Si tu veux faire carrière, prêche la guerre !
J’ai toujours pensé que le monde se divisait en deux camps, qui recoupent grosso modo les deux camps de la lutte des classes, le camp des bellicistes et celui des pacifistes. Il est facile de comprendre pourquoi ces deux camps se recoupent : ceux qui veulent faire la guerre ne sont généralement pas ceux qui la font, comme on le voit en Ukraine où les dirigeants européens et leurs soutiens sont prêts à se battre… jusqu’au dernier Ukrainien !
Hélas pour le camp de la paix, ceux qui veulent la guerre sont puissants. Ce sont les gros consortiums financiers et industriels, les fonds de pension, le complexe militaro-industriel, big pharma, big media, et autres intérêts privés. En Occident ils ont pris le pouvoir politique depuis le 19e siècle, en fait depuis que Napoléon a mis la France dans leurs mains en confiant, sous le Consulat, la Banque de France, nouvellement créée, à des banquiers privés. Il n’y a eu que deux courtes interruptions à ce regrettable état de fait, la première sous le Front populaire à l’instigation de Léon Blum et la seconde à la libération sous de Gaulle. Après de Gaulle, Pompidou, un banquier de chez Rothschild, s’est empressé d’intensifier la main mise de la Banque privée sur la France en obligeant, en janvier 1973, la France à s’endetter sur les marchés privés au lieu de subventionner elle-même ses investissements comme de Gaulle l’avait fait pour les CHU notamment.

[Salomon Rothschild]
L’énorme dette nationale, qui permet aux gouvernants d’exercer un chantage immonde sur les travailleurs et tous les citoyens solvables du pays, date de là… Depuis, c’est la Banque, qu’on appelle aujourd’hui la Finance, assistée par la haute administration et les élites médiatiques et judiciaires, qui choisit nos dirigeants et qui gouverne à travers eux pour son profit personnel. Nous sommes les esclaves de la Banque et de sa technocratie. Or la Banque est apatride, mondialiste et belliciste, car la guerre, comme la maladie, le génocide et toutes les catastrophes, rapporte…

Ces personnalités passées de la finance à la politique : Emmanuel Macron, Georges Pompidou, Michael Bloomberg
Il arrive pourtant que les pacifistes l’emportent. On l’a vu avec la guerre du Vietnam. Les immenses manifestations à répétition ont eu raison du camp belliciste. Mais le meilleur exemple, celui qui restera dans les mémoires, c’est la manière dont Gandhi a réussi à chasser de l’Inde les cupides, cruels et arrogants Britanniques, en n’utilisant que des moyens non-violents. Gandhi a découvert la non-violence en lisant Léon Tolstoï, avec qui il a ensuite entretenu une longue correspondance. Tolstoï qu’on peut qualifier de mystique était imprégné de l’enseignement de Jésus dont l’essence était pour lui non violente. Jésus n’a-t-il pas dit : « Si on te frappe sur le jour droite, tends la joue gauche » ? Et quand un de ses disciples a tranché l’oreille d’un centurion qui venant l’arrêter pour l’amener au Grand Caïphe, Jésus l’a guéri d’un geste, comme il en avait guéri beaucoup d’autres, amis ou ennemis. Tolstoï a d’ailleurs été excommunié par les autorités orthodoxes de son temps pour leur avoir reproché de promouvoir la guerre, de bénir des soldats en armes, et d’encourager leur armée nationale dans leurs sermons.

Comment Léon Tolstoï a inspiré Gandhi
C’est tout à fait fascinant de se pencher sur l’évolution de la pensée non violente de Gandhi. La vie est certes faite de contradictions et d’antinomies, mais résoudre la question de vaincre une puissance armée et prête à tout pour maintenir un pays entier en esclavage et lui voler toutes ses richesses, est tout autre chose. Et il y est arrivé.
Les Palestiniens aussi ont tenté de se libérer du joug israélien sans aucun doute encore plus cruel et déshumanisant que le joug anglais. Et eux, sont aujourd’hui victimes d’un génocide commis par les occupants israéliens sans pratiquement aucune réaction des puissants de ce monde. Pourquoi ce qui a marché en Inde ne marche pas en Palestine ?
Les temps ont changé
Je vois plusieurs raisons. D’abord les temps ont changé. Le camp de la guerre, en utilisant la peur, la propagande, l’apport de populations étrangères, les mercenaires et la guerre hybride, a vaincu le camp pacifiste. Comme on se faisait traiter de défaitiste ou assassiner comme Jean Jaurès, en 1914, on se fait aujourd’hui traiter de pro-Poutine ou d’antisémite, voire suicidé ou imposé des sanctions qui s’apparentent à une mise à mort, puisqu’elles vont jusqu’à interdire à un particulier, arbitrairement désigné pour faire un exemple, d’acheter ou de se faire acheter de la nourriture et de se déplacer, comme on le voit avec l’ignoble traitement que la France et l’UE infligent à Jacques Baud, un colonel suisse à la retraite qui vit à Bruxelles et dont le seul tort est de dire la vérité sur la guerre en Ukraine.
Une forme différente de colonisation
La colonisation britannique en Inde n’était pas une colonisation de peuplement comme en Palestine. Les Anglais géraient l’Inde en s’appuyant sur des dirigeants locaux essentiellement chargés de lever l’impôt. Leur gestion était essentiellement prédatrice. Elle n’était pas civilisatrice comme se targuait de l’être la gestion coloniale française, elle ne visait pas non plus, comme Israël, à détruire toute trace physique, culturelle et spirituelle du peuple colonisé pour s’approprier sa terre et sa culture. Leur seul but était de s’enrichir aux dépens de l’Inde. Par exemple, entre autres exactions coloniales, ils ont détruit l’industrie textile indienne pour imposer leurs produits manufacturés aux Indiens. Raison pour laquelle Gandhi encourageait les Indiens à tisser eux-mêmes leur pagne et qu’il portait fièrement le sien dans toutes les manifestations et visites officielles. Les Britanniques étaient peu nombreux au regard de l’immense population de ce grand pays et leur armée bien que très bien équipée et entrainée n’avait rien de comparable à celle des Israéliens armés par les Etats-Unis, l’Allemagne, etc.
Les Israéliens, eux, se sont implantés dans tout le pays dans des colonies légales et illégales et il n’y a pas un pouce de terrain, ni un Palestinien, ni le cerveau d’un Palestinien qu’ils ne contrôlent pas. Il est clair que l’emprise des Britanniques sur l’Inde n’avait rien de comparable à celle qu’exerce Israël sur la Palestine et leur but non plus n’était pas comparable. Pour les Anglais c’était le profit et le prestige, pour les Israéliens c’est le nettoyage ethnique, et l’expansion territoriale (au Liban, en Syrie et pourquoi pas en Iran !!!)

Buffer zones and annexation: Israel’s new military strategy in Gaza (Zones tampons et annexion : la nouvelle stratégie militaire d’Israël à Gaza)
Une forme de lutte différente ?
En Inde, la lutte pour l’indépendance nationale a commencé avec la révolte des Cipayes, en 1857, mais la féroce répression qui a suivi a poussé le Congrès à adopter une politique d’agitation non violente et de désobéissance civile menée par le Mahatma Gandhi. Cependant quelques mouvements violents ont persisté comme la HSRA (1928-1932) de Bhagat Singh ou la révolte de Rampa (1922-1924).
En Palestine, le refus des nations arabes d’entériner la décision de l’ONU du 29 novembre 1947, qui donnait la moitié de la Palestine aux Juifs victimes du nazisme allemand, a déclenché une guerre que les nations arabes ont perdue et qui a permis aux Israéliens de procéder à la première étape du nettoyage ethnique de la Palestine.

La lutte pour la libération s’est tout de suite organisée avec en parallèle une lutte armée et une lutte non violente.

La lutte armée, qui s’apparente au combat de David contre Goliath, est certes plus spectaculaire avec ses attentats suicides, ses opérations kamikazes, ses martyrs, ses tunnels de contrebande, ses roquettes improvisées, ses factions et ses combattants intrépides, pourtant la lutte pacifique a été menée avec la même détermination, le même courage et la même créativité. Mais rien n’y a fait, ni le BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions), ni les grèves de la faim des prisonniers palestiniens, ni les campagnes internationales de solidarité avec la Palestine, ni les témoignages de Médecins sans frontières, des diverses ONG humanitaires et de toutes les victimes, ni les images de la colonisation et des assassinats de civils, ni les milliers de preuves des crimes de toutes sortes perpétrés par l’occupant israélien. Rien !
Il a fallu que le Hamas fasse irruption du camp de concentration de Gaza, ramène quelques otages israéliens dans sa prison à ciel ouvert et qu’Israël réagisse par la destruction totale de Gaza et le génocide de sa population pour que l’opinion publique internationale, pas les dirigeants non, seulement les petites gens, commence à s’émouvoir un petit peu du sort des Palestiniens.
Le statut d’exception d’Israël
Les images des soldats britanniques tirant sur des Indiens désarmés qui ramassaient du sel sur la côte ont choqué le monde entier et sonné le glas de la colonisation de l’Inde par l’empire britannique. Les images de l’apartheid (le terme signifie « séparation » en afrikaans) en Afrique du sud ont choqué le monde entier et obligé les gouvernements occidentaux à imposer au régime des Afrikaners des sanctions qui ont entraîné sa chute, en 1991. Cela faisait alors presque 50 ans que la ségrégation raciale était la clé de voûte de la vie politique, sociale et économique du pays. Après plus d’un quart de siècle passé en prison, Nelson Mandela, l’incarnation de la résistance à l’oppression, fut, en 1994, le premier Noir à accéder à la présidence de la République d’Afrique du Sud.
Mais les images pourtant innombrables, incontournables, épouvantables, innommables, inqualifiables, inacceptables du génocide des Palestiniens, non seulement n’ont pas poussé les gouvernements mondiaux à sanctionner Israël mais elles ont eu l’effet inverse. Aux Etats-Unis et dans tous les pays européens la répression étatique s’est déchaînée contre les défenseurs des droits humains des Palestiniens. Des campagnes de calomnies ont été orchestrées par les lobbys israéliens et leurs soutiens. Les médias-menteurs comme les appelle Michel Collon, se sont mis aux ordres de l’armée israélienne et les plateaux de TV française ont retransmis la version israélienne et fait passer les Palestiniens pour des terroristes, de leur naissance à leur mort généralement précoce…

Image : Via Campesina
Pourquoi ?
Comme tout le monde le sait, le peuple juif a été sacralisé par la Shoah, ce qui a permis à Israël de s’installer dans un état d’exception avec la complicité des pays qui avaient participé activement ou passivement à l’holocauste des Juifs par l’Allemagne nazie, en instrumentalisant sa position de victime.
Dans son livre « L’Industrie de l’Holocauste : réflexions sur l’exploitation de la souffrance des Juifs » le politologue et historien américain Norman G. Finkelstein distingue l’« holocauste nazi » (le fait historique) et l’« Holocauste » (avec un H majuscule, la campagne de relations publiques menée selon lui depuis 1967 surtout aux États-Unis). C’est ce second aspect qu’il appelle « l’industrie de l’Holocauste ». Cette « industrie » consiste en l’exploitation, sous des dehors éthiques, de l’holocauste nazi pour générer du pouvoir et amasser de gros capitaux. Il affirme que cette industrie a à sa tête des organisations juives américaines qui recherchent la suprématie ethnique et les gains politiques et financiers.
Cela a longtemps permis de couvrir les crimes d’Israël en Palestine et ailleurs, mais aujourd’hui, à mon avis, l’opinion publique commence à être ébranlée par les images horribles du génocide et si Israël peut en toute impunité continuer son nettoyage ethnique de la Palestine, c’est surtout parce que cela rapporte au Grand Capital international.
C‘est en tout cas le constat d’un article de BettBeat Media intitulé Deux ans, un million de morts, aucune conséquence : qu’est-ce qu’Israël a perdu ? Rien. Avec en sous-titre : « Le grand livre est prêt. Les comptables ont compté les colonnes. Et le verdict du marché est clair : le génocide paie » :

« Ce que le génocide a prouvé, au-delà de tout doute raisonnable, c’est que les atrocités sont rentables.
Tous les indicateurs importants pour le capital se sont améliorés en Israël. Les cours des actions des sous-traitants de la défense ont augmenté. Israël a augmenté ses revenus d’exportation. Son influence politique s’est élargie. Il a gagné des territoires. Ses ennemis ont été éliminés. Le système juridique international s’est révélé être un théâtre : une mise en scène impressionnante, sans effet concret. Le cadre des droits de l’homme construit après l’Holocauste s’est révélé n’être qu’une façade, un conte de fée que les puissants racontent tout en faisant exactement ce qu’ils veulent.
Le marché a parlé : les meurtres de masse sont une industrie en croissance ».
C’est pour la même raison que les Etats-Unis ont sanctionné les experts de l’ONU, et en tête Francesca Albanese, qui ont rédigé le rapport intitulé : « De l’économie de l’Occupation à l’économie du génocide » sur les profits que les multinationales et autres acteurs économiques ont réalisé grâce au génocide.

Israël est certes exceptionnel mais seulement, à mon sens, parce qu’il est un cas d’école du Triangle dramatique ou Triangle de Karpman. Selon Karpman, lorsqu’on rentre par n’importe lequel des trois pointes du triangle : Sauveur, Bourreau ou Victime, on ne peut plus en sortir, on tourne en rond à l’infini. Israël, qui prétend incarner le peuple juif, coche toutes les cases. Il se présente comme le peuple élu par Dieu pour sauver l’humanité toute entière, et il martyrise, affame et élimine sauvagement les Palestiniens tout en se considérant comme la victime parfaite. Nul ne peut lui contester son titre de Sauveur suprême, bourreau suprême et victime suprême ! Je me demande si Israël sait que son impunité et sa suprématie dépendent des profits que ses crimes génèrent…

Conclusion
Israël veut éradiquer les Palestiniens pour s’approprier leur terre et les milliardaires veulent s’enrichir. Personne ne pourra mettre fin au génocide tant que les intérêts d’Israël et du Grand capital international convergeront de la sorte. Pour eux, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes capitalistes.
C’est d’ailleurs l’histoire du capitalisme et de sa fin, que le film Bugonia nous raconte à sa façon déjantée, mais profonde et documentée. Ce n’est pas comme le disent certains critiques mainstream une dénonciation du complotisme, c’est le contraire, dans le film c’est le « complotiste » qui a raison, une fois de plus, et ce n’est pas non plus une expression du pessimisme de l’auteur, le clairvoyant Yórgos Lánthimos, comme le prétend un autre critique, c’est la trajectoire logique d’un système économique dont le seul but est le PROFIT par tous les moyens : la prédation, l’exploitation, la destruction de la nature et de l’homme. Un pareil système entraîne l’humanité à sa perte, et, si, dans le film, sa perte est causée par des puissances extérieures, c’est simplement pour illustrer l’évidence que tout le monde constate actuellement : la caste qui pilote ou plutôt qui profite de ce système a fait sécession depuis longtemps. Elle est déconnectée comme on dit. Elle vit dans un autre monde, un monde de privilèges gardé par une armée de mercenaires payés avec notre argent, comme le reste. De ce monde tapissé de billets de banque et saturé de cocaïne, de caviar, de champage et de sexe, elle descend de temps en temps, tel Jupiter de l’Olympe, chez nous autres, pauvres mortels. Et pour quelques instants, entre deux menaces et deux promesses, elle fait semblant d’appartenir encore à notre monde, le monde des humains.
- Source : Mondialisation (Canada)















