Un nouveau système monétaire international. BRICS Settlement Network et UNIT
Note de conception institutionnelle
Résumé exécutif
Le présent document décrit le BRICS Settlement Network (BSN), une infrastructure de règlement multilatéral conçue pour compléter les systèmes de paiement internationaux existants. Le BSN repose sur un actif de règlement collatéralisé, dénommé UNIT, destiné exclusivement aux opérations interbancaires et interbancaires centrales. Il s’inscrit dans un contexte de transformation profonde de l’architecture monétaire internationale, consécutive aux déséquilibres accumulés depuis plusieurs décennies.
Le BSN ne constitue ni une institution financière, ni une autorité monétaire supranationale. Il ne dispose d’aucun bilan, n’octroie aucun crédit et n’émet aucune dette. Il fournit un cadre technique et juridique permettant le règlement brut en temps réel (RTGS) d’opérations internationales, adossé à des réserves réelles conservées par les banques centrales participantes.
Cette architecture vise à :
- renforcer la résilience des règlements transfrontaliers,
- réduire les risques de règlement et de liquidité,
- améliorer la neutralité opérationnelle du système international de paiements,
- assurer la continuité des échanges essentiels en période de stress systémique.
Introduction
Comme je l’ai annoncé en ce début d’année, 2026 marque l’entrée dans une crise systémique majeure – non pas une crise conjoncturelle de plus, mais l’aboutissement logique d’un système arrivé à ses limites structurelles. La crise financière de 2008 n’a jamais été résolue ; elle a été différée, absorbée et amplifiée par une accumulation sans précédent de dettes publiques et privées, par une expansion monétaire continue et par une financiarisation croissante de l’économie réelle.
Comme je l’ai expliqué dans mon ouvrage «La fin de la science économique, le début de l’âge d’or», la crise qui se profile n’est donc pas une répétition des cycles économiques passés, mais la fin d’une architecture monétaire internationale spécifique, celle qui s’est imposée depuis la rupture de 1971 et l’abandon définitif de l’étalon-or. Depuis lors, le système repose sur des fondements intrinsèquement instables : monnaie-dette créée ex nihilo, dépendance à la confiance politique, extraterritorialité juridique, et usage croissant de la monnaie comme instrument de puissance géopolitique. Les crises successives – financières, énergétiques, sanitaires et géopolitiques – ne constituent pas des anomalies. Elles sont les manifestations visibles d’un déséquilibre structurel entre un système monétaire globalisé et une économie mondiale devenue multipolaire.
Dans ce contexte, il est hautement probable que les pays des BRICS et leurs partenaires engagent des mécanismes de protection face aux ruptures de liquidité, aux risques de sanctions et à l’instabilité croissante du système de règlement international actuel. Cet article expose ce qui constitue, à mes yeux, la mesure la plus structurante de cette stratégie de protection : la mise en place d’un nouveau système de règlement monétaire international, fondé non sur la dette et la confiance politique, mais sur la preuve d’actifs réels et sur une infrastructure techniquement neutre.
Les projets Axis Settlement Orbis (ASO) et Axis Stability Interface (ASI) constituent le cadre conceptuel et opérationnel au sein duquel s’inscrit la proposition présentée dans cet article. Ils ne proposent pas une réforme marginale de l’ordre existant, mais un changement de paradigme : passer d’un système monétaire fondé sur la promesse et l’intermédiation à une infrastructure de règlement fondée sur la collatéralisation, la transparence algorithmique et la souveraineté architecturale des États.
Enfin, ce cadre conceptuel est aussi le produit d’une réflexion plus large, que je désigne sous le terme de milthasophie : une réconciliation entre la rigueur scientifique, la compréhension systémique des infrastructures humaines, et la spiritualité, une approche plus profonde du sens, de la stabilité et de la responsabilité collective. Dans cette perspective, la monnaie n’est plus seulement un outil économique, mais un instrument structurant de civilisation, dont l’architecture conditionne durablement l’équilibre des sociétés.
1. Contexte et justification
Le système international de paiements repose aujourd’hui sur une combinaison de :
- messageries financières,
- chaînes de correspondants bancaires,
- actifs de règlement majoritairement fondés sur la dette souveraine.
Ce modèle a démontré son efficacité en période de stabilité, mais présente des vulnérabilités structurelles :
- délais de règlement prolongés,
- concentration des risques opérationnels,
- exposition aux ruptures de liquidité et aux fragmentations géopolitiques.
Dans ce contexte, plusieurs initiatives récentes (notamment les projets de ponts multi-CBDC) explorent des infrastructures de règlement direct, distinctes des mécanismes traditionnels de correspondance bancaire.
Le BSN s’inscrit dans cette dynamique comme une infrastructure complémentaire, sans vocation à remplacer les systèmes existants.
2. Nature et portée du BSN
2.1 Statut institutionnel
Le BSN est une infrastructure de marché, et non une entité financière. Il se caractérise par les principes suivants :
- absence de personnalité bancaire,
- absence d’effet de levier,
- neutralité comptable et monétaire.
Le réseau ne détient pas les actifs qui sous-tendent les règlements. Ceux-ci restent conservés et administrés par les banques centrales nationales, conformément à leurs cadres juridiques respectifs.
2.2 Champ d’application
Le BSN est destiné :
- aux règlements interbancaires centraux,
- aux paiements transfrontaliers liés au commerce international,
- en priorité aux échanges de matières premières stratégiques.
Il n’est pas destiné à un usage de détail.
3. L’UNIT : actif de règlement
3.1 Définition
L’UNIT est un actif numérique de règlement, juridiquement sui generis, représentant une créance directe et temporaire sur un ensemble d’actifs réels immobilisés par une banque centrale participante. L’UNIT :
- n’est pas une monnaie fiduciaire,
- ne constitue pas une dette du BSN,
- n’implique aucun engagement de convertibilité automatique par une entité centrale.
3.2 Collatéralisation
Chaque UNIT émis est intégralement adossé à des actifs immobilisés, comprenant :
- or physique,
- devises de référence d’un panier multilatéral,
- matières premières standardisées, sous conditions strictes de vérification.
Les actifs restent localisés dans les juridictions nationales et font l’objet :
- d’audits croisés entre banques centrales,
- de mécanismes de preuve cryptographique attestant de leur immobilisation.
4. Mécanisme d’émission et d’extinction
4.1 Émission (Mint)
L’émission d’UNIT est déclenchée à l’initiative d’une banque centrale participante, selon un processus entièrement automatisé :
- Immobilisation d’actifs éligibles par la banque centrale.
- Validation de la preuve de réserve.
- Génération automatique d’UNIT via un smart contract.
- Crédit des UNIT sur le compte de règlement de la banque centrale.
Ce mécanisme garantit que toute création d’UNIT correspond à une immobilisation préalable d’actifs réels.
4.2 Extinction (Burn)
Lorsqu’une banque centrale restitue des UNIT :
- les jetons sont détruits,
- l’immobilisation des actifs correspondants est levée.
Ce processus assure la neutralité nette du système sur le long terme.
5. Stabilité de la valeur
5.1 Panier de référence
La valeur de l’UNIT est indexée sur un panier comprenant :
- une composante significative d’or physique,
- un ensemble de devises représentatives des économies participantes.
Des règles de pondération maximales sont prévues afin d’éviter toute concentration excessive sur une devise unique.
5.2 Corridor de fluctuation
Un mécanisme de corridor de prix est intégré :
- les écarts limités sont tolérés,
- des ajustements automatiques de coûts d’émission et d’extinction contribuent à stabiliser la valeur autour du panier.
Aucune intervention discrétionnaire n’est requise.
6. Infrastructure technique
Le BSN repose sur une technologie de registre distribué permissionné, caractérisée par :
- validation par les banques centrales participantes,
- finalité rapide des transactions,
- transparence du registre pour les autorités compétentes.
Le modèle de consensus est conçu pour combiner :
- efficacité opérationnelle,
- sécurité cryptographique,
- gouvernance multilatérale.
7. Gouvernance
La gouvernance du BSN repose sur :
- un conseil des banques centrales participantes,
- des règles de décision à super-majorité qualifiée,
- une pondération reflétant à la fois l’engagement en collatéral et l’activité de règlement.
Les évolutions du protocole sont soumises à des procédures formalisées garantissant la stabilité et la prévisibilité du cadre.
8. Gestion des risques
Les principaux risques identifiés (opérationnels, juridiques, de valorisation) sont atténués par :
- l’absence de bilan central,
- la collatéralisation intégrale,
- la localisation nationale des actifs,
- la séparation stricte entre infrastructure et politique monétaire.
Le BSN n’élimine pas les risques macroéconomiques globaux, mais vise à réduire les risques de règlement et de liquidité transfrontalière.
9. Conclusion
Le BRICS Settlement Network constitue une infrastructure de règlement multilatéral complémentaire, conçue pour renforcer la robustesse du système international de paiements.
En fournissant un mécanisme de règlement direct, collatéralisé et multilatéral, le BSN offre une option opérationnelle supplémentaire aux banques centrales, en particulier dans des environnements caractérisés par une volatilité accrue ou une fragmentation des flux financiers internationaux. Dans un contexte où l’architecture monétaire héritée de l’après-1971 montre des signes d’épuisement structurel, le BSN constitue une réponse pragmatique, non idéologique, à un monde devenu durablement multipolaire.
- Source : Mondialisation (Canada)















