www.zejournal.mobi
Jeudi, 26 Mars 2026

Déstabilisation israélienne contre des candidats LFI aux municipales 2026 : l'ingérence dont personne ne parle

Auteur : Mario | Editeur : Walt | Jeudi, 26 Mars 2026 - 14h27

Il y a des affaires qui font la une pendant trois semaines, alimentent vingt éditos enflammés, provoquent des convocations à l'Élysée et déclenchent des déclarations solennelles de ministres en costard sombre devant des micros tendus. Et puis il y a les autres.

Ce qui est confirmé

Des sources sécuritaires ont indiqué à l'AFP qu'une opération de manipulation a été repérée contre les députés Sébastien Delogu et François Piquemal, candidats respectivement à Marseille et Toulouse.

Début 2026, Viginum — le service français chargé de surveiller les ingérences numériques étrangères — détecte quelque chose d'inhabituel dans l'environnement numérique de plusieurs candidats LFI aux élections municipales. Des sites web factices, des comptes inauthentiques bardés de photos générées par intelligence artificielle, des réseaux de bots localisés principalement en Asie, des publicités mensongères glissées dans des applications grand public comme Vinted ou Candy Crush. Le tout soigneusement coordonné, avec des métadonnées trahissant une origine étrangère.

Des « marqueurs techniques étrangers » ont été identifiés dans les métadonnées des sites et des comptes, mais les investigations étaient toujours en cours pour en préciser la provenance.

Les cibles et le mode opératoire

Sébastien Delogu:

À Marseille, le candidat Sébastien Delogu a été la cible d'une opération reposant sur la mise en scène d'un personnage fictif, « Sophie », accusant le candidat de viol et de violences via un blog et plusieurs réseaux sociaux. Cette campagne a intégré des codes QR apposés sur des affiches électorales, ainsi que des courriels anonymes adressés à des journalistes. L'ensemble reposait sur un écosystème de faux comptes et de réseaux automatisés, majoritairement localisés en Asie, destinés à simuler un engagement citoyen massif.
Le dispositif global comprenait près de 150 portails factices se faisant passer pour des sites d'information locale, et des comptes utilisant des portraits générés par IA.

François Piquemal:

Pour Toulouse, des publicités programmatiques mensongères ont été diffusées sur des plateformes comme Vinted ou Candy Crush pendant la trêve électorale, associant Piquemal à un radicalisme religieux imaginaire ou lui attribuant des citations qu'il n'a jamais prononcées.

David Guiraud:

À Roubaix, deux pages Facebook, montées pour l'occasion, ont visé David Guiraud dans une opération de déstabilisation numérique similaire.

Quel est le point commun entre ces trois hommes, au-delà de leur appartenance à La France Insoumise ? Ils font partie des voix les plus critiques au Parlement envers les opérations militaires israéliennes à Gaza.

La piste israélienne et Elnet

Le Canard Enchaîné, se fondant sur des sources au sein des services de renseignement français, a confirmé que derrière tout cela se cache une officine israélienne entretenant des liens avec l'agence de lobbying pro-israélien, installé en Europe et enregistré en France, Elnet  — cette organisation bien connue pour organiser des voyages de parlementaires et pour son animosité déclarée envers LFI. Près de 150 portails factices se faisant passer pour de la presse locale. Une infrastructure de manipulation professionnelle, sophistiquée, financée.

Elnet est dirigée par Arié Bensemhoun, et l'enquête du Monde souligne que « tout converge vers Elnet ». Toutefois, François Piquemal lui-même mettait « du conditionnel » sur l'implication directe d'Elnet, tout en affirmant que « ce n'est pas la première fois que l'on a des menaces, du harcèlement en ligne de la part d'officines d'extrême droite israélienne ».

Le silence assourdissant du service après-vente médiatique

Maintenant, faisons un simple exercice de pensée.

Imaginez que Viginum ait détecté exactement la même opération — mêmes faux sites, mêmes bots, même personnage fictif accusant un député de viol — mais avec, dans les métadonnées, des traces pointant vers Moscou. Imaginez qu'une officine russe liée au Kremlin ait fabriqué des accusations de viol contre un candidat aux élections françaises, collé des QR codes sur ses affiches et inondé son territoire de publicités mensongères.

Vous entendez le bruit ? Ce bruit de fond permanent, ce grondement médiatique, ces plateaux de BFM qui se remplissent, ces experts en géopolitique convoqués en urgence, ces tribunes dans Le Monde, ces communiqués du Quai d'Orsay, ces réunions interministérielles, ces hashtags, ces interpellations au gouvernement, ces éditoriaux comparant ça à une déclaration de guerre ?

Ce bruit, là, dans cette affaire-ci, est remarquablement absent.

On cherche. On tend l'oreille. On attend le grand déploiement médiatique qui accompagne normalement toute "ingérence étrangère" dans notre démocratie. Rien, ou presque. Quelques articles sérieux dans le Canard, Le Monde et quelques médias en ligne. Puis le silence retombe, comme une neige sur un parking.

Doppelgänger vs. ce truc sans nom

Pour rappel, l'opération russe Doppelgänger — qui consistait à cloner des sites de médias français pour y diffuser des fausses informations — a donné lieu à une communication officielle du ministre des Affaires étrangères en personne, à une conférence de presse de Viginum, à des sanctions européennes, à d'innombrables articles de décryptage, à des émissions spéciales, à des rapports parlementaires.

L'opération israelienne contre Delogu, Piquemal et Guiraud, elle, n'a pas encore reçu de nom de code officiel. Peut-être Opération Transparence. Ou Opération Ça-n'a-pas-eu-lieu.

Portal Kombat, CopyCop, Storm-1516, Matriochka : les opérations russes ont des noms qui claquent, des rapports de 80 pages publiés par le ministère des Armées, des bilans semestriels. L'officine israélienne ayant fabriqué une accusation de viol contre un député français dispose, elle, du privilège de l'anonymat confortable.

Ne vous inquiétez pas : ils vont finir par trouver le lien russe

Mais rassurez-vous. Dans ce pays qui a porté la détection de l'ingérence russe au niveau d'un art national, nos meilleurs esprits travaillent d'arrache-pied. Et il y a fort à parier qu'ils finiront par trouver le chaînon manquant qui permettra de recadrer tout ça dans le cadre narratif habituel.

Peut-être que le logiciel utilisé par l'officine israélienne a été compilé sur un serveur dont le nom de domaine a été un jour hébergé en Biélorussie. Peut-être qu'un des bots asiatiques a retweeté un compte proche d'un ami d'un proche du Kremlin. Peut-être qu'un développeur de l'opération a un jour regardé une vidéo de RT France.

À ce moment-là, on pourra enfin sortir les grands titres. Les plateaux se rempliront. Les experts retrouveront la parole. Et tout rentrera dans l'ordre.

D'ici là, trois candidats aux élections françaises auront été la cible d'une opération d'intoxication menée par une officine étrangère — dont l'une fabriquait de toutes pièces des accusations de viol — et le sujet sera resté dans la catégorie des informations qu'on peut se permettre de ne pas trop agiter.

Ce n'est pas que ce soit sans importance. C'est juste que ce n'est pas la bonne ingérence.


- Source : ZeJournal

Cela peut vous intéresser

Commentaires

Envoyer votre commentaire avec :



Fermé

Recherche
Vous aimez notre site ?
(230 K)
Derniers Articles
Articles les plus lus
Loading...
Loading...
Loading...
 
 

Contribuer au journalisme de ZeJournal

Faites un don pour nous aider à poursuivre notre mission d’information

Faire un don

( En savoir plus )