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Les médias indépendants sont en danger : le cas Fdesouche

Auteur : Eloïse Gloria-Gabriel Robin | Editeur : Walt | Mercredi, 29 Juill. 2015 - 21h46

La plupart des grands médias français, tant dans la presse écrite que dans l’audiovisuel, sont détenus par quelques puissances financières.

Le dernier en date à avoir investi massivement dans le secteur est Patrick Drahi, fondateur d’Altice, géant des télécommunications. Le milliardaire, dont la fortune est estimée comme la troisième plus importante du pays selon le magazine Forbes, a construit sa fortune sur un endettement colossal qui interroge sur la véritable santé financière du groupe à long terme. La filiale médias d’Altice, Altice Media Group, détenait déjà des parts dans Libération ou L’Express. Désormais, et grâce à un partenariat stratégique inédit avec le groupe NextRadioTv, propriété d’Alain Weill, Patrick Drahi contrôlera notamment BFM TV et RMC. L’objectif est qu’Altice rachète le groupe NextRadioTV. Patrick Drahi dispose en effet d’une option de rachat de la totalité des actions conservées par Alain Weill, à partir de mars 2019.

Dans le communiqué relatif au rachat, les investisseurs indiquent que : « Alain Weill et le groupe Altice seront associés dans une société dont Alain Weill détiendra le contrôle majoritaire avec 51 % du capital et des droits de vote et dont il assurera la présidence, à laquelle sera transférée sa participation dans NextRadioTV, représentant 37,77 % du capital et 48,59 % des droits de vote. » En somme, l’un des derniers groupes de médias indépendants en France tombe sous le contrôle d’une grande fortune.

Il n’y a d’ailleurs plus de grands médias indépendants. Tous sont contrôlés par des investisseurs, qu’ils soient marqués à « droite » ou à « gauche ». Lorsque les grands médias sont soumis à des intérêts, ils ne sont plus libres. Qui peut désormais garantir que les médias institutionnels seront, à l’avenir, indépendants, et qu’ils présenteront une information pluraliste ? Cela n’est déjà pas le cas aujourd’hui, mais le futur laisse présager du pire. Dans les romans de science-fiction du genre « cyberpunk », les « mégacorporations » finissent par devenir plus puissantes que les États, contrôlant l’ensemble des secteurs économiques stratégiques, et monopolisant tous les secteurs. Contenus et contenants sont même désormais possédés par les mêmes entités. D’ailleurs, Patrick Drahi cherche à réaliser le rêve de Jean-Marie Messier en se rendant maître d’un groupe hégémonique dans les télécommunications.

Dans ce contexte morose, l’actualité récente concernant le site Fdesouche interroge. Durant les mois qui ont suivi les tragiques attentats de janvier, les Français ont massivement manifesté pour défendre les libertés d’opinion et d’expression. Quelles réponses ont-ils reçues pour prix de leur engagement ? Toujours plus de lois liberticides, toujours plus d’informations tronquées, toujours plus de tycoons comme Patrick Drahi et, enfin, toujours plus de répressions policières à l’encontre des médias indépendants.

Fdesouche est un site de veille d’actualités, qui produit peu de contenu original. Pour avoir relayé un article concernant Pierre Bergé, sans émettre de commentaire spécifique, l’administrateur du site a été perquisitionné et a vu son matériel informatique et son téléphone portable confisqués. Si c’est bien le cas, il y a là un abus de droit manifeste. Les méthodes employées ont été particulièrement brutales, par rapport aux faits qui étaient reprochés à Pierre Sautarel. Nous devons défendre les médias indépendants (au premier rang desquels Boulevard Voltaire), lesquels ne vivent ni des subventions ni des niches fiscales accordées aux journalistes, mais uniquement de leur dévouement sans borne pour un seul objectif : vous informer correctement. (Gabriel Robin)

Haro sur Fdesouche !

S’ériger en défenseur de la liberté d’expression est à la portée du premier poseur venu. Il suffit de parader aux manifs Charlie, de signer quelques pétitions sur Internet et de dénoncer haut et fort le régime de Kim Jong-un. Mais mettre en pratique ses belles convictions est une autre paire de manches. Laisser ses contradicteurs s’exprimer, accepter que d’autres courants de pensée puissent exister exige une ouverture d’esprit qui tend à se tarir à une époque où la lobotomie intellectuelle exercée par les médias et les politiques bat son plein. Internet est (était ?) l’un des derniers refuges contre cette marche forcée vers l’uniformisation cognitive.

Créé il y a dix ans, le site Fdesouche est devenu l’un des blogs les plus influents de ce que les bobos nomment la fachosphère. Compilant au jour le jour les faits divers parus dans la presse, il dresse un état des lieux saisissant des problèmes de criminalité, d’immigration et d’injustice sociale qui asphyxient la France. Des informations que les gouvernements n’aiment guère voir circuler, trop conscients de l’éveil salutaire qu’elles pourraient susciter chez les électeurs. Forcément, Pierre Sautarel, administrateur du site, a eu quelques déboires et quelques procès. Dernière turpitude en date : une plainte déposée par le mécène Pierre Bergé, qui n’aurait pas apprécié que Fdesouche relaie le lien d’un article jugé diffamatoire. Résultat : une perquisition au domicile de Sautarel, une porte fracturée, du matériel confisqué, le site fermé et un interrogatoire au poste.

La proximité de Pierre Bergé avec le pouvoir n’est un secret pour personne. Aux présidentielles de 2007, il avait copieusement financé la campagne de Ségolène Royal. Un quinquennat plus tard, il a pesé de tout son poids pour que les socialistes légalisent le mariage gay. Militer pour une cause est un droit légitime (cela fait partie de la liberté d’expression), user de méthodes coercitives pour imposer une idéologie au plus grand nombre et confisquer la parole à ses opposants revient à s’asseoir sur la démocratie (c’est l’abolition de la liberté d’expression). La démarche procède de la même logique que celle de Manuel Valls quand il se démena pour faire interdire les spectacles de Dieudonné en 2013. En vérité, la gauche n’a jamais été aussi sectaire, moralisatrice et inquisitrice qu’à notre époque. Pour éclipser son propre vide, quoi de mieux que de réduire l’adversaire au silence ?

On peut trouver les sketchs de Dieudonné détestables. On peut estimer que Sautarel sélectionne et manipule l’actualité à sa convenance (mais quel média ne le fait pas ?). On peut soupçonner les deux – ainsi que d’autres figures des mouvances de droite – d’aimer monter en épingle leurs démêlés judiciaires pour se victimiser, entretenir leur notoriété et doper leur business. On peut être consterné par le caractère abject de certains commentaires d’internautes sur Fdesouche, qui n’hésite d’ailleurs pas à bannir sur le champ les mal-pensants n’adhérant pas à 100 % à sa doxa, sans se soucier de chahuter la liberté d’expression dont il entend lui-même tirer profit. Car la liberté d’expression est précisément d’accepter d’être dérangé, bousculé, voire discrédité par son interlocuteur, dès lors qu’il y met les formes. Censurer, interdire, jeter l’opprobre est une agonie de la pensée dans l’océan de consensus, de désinformation et de pleutrerie qui submerge notre monde interconnecté mais exempt de débats, où la communication éreinte la réflexion. (Eloïse Gloria)


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