens en Terre Sainte ». Il a, de ce fait, été le précurseur de la résolution 3379, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies, le 10 novembre 1975. Cette résolution décrétait « que le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale ». Elle a été révoquée le16 décembre 1991 par la résolution 46/86, sous la pression du lobby sioniste, quelques mois avant la prise de fonction de Boutros Boutros-Ghali comme Secrétaire Général des Nations Unies.

Dans un article publié dans son journal Al Karmel, en 1914, Nassar soulignait que « le sionisme est un grand danger pour la Palestine et ses habitants, ainsi que pour la nation arabe. Si les Palestiniens en particulier et les Arabes en général, restent les mains croisées et endormis (…) sans prendre de mesures pour lutter contre cette menace, les sionistes continueront à s’étendre de plus en plus, en toute impunité. Ils vont acquérir ferme après ferme, terrain après terrain, en chassant les habitants et les remplaçant par des immigrants ».

En effet, Nassar a expérimenté et découvert les visées sionistes, en travaillant dans une agence immobilière appartenant à ce mouvement : la « Jewish Colonization Association ». Il avait côtoyé de près des sionistes, gagné leur confiance, les conduisant à lui révéler leurs objectifs réels. Cette expérience a éveillé chez lui le sentiment nationaliste. Il alerta alors l’opinion publique internationale, sur les mensonges sionistes qui faisaient croire que leur mouvement n’avait pas d’objectif politique. A cette époque, les sionistes communiquaient en faisant une fausse publicité selon laquelle les terrains qu’ils étaient en train d’acquérir étaient inoccupés, en lançant le fameux slogan : « une terre sans peuple pour un peuple sans terre ».

Le projet sioniste cherchait, depuis ses origines, à renier l’existence des autres, en procédant notamment par le révisionnisme comme arme de propagande et par la violence et la déportation des populations, dans le silence de l’opinion publique internationale, soumise à leurs thèses. A ce sujet, il n’est pas inintéressant de citer l’ancien doyen de l’Université hébraïque de Jérusalem, Claude Klein, qui indiqua dans un article cité dans le numéro 71 des Cahiers de la Méditerranée, (paru en 2005, sous le titre « Un siècle d’Histoire : comment comprendre la persistance du conflit arabo – palestinien ? » pp. 111- 128) : « Qu’il s’agisse de pure ignorance, de méconnaissance ou d’oubli, l’Autre n’existe pas, car il ne doit pas exister là-bas. Il n’y a pas de place pour l’Autre, dans le discours sioniste, pas plus qu’il ne saurait y en avoir dans la réalité sioniste ».

LA PALESTINE HIER, LA FRANCE AUJOURD’HUI

La stratégie sioniste consistait à remplacer les Palestiniens par des immigrés qui déferlaient progressivement sur notre territoire, avec la complicité des Ottomans puis des Anglais. Cette stratégie rappelle les origines du phénomène d’immigration massive de populations étrangères en France, poussé et encouragé par les médias et les groupes de pression (les lobbies). Ceci a fait germer des tensions dans votre pays, à l’instar de ce qui s’est passé en Palestine, comme le soulignait Najib Nassar, en Palestine, au XIXème siècle : « Attention : ces étrangers vont devenir la majorité (…) et ce (pays) sera affligé ! ».

En France, ce constat a été fait par Jean-Marie Le Pen qui a été le premier à dénoncer ce phénomène qui a conduit à l’état dans lequel se trouve la France actuellement.

De la même manière que l’immigration, encouragée par des mouvements politiques et sociaux en France, a provoqué une perte de l’identité nationale de votre pays, ce phénomène d’immigration imposé au nôtre par les sionistes dénatura progressivement la Palestine. L’hébreu fut imposé dans les écoles. Le drapeau sioniste se hissait sur les bâtiments des immigrés européens ashkénazes. Ces derniers cantonnaient leurs chants et leur « hymne » à chaque occasion. Ils établirent des systèmes judiciaires parallèles, en toute illégalité. La jeunesse était manipulée et poussée au fanatisme, de la même manière, certains immigrés dans votre pays sont « radicalisés ». 

Dans Al Karmel du 22 mai 1914, Najib Nassar illustra cette situation. Il évoqua sa rencontre fortuite avec de jeunes achkénazes de religion juive, tenant dans leur main droite un bouquet de fleurs et dans leur main gauche une boîte. Ils demandaient à chaque juif qu’ils croisaient de verser une contribution financière dans cette boîte, en échange d’une fleur qu’ils leur offraient. « Quand j’ai demandé à quoi servait cette collecte d’argent, l’une des jeunes filles me répondit audacieusement que cette collecte d’argent servait à l’achat de terres en Palestine.

Nassar qualifia le sionisme de mouvement « fanatique et raciste », pour avoir expérimenté ses exactions. En effet, il a été témoin d’un fait troublant qui s’était déroulé devant lui et qu’il rapporta lors du Congrès de Nablous, qu’il avait organisé. Il a vu des sionistes, déguisés en gendarmes, forçant certains paysans à vendre leur terre, avec la complicité des autorités ottomanes ce qu’il n’hésita pas à dénoncer et qui entraîna la suspension de son journal. De même, il rapporta dans Al Karmel du 29 mai 2014 comment un paysan palestinien, soupçonné d’avoir volé 20 graines de semence d’orange, a été attrapé et fouetté sauvagement par des sionistes, sans la moindre réaction des autorités ottomanes. Dans cet article, il lança un appel à ces dernières, afin de prendre des mesures contre cette justice privée et constater, de leurs propres yeux, les marques de fouets sur le corps de ce paysan. Il souligna dans cet appel : « il est vrai que certains (sionistes) sont des citoyens ottomans, mais jusqu’à quand ? Leur fidélité à l’empire ottoman est sélective. Ils apprécient les fonctionnaires qui leur rendent service mais détestent les « officiels » honnêtes et patriotes comme le quaïm–makam de Nazareth ».

Les idées de Nassar ont largement influencé d’autres théoriciens du nationalisme palestinien comme Georges Antonius, auteur de « The Arab Awakening » dans lequel il souligna notamment : « la logique des faits est inexorable. Elle montre qu’il n’y a pas de place en Palestine pour une autre nation, si ce n’est en déportant ou en exterminant celle qui y est actuellement implantée ».

LES MUSULMANS MOBILISES PAR UN CHRÉTIEN

A l’instar de Najib Nassar, un autre chrétien, Georges Antonius, développa des idées démontrant le danger du sionisme et réussit à mobiliser les communautés musulmanes autour des nationalistes Palestiniens chrétiens. Il exerça particulièrement son influence, sur le mufti de Jérusalem, Amin Al Housseini, en faisant de lui une figure du nationalisme palestinien. Antonius s’insurgea contre les Britanniques, à l’issue de la divulgation de la « Déclaration Balfour ». Il considéra que les populations déportées en Palestine, grâce à une large propagande effectuée en Europe par les sionistes, étaient utilisées comme un bouclier par ces derniers. Il souligna que les communautés juives comptaient peu d’intellectuels, en comparaison des Arabes et des Palestiniens. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui explique la stratégie sioniste qui consiste à appauvrir la masse populaire en vue de réduire ses capacités intellectuelles et culturelles et la rendre manipulable. Pour lui, comme pour l’ensemble des nationalistes palestiniens, l’identité palestinienne a été construite durant des siècles. Ce pays ainsi que les autres du Proche–Orient est historiquement constitué de plusieurs communautés religieuses et ethniques qui coexistent harmonieusement. Cette mosaïque lui semble menacée par le projet politique sioniste, à caractère ethnique et racial.

George Antonius exerça également une influence sur Aref Al Dajani, Aouni Abdelhadi et Mohamed Izzat Darwaza, de religion musulmane. Ces deux derniers étaient natifs de Naplous tandis que le premier était le maire de Jérusalem, qui avait procédé au rassemblement de divers mouvements islamo-chrétiens, au sein d’une organisation dont il devint le Président, avant de contribuer, avec Al Dajani et Darwaza, à la création du « Congrès arabe de la Palestine ». 

En effet, Al Dajani et Izzat Darwaza ont fait leurs études à Paris et baignèrent dans la culture française qui forgea leurs idées politiques. En 1911, ils fondèrent un mouvement politique dénommé « Al Fatat » (« la jeune fille » : un code pour préserver le secret de cette organisation, dont l’objectif indépendantiste était réprimable par les Ottomans). Le vrai nom de cette organisation était « La Ligue de la Jeunesse Arabe », inspiré de « La Ligue d’Action Française ». Abdelhadi et Darwaza tentèrent d’empêcher la réalisation du projet sioniste, en intervenant auprès des grandes puissances. Ils adressèrent un message à la Conférence de Paix de Paris de 1919, dénonçant la Déclaration Balfour et réclamant la protection des frontières palestiniennes. Ils s’opposèrent au phénomène migratoire sioniste et insistèrent sur la nécessité de proclamer un Etat palestinien indépendant et laïc, respectant l’ensemble des communautés religieuses. Ils participèrent ensuite, en 1932, à la fondation du « parti de l’indépendance » palestinien, qui prônait ces mêmes principes.

Parmi les autres figures nationalistes, appartenant aux communautés musulmanes qui ont tardé à se mobiliser pour la question palestinienne, Sati Al Hosri, se distingua particulièrement. De confession sunnite, épris d’Ernest Renan, influencé par la culture française, pour avoir effectué une partie de ses études supérieures à Paris. Ses idées furent partagées par les fondateurs du parti Baa’th, notamment en ce qui concerne la séparation des religions et de l’Etat, enlevant tout caractère religieux aux institutions politiques. Egalement influencé par les idées de Charles Maurras, sa méthode de penser et d’analyser d’une manière empirique, la politique, Hosri faisait la distinction entre la « Nation globale » (le monde arabe) et les « nations particulières » (ou la Nation particulière).

C’est ainsi que les intellectuels et les penseurs palestiniens se sont rendu compte d’un autre danger, auquel les Palestiniens devaient faire face, en sus de l’oppression ottomane surgie dans la deuxième partie du XIXème siècle, au moment où l’empire se fragilisait et avait besoin de se consolider en « turquisant » les millets : le sionisme qui risquait de leur faire perdre leur patrie. Cet éveil nationaliste se développa surtout sous le mandat britannique, quand ce danger devint de plus en plus évident, notamment au moment de la déclaration Balfour.

LE NATIONALISME PALESTINIEN

Le nationalisme palestinien s’est inscrit dans ce contexte. Nos penseurs mettaient l’accent sur les particularismes culturels palestiniens, en rappelant l’histoire de notre pays depuis l’antiquité et en faisant revivre nos traditions : art culinaire, vestimentaire, folklore, etc.., en soulignant l’intérêt que la Palestine offre à l’humanité d’un point de vue ethnique et religieux, compte tenu du brassage culturel et civilisationnel qu’elle a connu.

Parmi ces penseurs, nous citons le Révérend Elias Marmura et Asaad Mansour. Le premier était Canon de l’Eglise anglicane Saint Paul, de Jérusalem. Doté d’une très grande culture, il se consacra aussi bien à l’histoire de la Palestine qu’au réveil de sa culture, notamment à la musique chrétienne palestinienne mais aussi aux rites et à la liturgie des Samaritains. Il consacra un ouvrage à cette communauté très ancienne dans lequel il rappela que sa religion monothéiste, était la première en Israël antique.

Marmura avait par ailleurs consacré d’autres travaux à la liturgie samaritaine qui est en araméen. Il a aussi traduit le Pentateuque samaritain en arabe. Ce prélat anglican, pour qui la chrétienté est au centre de l’histoire de la Palestine, créa en 1934 une organisation dénommée « L’Union Nationale des Eglises en Palestine et en Jordanie » qui avait pour objectif d’unir les différentes communautés chrétiennes. Il plaida en faveur de l’indépendance des Palestiniens de rite anglican, de l’Eglise anglaise anglicane, afin de les dissocier des autorités mandataires et de leur éviter toute suspicion d’y être inféodés. Défenseur de l’authenticité des chrétiens palestiniens, Elias Marmura voulait faire de l’intelligentsia palestinienne protestante, un médiateur entre l’Occident, la Palestine et le monde arabe, tout en œuvrant pour l’accession de son pays à l’indépendance vis-à-vis des Anglais.

Comme lui, le chrétien Assa’ad Mansour consacra un ouvrage à Nazareth, en racontant son histoire millénaire, son archéologie, son urbanisme, sa topographie et l’art de ses vestiges, caractérisé par le brassage de différentes cultures et civilisations, où chrétiens, musulmans, juifs et samaritains se côtoyaient. Il s’est également consacré aux Samaritains de Nazareth et a mis l’accent sur les liens entre Nazareth et l’Europe, en rappelant l’influence européenne sur l’architecture palestinienne.

Sous le mandat britannique, le nationalisme palestinien se développa encore, en associant les communautés musulmanes à ce courant, surtout lors de la révélation du « Plan Dalet », qui projetait la déportation des Palestiniens, en procédant à des offensives calculées, pour terroriser les civils et les conduire à l’exode.

Loin d’être une « vision complotiste », ce projet a commencé à se réaliser dès le retrait des Britanniques, le 15 mai 1948, accompagné de la déclaration de l’Etat d’Israël. Il continue encore à pousser nos compatriotes à fuir et ceux qui restent en Palestine, sont progressivement exterminés. 

Depuis « Al Nakaba » (le début de la réalisation du Plan Dalet, en 1949, consistant, à déporter les Palestiniens), la plupart de nos compatriotes furent regroupés dans des camps, dans la bande de Gaza, en Cisjordanie et dans les pays limitrophes, notamment en Jordanie, en Syrie, au Koweït et au Liban. Cette déportation a créé chez nous un choc mais surtout une prise de conscience de la nécessité de nous organiser afin de libérer notre pays et permettre aux déportés d’y revenir. C’est ainsi que la résistance nationale palestinienne est née, sous l’impulsion de Palestiniens de religion chrétienne. Cette résistance adopta les principes du nationalisme palestinien, prônés par les penseurs précités, d’inspiration française, maurassienne notamment. Notre nationalisme est diamétralement opposé au sionisme qui est un nationalisme exacerbé et haineux, fondé sur des considérations ethniques et racialistes et condamné autrefois par l’Assemblée Générale des Nations unies. A ce sujet, il n’est pas inintéressant de rappeler une décision de la Cour suprême israélienne, du 14 janvier 2020, qui a textuellement considéré que la pratique de « tests ADN de judéité » par les tribunaux rabbiniques israéliens est légitime. Cette décision de la plus haute juridiction israélienne révèle les fondements de l’idéologie sioniste. Certes, elle a été critiquée par certains israéliens, y compris des politiques, qui notèrent l’aspect racialiste du sionisme qui risque, selon eux, de « transformer la judaïcité en identité raciale, plutôt que religieuse ou nationale ». Mais cette démarche n’a pas été remise en cause, surtout depuis le vote d’une loi fondamentale, proposée par Benyamin Netanyahu, faisant d’Israël un Etat-nation du « peuple juif ».

A l’opposé de cette idéologie fanatique, le nationalisme palestinien plaide pour un Etat laïc, permettant à toutes les communautés d’en être membre et d’y vivre d’une manière harmonieuse. Bien entendu, la notion de laïcité à laquelle se rattachent nos penseurs nationalistes est totalement différente de celle développée en France. Nous entendons par « laïcité », la séparation de l’ethnicité et de la religion, de l’Etat et la garantie à tous les citoyens, de pouvoir pratiquer ou ne pas pratiquer, un culte ou une religion, d’exercer et d’afficher librement toutes leurs convictions religieuses ou idéologiques.

LA RÉSISTANCE PALESTINIENNE

C’est dans les camps de déportés et depuis l’étranger, qu’une nouvelle intelligentsia palestinienne se développa, issue du monde scientifique pragmatique, en comparaison avec celle qui était issue du monde journalistique et littéraire, avant 1948. Son objectif était de créer une structure, sur le modèle de l’Organisation Sioniste Mondiale, pour lutter en faveur de la libération de notre pays et du retour des déportés, en dotant la Palestine d’institutions politiques permettant à l’ensemble des communautés, d’y vivre d’une manière harmonieuse et d’y jouir de droits égaux, y compris les immigrés juifs.

Cette stratégie fut lancée par deux étudiants en médecine, de confession grecque-orthodoxe : Georges Habbache et Wadih Haddad. Tous deux ont été traumatisés par le phénomène de déportation, pour avoir assisté à des scènes où les militaires sionistes tiraient sur les habitants, les obligeant à quitter leur domicile et leurs terres et à se déplacer à pied, sans nourriture et sans eau. Habbache et Haddad terminèrent leurs études à Beyrouth où ils rencontrèrent Constantin Zreik, un chrétien nationaliste syrien, qui exerça une influence sur eux, de même manière qu’ils ont été influencés par les idées de Michel Aflak et Antoun Saadé, respectivement fondateurs du parti Baath et du parti national syrien. A l’instar de ces derniers, imprégnés des idées de Maurras, Constantin Zreik prêchait en faveur de la séparation de la religion et de l’Etat. C’est aussi à lui que revient la qualification des évènements de 1949 et de la déportation des Palestiniens en « Catastrophe » (Al Nakaba, en arabe, Shoah, en hébreu).

Georges Habbache et Wadih Haddad fondèrent alors en 1956 « Le Mouvement Nationaliste Arabe » (MNA). Un autre chrétien palestinien, Nayef Hatwatmeh, rejoignit ce mouvement et dirigea sa branche locale en Irak. Les idées développées par le MNA se rapprochaient de celles du nassérisme et du baasisme. En se prévalant du rationalisme, de l’empirisme et de l’agnosticisme, ces maîtres-penseurs du MNA, insistaient sur la séparation entre le politique et le religieux et combattaient l’idéologie sioniste, qui prend en otage le judaïsme. Ils faisaient ainsi une distinction entre le judaïsme et cette idéologie nationaliste, fondée sur des facteurs ethnico-religieux A l’instar de Constantin Zreik, ils combattaient aussi, l’idée de la suprématie d’un peuple sur un autre. 

Parallèlement au MNA, un autre mouvement politique palestinien vit le jour autour d’une revue publiée au Koweït par Khaled Al Wazir et Yasser Arafat, le premier ayant entamé des études d’architecture et le second terminé des études d’ingénieur. Il s’agissait de Falastinouna (notre Palestine), en référence au journal « Falastine » édité par les frères Issa. Arafat et Al Wazir rencontrèrent d’autres compatriotes au Koweït, notamment Salah Khalaf et Farouk Kaddoumi, avec lesquels ils fondèrent le Fatah. Ce nom est la transcription à l’envers, du sigle de ce mouvement : « Organisation pour la Libération de la Palestine ».

Plus tard, l’ensemble des organisations de la résistance palestinienne se regroupèrent sous la bannière de « L’Organisation de Libération de la Palestine » (l’OLP) au sein de laquelle le Fatah est resté la principale branche.

Installé à Gaza au début des années soixante, le Fatah mit en place une organisation paramilitaire en vue de mener la lutte contre les forces d’occupation sionistes, en s’infiltrant notamment dans les territoires occupés. Cette branche armée du Fatah prit le nom d’Al Assifa « la tempête », en raison des opérations sporadiques qu’elle entendait mener, en imitant celles que l’Irgoune effectuait durant le mandat britannique sur la Palestine. Parallèlement, Georges Habache fonda, avec un autre concitoyen palestinien, une organisation politique et paramilitaire dénommée « Front populaire de libération de la Palestine » qui attira vers elle la plupart des membres du MNA. Les premiers résistants palestiniens qui effectuèrent des actes de résistance à l’encontre d’Israël prirent le nom de « Fedaïns » (ceux qui sacrifient leur vie à la cause). Ces actes, inspirés de ceux de la Haganah et de l’Irgoune mais aussi de la résistance française sous l’occupation nazie, étaient lancés à partir de Gaza, du Liban, de la Syrie et de la Jordanie.

D’autres organisations, placées sous l’égide de l’OLP, virent le jour à l’instar du « Front populaire de libération de la Palestine » (FPLP), qui constitua la branche paramilitaire du MNA. Ensuite, en 1969, à l’issue d’une scission au sein de ce groupe, un chrétien de rite grec-orthodoxe, Nayef Hawatmeh, créa « le Front démocratique pour la libération de la Palestine » (FDLP).

Hawatmeh était plus radical que Georges Habache. Il envisageait la récupération d’une partie du territoire palestinien, pour créer un Etat palestinien, tandis que Habache penchait vers une négociation, allant jusqu’à reconnaître Israël, en vue de l’établissement de deux Etats.

Mgr HILARION CAPPUCCI : UN HÉRO DE LA RÉSISTANCE

La résistance palestinienne avait reçu de l’aide de personnes, voire de personnalités, du monde arabe, n’étant pas de nationalité palestinienne, à l’instar de Monseigneur Hilarion Cappucci, Archevêque grec-catholique de Césarée et vicaire patriarcal de Jérusalem.

Bien qu’il fût de nationalité syrienne, il épousa la cause palestinienne et aida les organisations paramilitaires de résistance, ce qui entraîna son arrestation et sa condamnation, à 12 ans d’emprisonnement, par les Israéliens. Monseigneur Cappucci passa 4 ans dans les geôles israéliennes. Il entama une grève de la faim qui faillit lui coûter la vie. Il fût libéré, en 1976, à l’issue d’une opération menée par le FPLP consistant à détourner un avion de la compagnie Air France vers l’Ouganda. Sa libération a été également due à l’intervention du Saint-Siège, auprès des autorités israéliennes.

Jusqu’à sa mort, survenue le 1er mai 2017, Monseigneur Cappucci s’est considéré comme responsable de la communauté melkite (grecque-catholique) de Jérusalem, qu’il n’a cessé de défendre et dont la situation se dégradait de plus en plus, en raison des pressions que les Israéliens exerçaient sur les chrétiens, pour leur faire quitter le pays et faire en sorte que le conflit israélo-palestinien se résume à un conflit israélo-musulman. 

Enfin, il convient de rappeler à ce sujet que les principaux Palestiniens, opposants au sionisme, sont de religion chrétienne comme Edouard Saïd, Michaël Tarazi, Ibrahim Souss, Leila Chahid, Hanane Achraoui, Sami Aldeeb, Elias Sanbar, le fondateur de la Revue d’Etudes Palestiniennes à Paris (organe de diffusion de l’Institut d’Etudes Palestiniennes), etc…

C’est l’une des raisons qui ont conduit les Israéliens à encourager l’émergence du Hamas, un mouvement religieux musulman, proche de la Confrérie des Frères musulmans (une organisation similaire -peut-être même affiliée à la Franc-maçonnerie- compte tenu de sa structure et de son mode de fonctionnement). Ce faisant, les Israéliens ont cherché à la fois : à créer de nouvelles dissensions inter-palestiniennes (notamment entre ce mouvement et le Fatah), à l’issue de la création de l’« Autorité palestinienne » et de la cessation des opérations de résistance para-militaires par l’OLP, et à islamiser la résistance palestinienne.

Mais cette stratégie n’a pas duré. Depuis 2017, le Hamas a commencé à obtempérer par–rapport à Israël, en amendant la Charte établie en 1988, en acceptant la solution d’un Etat palestinien limité aux frontières de 1967 puis en insistant sur le caractère politique et non religieux, du conflit israélo-palestinien.

Déçus par l’ensemble des organisations palestiniennes, qui ont délaissé la résistance militaire, les chrétiens palestiniens trouvèrent dans le Hamas, une opportunité pour reprendre la lutte. Ils se rapprochèrent de lui, d’autant que ce mouvement reconnaît la nécessité de faire coexister les trois religions en Palestine : le judaïsme, le christianisme et l’islam. En effet, en 2005, une candidate chrétienne de la liste du FPLP, Janette Khoury, a reçu le soutien du Hamas et fut élue maire de Ramallah. Un an plus tard, un autre chrétien, Hosam Al Tawil, s’est présenté aux élections législatives palestiniennes, sur la liste même du Hamas.

Au sein de la bande de Gaza, fief du Hamas, un prêtre de rite latin, le Père Manuel Moussalem, est devenu depuis quelques années, l’une des figures héroïques palestiniennes. Il dénonce régulièrement les exactions des forces militaires israéliennes à l’encontre de l’ensemble des Palestiniens, en mettant l’accent sur le traitement particulièrement inadmissible infligé aux chrétiens. Avant lui, le Patriarche latin de Jérusalem, Mgr Michel Sabbah, faisait état d’actes barbares, commis par ces forces militaires à l’encontre des chrétiens. Dans un entretien accordé au Figaro, le 17 mai 2006, il soulignait : « Israël, en tant que gouvernement et Etat organisé, a commis des actes terroristes. Il a tué des enfants, des femmes, des civils, qui n’ont rien à voir avec les combats » (…) (Les Palestiniens) « ont de plus en plus de mal à trouver leur pain quotidien, ils vivent dans des prisons qui rendent leur vie insupportable. (…) A Jérusalem, le mur israélien coupe un quartier en deux ! Cela complique l’accès aux hôpitaux, aux écoles et aux commerces. A Bethléem, le mur étrangle tout simplement la population. Il enferme deux peuples dans un ghetto : Israéliens et Palestiniens ».

 

LE NAZISME SIONISTE

Il a fallu attendre les récentes déclarations du ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, dévoilant le soutien militaire d’Israéliens venus combattre avec le groupe néo-nazi Azov, en Ukraine, pour que l’opinion publique internationale se réveille au sujet des méthodes empruntées au nazisme par les forces israéliennes. Ces méthodes ont été condamnées par des rabbins, voire des penseurs, de religion juive, à l’instar de Yeshayahou Leibowitz qui soulignait que « la politique d’Israël salit tout le peuple juif ». Leibowitz dénonçait depuis des décennies ces méthodes qu’il qualifiait de « judéo-nazies » qu’il fallait, pour notre part, désigner par du « nazisme sioniste » pour ne pas « les faire supporter par l’ensemble de nos frères de religion juive ».

A deux reprises, le 22 octobre 1996 et le 22 janvier 2020, deux chefs d’Etat français ont constaté de leurs propres yeux, l’arrogance et les provocations des forces israéliennes dans les lieux de culte chrétiens. Excédés par ce comportement, Messieurs Chirac et Macron s’emportèrent et eurent des altercations verbales avec ces militaires.

Mais c’est surtout la récente exécution de la journaliste chrétienne palestinienne, Shérine Abou Akla, par l’armée israélienne, quelques jours après qu’elle ait couvert pour la télévision, les images des exactions commises par la police israélienne, interdisant aux chrétiens de célébrer la Pâque orthodoxe, qui a suscité la réaction internationale. Le lendemain, à la sortie du cercueil de l’hôpital français, Saint-Joseph à Jérusalem-Est, la police israélienne fit irruption dans l’enceinte de l’établissement et tenta de disperser la foule qui brandissait des drapeaux palestiniens. Le cercueil faillit tomber des mains des porteurs, frappés par des policiers armés de matraques, il a été rattrapé in extremis.

 

Depuis l’occupation de notre pays, nos communautés chrétiennes subissent des brimades et des exactions insupportables, pour nous pousser d’une manière insidieuse à l’exode. Certains chrétiens, y compris des prêtres mais aussi des enfants en bas âge, sont arrêtés d’une manière arbitraire, par les forces israéliennes. Ils sont traînés à terre, humiliés et jetés dans les geôles où ils sont traités d’une manière inhumaine, conduisant certains au suicide. Nos cimetières sont profanés, les croix arrachées, les murs de certaines de nos églises sont tagués avec des insultes anti-chrétiennes.

Nous subissons des crimes de haine mais aussi la discrimination, comme les Falashas, pourtant de religion juive, mais d’origine africaine, qui ont immigré en Palestine. Hélas, notre situation alarmante peine à être entendue par vous, les Occidentaux, qui, par crainte de la propagande sioniste nourrie par le sentiment de culpabilité entretenu en Occident, semblez nous délaisser voire nous sacrifier, comme vous le faites avec les Chrétiens d’Orient, en Syrie et en Irak.

Cette situation a été constatée par l’Institut pour la Compréhension du Moyen–Orient dont un récent rapport souligne : « Les Palestiniens chrétiens qui sont citoyens d’Israël, souffrent d’une discrimination généralisée, officielle et non officielle, depuis la propriété foncière et le logement, jusqu’à l’emploi et les droits au regroupement familial.

Il existe plus de 50 lois discriminatoires, directes ou indirectes, envers les citoyens palestiniens d’Israël, sur la base de la seule appartenance ethnique, faisant d’eux des citoyens de deuxième – voire troisième – zone, dans leur propre patrie.

Dans les territoires occupés, les chrétiens palestiniens souffrent du même régime discriminatoire et des mêmes restrictions, notamment quand il s’agit des déplacements, mesures appliquées à tous les Palestiniens, qui vivent sous le régime militaire d’Israël depuis près de 47 années.

(…) Des millions de Palestiniens chrétiens et musulmans de Cisjordanie et de Gaza sont empêchés de se rendre sur leurs lieux saints, dans la Vieille Ville de Jérusalem, laquelle contient certains des lieux les plus sacrés du Christianisme et de l’Islam, notamment l’Église du Saint-Sépulcre et l’esplanade de la mosquée Al-Aqsa, le Noble Sanctuaire ».

Ce témoignage fait aussi état d’un rapport du Département d’État américain sur la liberté religieuse internationale, publié en juillet 2012, qui résume cette situation :

« Les bouclages et les couvre-feux stricts, imposés par le gouvernement israélien ont affecté négativement la capacité des habitants à pratiquer leur religion sur les lieux saints, dont l’Église du Saint-Sépulcre et la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, ainsi que l’Église de la Nativité à Bethléem.

« Séparément, Israël interdit généralement l’entrée dans Gaza au clergé chrétien arabe, même aux évêques ou aux autres membres éminents du clergé, qui viennent visiter les congrégations ou ministères qui sont sous leur autorité pastorale.

« La barrière de séparation (en Cisjordanie) entrave de façon importante l’accès des chrétiens du secteur de Bethléem, à l’Église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, et pour les chrétiens palestiniens qui vivent du côté Jérusalem de la barrière, il est difficile de se rendre sur les sites chrétiens à Béthanie et à Bethléem ». 

Par ailleurs, le rapport précité de l’Institute for Middle East Understanding (IMEU) fait état d’agressions contre les chrétiens et leurs lieux saints, par des extrémistes israéliens : « Ces dernières années, le nombre de crimes de haine, commis par des extrémistes juifs, contre les Palestiniens et leurs lieux saints, a augmenté de façon significative. Souvent, ces agressions sont nommées, « attaques du prix à payer », en référence aux actes menés par des colons radicaux, en réaction aux actions ou projets gouvernementaux israéliens, dont ils ne sont pas satisfaits.

Depuis 2010, plus de 30 édifices religieux palestiniens, notamment des églises, des monastères et des mosquées, ont été vandalisés avec des graffitis racistes menaçants et/ou furent victimes d’incendies criminels. Au cours de l’année passée, 14 agressions contre des biens appartenant à l’église catholique ont été rapportées ».

Un autre rapport publié en 2014 par le Département d’État américain sur le terrorisme indique : « le Bureau de la coordination des Affaires humanitaires (OCHA) des Nations-Unies, a signalé 399 agressions par des colons israéliens extrémistes, qui ont abouti à des blessures et des dommages matériels pour les Palestiniens. Des extrémistes violents, dont des colons israéliens, ont vandalisé trois églises à Jérusalem et en Cisjordanie, selon les données compilées par les Nations-Unies ».

Le 7 mai 2014, le nouveau Patriarche latin de Jérusalem, Mgr Fouad Twal, représentant du Vatican en Terre sainte, a publié un communiqué, condamnant la montée des « crimes de haine » contre les lieux saints chrétiens. Il reprochait au gouvernement israélien « son manque d’efforts pour que la police israélienne traduise en justice les auteurs de ces crimes de haine contre les Palestiniens ».

Se faisant l’écho de ces préoccupations sur la complicité du gouvernement israélien avec les auteurs de ces actes, deux anciens chefs de la police secrète israélienne, le Shin Bet, Messieurs Carmi Gillon et Shabtai Shavit, accusèrent le gouvernement Netanyahu de ne pas vouloir l’arrêt de ces crimes.

En novembre 2011, le quotidien israélien, Ha’aretz, publia à ce sujet un article dénonçant des fanatiques juifs qui avaient maudit et craché, sur des membres du clergé chrétien dans les rues de la Vieille Ville, en soulignant que ces actes sont communs : « comme une chose habituelle ». Le premier secrétaire du Patriarcat grec orthodoxe, cité dans cet article, indiqua : « Cela arrive très souvent. Vous marchez dans la rue et soudain, ils vous crachent dessus sans raison ». Cet article rapportait qu’un étudiant du séminaire arménien de la ville s’était plaint de faire l’objet quotidiennement, d’insultes et de crachats de la part de ces fondamentalistes, sans qu’il y ait de poursuites judiciaires : « Quand je vois un ultra-orthodoxe venir vers moi dans la rue, je me demande toujours s’il va me cracher dessus ». Un an plus tard, ce même quotidien, Ha’aretz, indiqua, en février 2012, que « les incidents de crachats sont tellement répandus que certains prêtres ont cessé de venir dans certaines parties de la Vieille ville ».

Dans une tribune, parue dans le Figaro du 29 janvier 2019, intitulée « Quel mal ont fait les Chrétiens d’Orient pour qu’on leur accorde si peu de considération ? », Mgr Pascal Gollnisch, directeur général de l’Œuvre d’Orient et Vicaire général de l’Ordinariat des catholiques orientaux en France, soulignait : « au sud et à l’est de notre Méditerranée commune, il y a des chrétiens enracinés là depuis deux mille ans. (…) Quel mal ont-ils donc fait pour que certains veuillent leur disparition et leur extermination (…), quel mal ont-ils fait pour que les habitués de la défense des minorités leur prêtent aussi peu de considération ? Quel mal ont-ils fait pour que nombre de chancelleries se détournent perfidement de leurs drames ? (…) L’histoire jugera, nous jugera, mais au présent ces chrétiens souffrent ».

LA FRANCE A-T-ELLE TRAHI LA PALESTINE ?

Il semblerait que les néo-nationalistes français ignorent cette réalité de la Palestine par manque de culture et de recherche de l’information, et se laissent manipuler par les médias de masse, ce qui n’était pas le cas pour leurs parents. Peut-être font-ils mine de l’ignorer, comme le font certains de leurs représentants, qui agissent par pure démagogie et crainte de décevoir les meneurs de l’opinion, qui assurent leur promotion politique et électorale. Cela démontre un manque de courage politique et une totale soumission aux groupes de pression.

Ainsi, le 6 avril dernier, en pleine période électorale, l’eurodéputé Gilbert Collard était en visite en Israël. Il déclara sur la chaîne i24 : « Si Eric Zemmour est élu, mon rêve est d’être le premier ambassadeur de France à Jérusalem, c’est le rêve de ma vie ». Pourtant Monsieur Collard est de mère d’origine palestinienne dont la famille a subi la déportation et dont l’un des membres, Michael Tarazi, fut le conseiller de Yasser Arafat.

Il valait mieux, pour le Président d’honneur de Reconquête, raisonner Eric Zemmour au sujet de la Palestine. Ce dernier nia fermement le droit des Palestiniens à un Etat, en déclarant, le 2 novembre 2021, sur la chaîne de télévision du pays auquel il semble faire principalement allégeance, i24, que « Les Palestiniens ont perdu la bataille et n’auront jamais d’Etat » !

Chantre de la re-migration, Monsieur Zemmour devait commencer par proposer ce concept à ses coreligionnaires, immigrés en Palestine, qui ne peuvent que constater l’absence de toute ségrégation à leur égard dans leurs pays d’origine, en Europe comme dans la plupart des pays de la planète, y compris les pays arabes (qui normalisent progressivement leurs relations avec Israël). La candidature d’Eric Zemmour à la tête de l’Etat en est la preuve.

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