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Lundi, 02 Févr. 2026

L’Union européenne en guerre contre les journalistes indépendants

Auteur : E&R | Editeur : Walt | Lundi, 02 Févr. 2026 - 20h20

Sous prétexte de « désinformation », l’Union européenne a gelé le compte bancaire du journaliste allemand d’origine turque Hüseyin Doğru, dans une affaire qui pourrait bien sceller l’avenir de la presse libre en Europe.

Dans une affaire sans précédent qui pourrait déterminer l’avenir des droits de la presse en Europe, le journaliste germano-turc Hüseyin Doğru, installé à Berlin, se trouve actuellement sous sanctions de l’Union européenne à cause de ses reportages.

Ces sanctions l’ont totalement privé d’accès à son compte bancaire pendant des mois. Sur ordre de l’UE, ses avoirs ont été gelés, et ces mesures ont été prises sans aucun procès ni possibilité d’appel. Doğru affirme aujourd’hui qu’il n’a même plus le droit de quitter le territoire allemand.

D’après le Berliner Zeitung, il a épuisé toutes ses ressources financières. Sa banque lui a bloqué l’accès à l’allocation de subsistance minimale précédemment accordée (506 €). Il ne peut plus subvenir aux besoins de sa famille et n’arrive même plus à acheter de la nourriture pour ses deux nouveau-nés.

« Ce n’est pas seulement moi qui suis sanctionné, mais aussi ma femme et mes trois enfants », a déclaré ce journaliste de gauche dans une interview. « Les sanctions elles-mêmes prévoient un droit d’accès aux fonds essentiels pour les besoins de base. Le fait que ma banque bloque malgré tout ces fonds constitue, selon moi, une violation de la législation en vigueur », a-t-il expliqué au journal berlinois.

Depuis, grâce à l’intervention de son avocat, il a obtenu un accès partiel à son compte le 22 janvier 2025, mais le contentieux sur le fond des sanctions se poursuit.

De nombreux observateurs craignent que cette affaire constitue un signal alarmant : une Union européenne de plus en plus autoritaire pourrait désormais censurer et ruiner financièrement tout journaliste ou dissident sans le moindre contrôle judiciaire. D’autant que des sanctions similaires pourraient très prochainement viser d’autres plumes, comme le rédacteur en chef suisse Roger Köppel (Die Weltwoche).

Hüseyin Doğru figure sur la liste des sanctions de l’UE depuis mai 2025. Bruxelles lui reproche son travail journalistique pro-palestinien, qu’il accuse d’« attiser la discorde ethnique, politique et religieuse » et, par extension, de soutenir « les activités déstabilisatrices de la Russie ».

On lui reproche notamment d’avoir filmé et documenté plusieurs occupations d’universités berlinoises par des militants pro-palestiniens. Le prétexte officiel repose sur de prétendus liens avec la Russie, mais le Berliner Zeitung souligne qu’aucune preuve concrète n’a été produite à ce jour.

Plus grave encore : aucune procédure judiciaire n’a eu lieu, aucune preuve n’a été débattue.

« Bruxelles justifie ces mesures en affirmant que Hüseyin Doğru utilise son journalisme pro-palestinien pour semer la discorde ethnique, politique et religieuse, ce qui servirait indirectement les intérêts déstabilisateurs de la Russie. Pourtant, l’UE n’a fourni publiquement aucune preuve tangible d’un quelconque lien avec Moscou », écrit le journal.

L’Allemagne ne pouvait pas le faire directement, l’UE l’a fait à sa place Dans une récente interview sur YouTube en compagnie de Yanis Varoufakis, Hüseyin Doğru a expliqué pourquoi ces sanctions émanent de l’UE et non de l’Allemagne :

« Tout cela m’a été appliqué sous forme de sanction, mais ce n’est pas le gouvernement allemand qui l’a fait directement contre moi. Comme l’a dit Yanis, ils passent par l’Union européenne parce qu’en Allemagne ils ne pouvaient pas agir de cette manière de façon légale. Il existe encore une certaine résistance dans cette démocratie bourgeoise quand il s’agit de s’en prendre à leurs propres citoyens – et j’en suis un, même s’ils ne m’acceptent peut-être pas vraiment comme tel. En Allemagne, un journaliste qui va en justice dispose encore de nombreux droits.

Mais quand on passe par la Commission européenne, il n’y a ni juge, ni audience, ni présentation de preuves. C’est une exécution extrajudiciaire.

L’UE prétend que ces sanctions ne sont pas des peines, mais des mesures destinées à “modifier le comportement” dans l’intérêt de l’Union. Ce n’est donc pas une punition… et pourtant c’est exactement une exécution extrajudiciaire visant un journaliste. »

Les sanctions ont eu des conséquences dramatiques

« Je n’ai pas le droit de payer mon avocat. Je n’ai pas le droit d’acheter de l’eau. Je n’ai pas le droit de nourrir mes enfants. Je n’ai pas le droit de travailler. Je n’ai pas le droit d’acheter des médicaments. Toute transaction financière me concernant est interdite. On ne peut même pas me donner un panier de provisions, car je pourrais théoriquement le revendre. C’est interdit ».

« Si je contourne ces règles – ou si quelqu’un le fait pour moi –, je risque jusqu’à cinq ans de prison pour “évasion de sanctions”. Et ils sont allés encore plus loin : ils ont aussi bloqué les comptes de ma femme. Elle ne peut plus percevoir son salaire. Nos jumeaux à naître sont indirectement sanctionnés ».

« En ce moment, nous n’avons littéralement aucun argent accessible. Beaucoup de gens nous ont proposé de l’aide, mais nous avons dû refuser : “Ne faites surtout pas ça, vous risqueriez d’être accusés de contourner les sanctions” ».

Un précédent terrifiant pour tous les journalistes

Doğru ne comprend pas quel « comportement » il est censé modifier :

« Changer quel comportement ? Celui d’exercer mes droits de citoyen européen et de citoyen du monde pour exprimer mon opinion sur des événements ? Ou celui de vouloir simplement survivre, alors qu’on m’a retiré tous mes moyens d’existence ?

« Pour le dire crûment : aujourd’hui, un détenu en prison a plus de droits que moi. Lui au moins peut acheter quelque chose à la cantine… »

Même si certains à droite rejettent son cas en raison de ses positions pro-palestiniennes, il s’agit clairement d’un test grandeur nature. Demain, ce sont les journalistes conservateurs, libertariens ou souverainistes qui pourraient être visés par les mêmes méthodes.

Doğru précise qu’il a toujours critiqué ouvertement la Russie et la guerre en Ukraine – bien avant ces sanctions. Pourtant, l’UE considère que le simple fait de couvrir les manifestations pro-palestiniennes crée une « discorde sociale » dont la Russie profiterait… ce qui suffit à le transformer, aux yeux de Bruxelles, en « journaliste pro-russe ».

Un avis juridique accablant

Un avis juridique rédigé par l’ancienne juge de la CJUE Ninon Colneric et la professeure Alina Miron, présenté au Parlement européen, qualifie ces sanctions de violation grave des droits fondamentaux :

- Elles équivalent à une « mort civile » : gel total des avoirs, blocage des services bancaires, destruction quasi-complète de la capacité économique.

- Elles sont imposées sans contrôle judiciaire préalable ni droit à une audition.

- Elles portent une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression et à la liberté de la presse au regard de l’objectif affiché (lutte contre la désinformation).

En résumé : l’UE dispose désormais d’instruments (listes de sanctions, DSA, FIMI, etc.) qui lui permettent de neutraliser financièrement et professionnellement n’importe quel journaliste ou citoyen qui diffuse des informations contraires à la ligne officielle – le tout sans juge et sans preuves débattues.

C’est une arme déjà testée. Et elle fonctionne.

L’UE contre jacques Baud 


- Source : E&R

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