www.zejournal.mobi
Jeudi, 12 Févr. 2026

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov dénonce l’évolution négative des négociations avec Washington

Auteur : Larry C Johnson | Editeur : Walt | Jeudi, 12 Févr. 2026 - 13h27

Sergueï Lavrov a récidivé. La semaine dernière, il a accordé une longue interview à Rick Sanchez de RT. Lundi, il a donné une interview similaire à BRICS TV. Et mardi, Sergueï Lavrov s’est exprimé dans une longue interview à la chaîne de télévision russe NTV. La discussion a porté sur la multipolarité mondiale, les relations avec l’Occident (en particulier les États-Unis et l’Europe), les négociations sur le conflit en Ukraine, le contrôle des armes nucléaires après l’expiration du nouveau traité START et d’autres questions géopolitiques. Dans l’ensemble, l’interview a conforté le point de vue de la Russie selon lequel la guerre en Ukraine a été causée par les provocations de l’OTAN. Lavrov n’a pas mâché ses mots pour reprocher à l’Occident/aux États-Unis de freiner les progrès de négociations en Ukraine malgré certains signaux positifs de la part de Donald Trump, et a souligné l’engagement de Moscou en faveur de la multipolarité tout en maintenant des lignes rouges fermes en matière de sécurité. Vous pouvez lire l’intégralité de l’interview en cliquant sur le lien ci-dessus.

Lavrov a souligné l’évolution de 500 ans de domination occidentale (fondée sur l’esclavage et le colonialisme) à un monde multipolaire, et l’influence croissante de nations comme la Chine, l’Inde, le Brésil et de blocs d’intégration tels que les structures liées aux BRICS, l’UEE, la CEI, l’OTSC, l’ASEAN et le CCG. Il a accusé l’Europe de persister à dicter ses approches à travers l’Eurasie, d’entraver la coopération naturelle (par exemple entre la Russie et l’Asie centrale ou le Caucase du Sud) et d’interférer dans l’Arctique.

Lavrov a fait une déclaration choc en décrivant les relations entre les États-Unis et la Russie comme allant «dans la mauvaise direction», les États-Unis cherchant à dominer le monde plutôt qu’à compartimenter les zones d’influence. Il a souligné que les prises de contact de Trump avec les pays importateurs de pétrole et de gaz russes relèvent d’une tentative de domination du marché mondial de l’énergie. Il a salué Trump comme étant le seul dirigeant occidental à reconnaître publiquement la légitimité des préoccupations de la Russie concernant une nouvelle expansion de l’OTAN, qualifiant cette prise de position d’«énorme avancée», mais il a ensuite rejeté l’affirmation de Trump selon laquelle la Russie aurait violé ses obligations au titre du New START, la jugeant infondée.

Lavrov a minimisé la portée de l’expiration du traité New START, le 5 février 2026, soulignant son inefficacité au cours des trois dernières années. Il a déclaré au journaliste que la Russie évitera toute escalade, mais qu’elle surveillera de près les initiatives des États-Unis «avec tout le sérieux nécessaire». Il a exprimé son scepticisme quant à une éventuelle inclusion de la Chine dans les futures négociations sur les armes par les États-Unis (probablement dans le but de détourner l’attention des questions fondamentales), et a déclaré qu’un éventuel accord multilatéral devra prendre en compte les capacités de la Grande-Bretagne et de la France. Il a réaffirmé que la Russie considère ses forces armées comme le principal garant de sa sécurité après l’expiration du traité.

Concernant les négociations avec l’Ukraine, Lavrov a mis en garde contre un optimisme excessif, déclarant que «la route est encore longue» avant d’aboutir à un accord. Les discussions entre militaires portent sur des questions «multiformes et substantielles» requérant des négociations approfondies, y compris la mise en place de mécanismes de contrôle pour tout accord. Les causes profondes du conflit doivent également être abordées, notamment la sécurité de la Russie, l’élimination des menaces (aucune arme en Ukraine susceptible de menacer la Russie) et la garantie des droits des Russes et des russophones en Ukraine, conformément au droit international et à la Charte des Nations unies.

Il a affirmé que les États-Unis admettent que les questions territoriales doivent être réglées conformément aux «réalités de terrain» et à la volonté du peuple. Lavrov a critiqué les plans européens, comme le cessez-le-feu immédiat qui ne résolvent rien et fournissent à l’Ukraine une aide militaire accrue sans prendre en compte les nouvelles réalités. Il a réitéré la position de la Russie en s’appuyant sur les précédents pourparlers (par exemple, ceux d’Istanbul en 2022), rejetant toute garantie de sécurité pour l’Ukraine risquant de menacer la Russie. L’Europe tente d’établir des contacts officieux sur l’Ukraine, mais n’apporte aucune proposition concrète au-delà des engagements publics.

Lavrov a explicitement déclaré que la Russie n’a «aucune intention» et «absolument aucune raison» d’attaquer l’Europe (ou toute partie de celle-ci). Il a insisté sur l’absence de tout projet d’action offensive contre les pays de l’OTAN ou de l’UE. Il a toutefois averti que si l’Europe (ou les forces occidentales) menacent de lancer une attaque contre la Russie, Moscou ripostera immédiatement à grande échelle en recourant à tous les moyens à sa disposition, conformément à sa politique militaire. Il oppose cette riposte à l’opération actuelle en Ukraine, qu’il (et Poutine) décrivent comme une «opération militaire spéciale» limitée, laissant entendre qu’un conflit plus large aurait des répercussions bien plus graves, sans pour autant passer à l’offensive.

Cette série d’interviews en l’espace de trois jours est inhabituelle pour Lavrov. J’estime qu’il a été mandaté par le président Poutine pour utiliser la presse pour transmettre un message ferme à Donald Trump et aux membres de l’OTAN. Poutine et ses conseillers comptent sur Trump pour tenir les promesses formulées lors de la réunion d’Anchorage en août 2025, et prendre des mesures concrètes d’apaisement, comme le déblocage des avoirs russes ou l’abandon des droits de douane sur les pays qui achètent du pétrole russe. Or, Trump a plutôt signifié à Poutine d’aller se faire voir. La Russie a reçu le message et fait désormais savoir à Trump que les exigences russes sont claires et non négociables. Si Trump décide d’attaquer l’Iran, les perspectives d’amélioration des relations entre Washington et Moscou seront enterrées.

Traduction: Spirit of Free Speech


Cela peut vous intéresser

Commentaires

Envoyer votre commentaire avec :



Fermé

Recherche
Vous aimez notre site ?
(230 K)
Derniers Articles
Articles les plus lus
Loading...
Loading...
Loading...
 
 

Contribuer au journalisme de ZeJournal

Faites un don pour nous aider à poursuivre notre mission d’information

Faire un don

( En savoir plus )