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Samedi, 26 Nov. 2022

Le retour de la Grande Syrie

Auteur : Maria Poumier | Editeur : Walt | Lundi, 13 Juin 2022 - 12h12

Nous estimons que la Syrie est d’ores et déjà entrée dans un processus d’expansion et de rayonnement sur plusieurs plans, retrouvant les composantes de ce qui fut la « Grande Syrie ». Ce qui a fait basculer les forces gravitationnelles, c’est la victoire de la Syrie sur les USA et la coalition otanienne à partir de 2016, même si ses ennemis ne veulent pas le reconnaître. De pays harcelé et accablé par des forces hostiles sur toutes ses frontières, la Syrie est redevenue un pays arbitre, un pays clé dans l’équilibre du Levant. Un grand facteur de cette résurrection, c’est la stabilité du gouvernement, entourant le président Bachar al Assad. Celui-ci est au pouvoir depuis 22 ans, et, en tant que successeur de son père, autre personnalité d’exception, ils ont instauré de fait une continuité dans le cadre de la République couvrant à ce jour un bon demi-siècle.

Jusqu’à la partition de 1920 de la Grande Syrie ottomane, divisée en lots anglais et français, l’unité du Levant reposait sur la vigueur commerciale ancestrale de la grande Syrie : une langue vernaculaire et véhiculaire millénaire, le syriaque, appelé aussi araméen, puis l’arabe, commun à tout le sud et l’est de la méditerranée, et une floraison philosophique et religieuse diversifiée, toujours en dialogue avec deux pôles, la Grèce et la Perse. La recherche d’un alliage solide entre les deux traditions, européenne et asiatique a débouché sur un miracle, l’apparition du christianisme, qui n’a cessé de se répandre depuis lors, soit 2000 ans de vitalité spirituelle.

Du point de vue physique, pas d’obstacle majeur à la circulation : des régions désertiques circonscrites, la continuité de la circulation et de l’urbanisation le long de la côte méditerranéenne, sur une façade de 400 km, avec de grands ports ; dans les terres, la partie orientale étant irriguée par l’Euphrate, a donc une autoroute fluviale venant de Turquie qui se prolonge en Irak. La colonisation française a renforcé les structures d’État dans la Grande Syrie du nord, ou Syrie moderne réduite, le français y devenant la nouvelle langue de communication avec l’Europe.

Et c’est un État-nation qui a ressuscité au XXe siècle, par ce que la Syrie avait été déjà un modèle en ce sens il y a deux millénaires. La laïcité choisie par le président Hafez al Assad, comparable à celle de la république française, est aussi un ciment pacificateur auquel les habitants tiennent sincèrement, quelle que soit leur obédience confessionnelle. Ces éléments de solidité se sont maintenus après l’Indépendance en 1946, après 10 ans de gestion française réelle, ce qui est remarquable.

Le Liban voisin s’est retrouvé au contraire fragilisé, tandis que la création de l’enclave sioniste par la volonté de la Grande Bretagne, en 1947 aggravait durablement le démembrement du Levant sud : Liban, Jordanie, Palestine. L’enclave sioniste a dans un premier temps tenté d’usurper le rôle de nouvelle puissance régionale, occupant des territoires en Syrie (le Golan), au Liban (la Bekka), la presque totalité de la Palestine, et chassant les Palestiniens vers le Liban et la Jordanie, ce qui a déstabilisé et lourdement grevé ces pays. Mais depuis 2006, Israël n’a plus gagné de guerre d’expansion, et fait face à une organisation internationale de résistance, le hezbollah irano-libanais.

En 2022, dix ans après le début de la guerre dite civile, le harcèlement par Israël et la Turquie continue, les USA continuent à d’affaiblir le pays en soutenant diverses initiatives terroristes se réclamant de l’Islam, et en gardant le contrôle des zones pétrolières. Mais la Syrie se reconstruit et noue des alliances. Les sanctions décrétées unilatéralement et sans la moindre légalité nationale ni internationale par la loi César obligent la Syrie à diversifier ses partenaires commerciaux, et affaiblissent surtout la France, qui a privé notre industrie et notre commerce de débouchés naturels, et de toute respectabilité dans les pays du Levant depuis que le président Sarkozy, puis le président par interim F. Hollande, puis maintenant E. Macron, se sont couchés devant les USA et Israël, sacrifiant, comme auparavant dans les relations de la France avec l’Iran, les fleurons de notre industrie, sur injonction US. Depuis dix ans, nous assistons à la trahison des intérêts français par nos gouvernements successifs, avec les ministres Juppé, Fabius, Le Drian. Par ignorance de l’histoire, par inertie et poltronnerie, et corrompus par le lobby israélien en France, notre classe dirigeante a fait s’effondrer le prestige de la France, comme pour raviver et perpétuer le discrédit des Francs envahisseurs au temps des Croisades.

Les USA envisagent maintenant une partition de la Syrie, d’après des plans secrets trahis par Victoria Nuland elle-même, grande gaffeuse devant l’Eternel. Il s’agirait pour eux de confisquer définitivement l’exploitation du pétrole du Nord. Et Israël, qui n’a jamais cessé ses raids de harcèlement, ferait pince efficace à partir du sud, selon ce plan. C’est tout ce qu’ils ont trouvé, comme projet pour contrer la résurrection de la Syrie. Mais pour cela, il leur faudrait compter sur la coopération de la Turquie, qui montre déjà en Ukraine et au sein de l’OTAN qu’elle tirera toujours la couverture à elle, et saura exercer son habituel chantage en conservant ses liens avec la Russie.

La Russie, qui a arraché la victoire syrienne des mâchoires de la défaite en 2015, n’y renoncera pas, et maintiendra sa présence militaire et ses projets. Le président Assad vient de se rendre à Téhéran, et ensemble ils défendront les pipelines et gazoduc dits chiites. La réconciliation avec l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats est acquise, alors qu’ils ont été les promoteurs enthousiastes du terrorisme dit islamique, pour chasser le président. L’alliance de la Syrie avec l’Irak, où les mercenaires de Daesch franchissent constamment la longue frontière commune, se trouve renforcée par les ennemis communs. Le principal partenaire commercial de la Syrie est la Turquie, importatrice au premier chef de produits syriens, où une importante et ancienne communauté syrienne gère la plupart des échanges, facteur de stabilité et de dynamisme. Le Liban à son tour a un besoin vital de ses échanges avec la Syrie, tout d’abord pour son approvisionnement en électricité. Quant à la Chine, elle s’investit déjà dans la reconstruction. La nouvelle route de la soie, c’est le projet qui fait converger les capitaux en Syrie, au mépris des sanctions, ou, comme en Ukraine, tirant de l’obstacle à contourner un élan renforcé.

En juillet 2021, les élections présidentielles ont confirmé la réelle popularité du président, qui a su chasser les envahisseurs, et reprendre le contrôle du pays avec le soutien de la population. Il a donc entamé donc son 4ème mandat, en commençant par recevoir le ministre des Affaires étrangères chinois, renouant avec une alliance de longue date, car la Syrie était solidaire de la Chine menacée par les USA depuis 1956. Comme il l’a toujours fait, il saura jongler avec les convoitises des uns et des autres et rester au centre du jeu.

Que pouvons-nous faire, nous les Français, dans ce contexte où la Syrie se passe parfaitement de nous, tout en fourbissant les armes d’une rancœur justifiée (les ciments Lafarge on construit clandestinement d’immenses bases souterraines pour Daesch) ? L’UE annonce le renouvellement d’une aide humanitaire considérable, en fait surtout destinée aux réfugiés, censés constituer une réserve d’opposants au gouvernement légitime du pays. Les relations diplomatiques n’ont pas encore repris, rompues (stupidement) par la France depuis dix ans.

Il nous reste le domaine culturel, et celui de la francophonie, pour aider la Syrie à renouer avec sa grandeur. Nous travaillons à des projets éditoriaux bilingues ; nœud de communications, la Syrie reste le cœur d’une étoile à branches multiples, et elle rayonne déjà par ricochet, des récentes défaites américaines en Afghanistan et en Ukraine. La position israélienne s’affaiblit aussi, dans la mesure où l’État voyou et chef des mafias et services secrets dans tout l’Occident se voit retirer une part croissante du soutien russe. Par-dessus la dystopie dans laquelle veut nous enfermer l’impérialisme américano-sioniste, en France comme en Syrie, avec un projet primaire, détruire pour détruire, sans voir plus loin, l’esprit du général Soleimani, qui travaillait à l’unité du monde musulman, continue à irradier… et s’impose.

***

Exposé présenté le 10 juin dans le cadre du colloque organisé par l’Alliance internationale pour la souvernaineté des peuples, contre l’embargo, pour la fin des sanctions :

Voir les apports considérables de Thierry Meyssan, pour comprendre l’imbroglio syrien, avec son livre « Sous nos yeux, du 11 septembre à Donald Trump », éd. Demi-Lune, 2017.

Merci aussi à Philippe Loubière, pour son recul éclairant.

Merci à Adnan Azzam, pour son énergie communicative et sa générosité.

Lire aussi: Bachar al-Assad : la Russie a rétabli l’équilibre international (Vidéo)


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