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Lundi, 15 Avr. 2024

Robert Badinter : au-delà de l’icône, un héritage en question

Auteur : Yoann | Editeur : Walt | Lundi, 12 Févr. 2024 - 15h23

La nouvelle du décès de l'ancien garde des Sceaux, Robert Badinter, survenu le 9 février à l'âge de 95 ans, a suscité diverses réactions au sein de la société française. Pour certains, il incarne le symbole d'une justice humanisée, marquée par l'abolition de la peine de mort et d'autres réformes progressistes. Cependant, pour d'autres, le bilan de Badinter est teinté d'ambiguïtés et de controverses qui ne sauraient être ignorées.

Les actions de Badinter : une vue critique

Robert Badinter est indéniablement associé à des avancées législatives majeures, telles que l’abolition de la peine de mort en France. Cependant, il est essentiel de reconnaître que derrière cette figure emblématique se cachent des choix et des actions discutables, voire condamnables.

Badinter, en tant que Garde des Sceaux puis président du Conseil constitutionnel, a été le fer de lance de politiques pénalistes et migratoires qui ont profondément marqué la France contemporaine. Sous sa gouvernance, le système judiciaire français a été imprégné d’une culture de l’excuse, affaiblissant ainsi la perception de la justice comme garante de l’ordre et de la sécurité pour tous les citoyens. 

Une justice affaiblie :

L’abolition de la peine de mort aurait pu être une occasion de renforcer la fermeté de la justice en France. Au lieu de cela, elle a souvent été perçue comme un signal de faiblesse, alimentant les critiques sur une justice laxiste et déconnectée des réalités du terrain. L’absence de peines réelles de perpétuité a conduit à des situations absurdes où des criminels notoires bénéficient de privilèges en prison, aux frais des contribuables.

De plus, les actions de Badinter en faveur de certains criminels notoires, dont des meurtriers d’enfants, suscitent légitimement l’indignation et remettent en question l’intégrité de sa vision humaniste. En épargnant la peine capitale à des individus ayant commis des crimes odieux, Badinter a trahi la confiance du peuple français et sapé les fondements mêmes de la justice.

Verser des larmes ou poser des questions :

Ainsi, face aux hommages unanimes rendus à Robert Badinter, il est impératif de ne pas occulter les zones d’ombre de son héritage. Si certaines de ses actions ont indéniablement contribué au progrès de la société française, d’autres soulèvent des questions légitimes quant à leur légitimité et à leur impact sur la sécurité et le bien-être des citoyens.

Certains refusent de verser des larmes devant la dépouille d’un homme dont les choix ont parfois trahi les valeurs fondamentales de justice et de responsabilité. Au lieu de cela, ils réservent leur empathie et leur compassion aux victimes oubliées de ces politiques, à ceux qui ont payé le prix de la clémence envers ceux qui ont choisi de faire le mal.

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Grâce à Badinter, Nordahl Lelandais va être papa !

L’assassin de la dissuasion n’est plus

À Robert, la France des victimes pas très reconnaissante... On pourrait graver cette épitaphe sur la tombe de Robert, mais en cette période de commémorationite communautaire aiguë, ça la foutrait mal.

La presse fond en chaudes larmes, les pleureuses professionnelles crient le nom de Robert, qui s’est éteint à 95 ans d’une vie de barreau et de politique bien remplie. Beaucoup n’ont pas eu la chance de vivre 100 ans, surtout les victimes des assassins que Robert a défendus.

Oh, ce n’était pas sa faute, la France des crimes dégueulasses, mais depuis que la peine de mort n’existe plus, eh bien on remarque une barbarisation des crimes. Un violeur prend 10 ans et il en fait 4, un meurtrier prend 30 ans et au bout de 15 il demande sa libération... 

Que voulez-vous, c’est l’humanisme social-démocrate qui veut ça. On n’a pas dit que la guillotine empêchait les assassins de passer à l’acte, non, mais elle en dissuade d’autres. C’est comme la bombe atomique : t’en fais péter quelques-unes dans le désert ou dans l’océan, et le message passe, surtout chez les voisins qui seraient tentés de mettre un pied sur ton territoire.

La guillotine, c’est pareil. Ça n’a jamais empêché un tueur en série de commettre ses crimes, pour eux y a rien à faire, ils sont fabriqués (ou déglingués) pour tuer, mais ça fait réfléchir ceux de l’étage d’en dessous, qui ont légèrement plus de jugeote que de pathologie ou de sadisme.

Et donc, à l’occasion de la mort de l’assassin de la dissuasion française en matière de crimes de tous ordres, nous allons rediffuser l’article sur l’ordure Patrick Henry.

Pour certains, on pense à l’ordure Dutroux, le lynchage aurait eu valeur exemplaire. Mais ce sont méthodes barbares, nous dit-on dans l’oreillette, donc on s’en remet à la loi. Mais qui fait les lois, et pour qui ? Les cyniques diront qu’elles sont faites par les dominants pour entretenir leur domination sur les dominés, tout simplement.

Quand ce sont des jeunes filles simples qui sont enlevées, violées et torturées par Émile Louis, après être passées entre les mains de notables satanistes, la justice et la police, souvent paresseuses, parfois corrompues, s’en foutent. Les pauvres, ça se remplace.

Mais quand on s’en prend à un membre de l’oligarchie, alors là, la justice avec un grand J sort ses griffes, son marteau de Thor et cogne fort. 

Quand on pense à tous ces pédocriminels en liberté, pire, morts sans avoir été inquiétés... Allez, sans rancune Robert, Patrick Henry t’attend en enfer, on verra pour le Panthéon si c’est jouable... Mais avant cela, comme c’est jour à marquer d’une pierre blanche, le cadeau !

Le chapitre « Peine de mort » de l’Abécédaire de la bêtise ambiante !

Qu’a changé l’abolition de la peine de mort en France dans la vie des gens ?

À part celle de deux criminels endurcis et trois psychopathes passés de morts pour de bon à emmurés vivants, rien. Pour les quelque cinquante-neuf millions restants, elle a eu moins d’incidences concrètes que la suppression de la vignette. Le mondain et le con de gauche s’offusqueront bien sûr qu’on ose prendre un si puissant symbole pour un détail, tout en se gardant bien de pousser l’indignation jusqu’à voir derrière ce symbole de gauche, la gauche réduite au symbole... Un cache-misère pour avocat d’affaires en manque de supplément d’âme (Robert Badinter) qui, comme nous allons le voir, n’obéit pas forcément à une logique de progrès social.

1) La peine de mort traditionnelle qui se justifiait paradoxalement par la sacralité de la vie, le « Tu ne tueras point », était, comme l’inceste, un interdit intransgressable qui valait à l’assassin son exclusion radicale de la communauté humaine, à la suite d’un cérémonial public dont l’emphase (place de Grève, bourreau, guillotine...) n’était pas sans respect, comparé à l’emmurement vivant actuel ou la piquouse honteuse pratiquée outre-Atlantique.

Une peine de mort qui menaçait en fait si peu de gens qu’elle aurait dû être la dernière des mesures d’urgence (après le partage du travail et des richesses, la santé, l’éducation, le logement, les places de crèche...) d’un gouvemement de gauche authentique. Elle fut la première sous Mitterrand.
À cette peine de mort faisait face :

2) l’abolitionnisme religieux qui, posant la question de savoir si une communauté humaine peut se substituer à Dieu en ôtant la vie, retournait le « Tu ne tueras point » contre elle-même ; un abolitionnisme de droite logiquement opposé aussi à l’avortement. Face à cet abolitionnisme de droite,

3) l’abolitionnisme progressiste prônait sa logique humaniste du crédit dont doit bénéficier tout être humain - toujours amendable et d’abord victime de son milieu ; un abolitionnisme marxiste dégénéré aujourd’hui en ce laxisme de culpabilité prôné par les petits puceaux gauchistes du syndicat de la magistrature.
Abolitionnisme de gauche qu’il ne faut pas confondre avec :

4) l’abolitionnisme bourgeois, pour qui, hors du profit, plus rien n’est sacré, ni la mort ni la vie, et qui permet au « bo-bo » de trouver criminel d’ôter la vie à un ignoble assassin, mais normal de l’ôter à un futur bébé innocent : d’être à la fois, sans que ça lui pose le moindre problème, contre la peine de mort et pour l’avortement.

Abolitionnisme du « tuer en douce », typique de la mentalité bourgeoise qui aime semer le vent mais pas récolter la tempête (on l’a vu récemment avec Ben Laden), et qui a vu les peines pour homicides aggravés passer en moyenne de seize à vingt-trois ans.
Abolitionnisme bourgeois utilisé aujourd’hui comme :

5) simulacre de gauche (quincaillerie « droit de l’hommiste », bonnes œuvres) pour cacher, sous l’emphase lyrico-symbolique, l’abandon du progressisme concret, celui qui ne devait pas sauver la tête d’une poignée : d’ordures, mais améliorer la vie des petites gens.

Simulacre de gauche dont se passe carrément aujourd’hui l’Amérique post-reagannienne - notre modèle et notre avenir - qui réintroduit peu à peu la peine de mort sous la forme parfaitement désacralisée et dépassionnée de :

6) l’eugénisme, une élimination des losers qui ne concerne plus quelques monstres comme chez nous, pour qui la guillotine jusqu’à Badinter était la statue du commandeur, mais des jeunes paumés noirs par centaines, éliminés du grand jeu du « pas vu pas pris ».
Une extension de la logique libérale qui banalise la mort, celle des victimes ici, celle des criminels ailleurs ; une désacralisation globale à laquelle participe aussi la vogue de la crémation (passée en vingt ans de 1 à 20 %) et dont le but, à terme, est de rendre l’espace urbain dévolu aux cimetières à la spéculation imrnobilière...

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Interrogé sur la peine de mort aux USA, Badinter (2 jours avant le massacre du Bataclan !) considérait qu’elle était une « torture ». Or, la torture, c’est bien la prison à vie, pour le cas des pires criminels. La preuve, ceux qui attendent des années dans le couloir de la mort. 

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Patrick Henry, portrait of a serial killer... tué dans l’œuf ?

Le Président François Hollande a refusé le 11 juillet la demande de grâce de Patrick Henry, après 11 ans de prison (2003-2014) pour rechute pendant une libération conditionnelle, qui ponctuaient 24 ans de « perpétuité » (1977-2001). La question de l’enfermement se pose régulièrement. Tout le monde, expert ou pas, se casse la tête sur ce problème : pourquoi punir, comment punir. Et comment ne pas punir ?

 

L’avocat Robert Badinter a gagné en transformant le procès de Patrick Henry, l’assassin du petit Philippe Bertrand (8 ans à jamais), en procès de la peine de mort. Cela fait donc près de 40 ans que la prison conserve un type « falot », selon les propres mots de Badinter, un prisonnier qui a prouvé à plusieurs reprises qu’il était toujours aussi pervers. L’intérêt ? Aucun. Pourtant, une seule chose serait intéressante : comment cet ambitieux frustré de 23 ans, déclaré « normal » par tous les spécialistes de la justice et de la psychiatrie, a pu étrangler un enfant contre une rançon d’un million, alors qu’il n’avait aucune chance de s’en sortir, multipliant les aberrations ? Retour sur une affaire incompréhensible, à partir des témoignages réunis dans l’émission de Christophe Hondelatte, Faites entrer l’accusé.

Notre intelligence voudrait une explication rationnelle, mais ce ne sera pas l’enfance malheureuse : selon Roger Gicquel, c’est « un homme comme vous et moi ». Patrick était attiré par l’argent (comme presque tout le monde), révèle le journaliste Jean-Pierre About. « Il voulait sortir de sa condition. » Et flashait sur la Jaguar du grand-père Bertrand, une des 10 fortunes de Troyes. Endetté, Patrick doit trouver de l’argent. Et le seul débouché que cette nature faible trouve, c’est le débouché criminel, selon son premier avocat. « Il sacrifie un enfant pour de l’argent », résume Hondelatte. Cynique, l’assassin part en vacances, sort en boite, répond aux interviewes télé, alors que le garçon est enroulé, mort, dans un tapis, sous le lit, dans la chambre d’une pension de famille. « Ça fait mal au cœur, pour les parents, et surtout pour le petit garçon. On souhaite un dénouement rapide pour les parents, de toute cette affaire. Je m’efforce de penser qu’il soit vivant », ose déclarer Patrick Henry à Europe 1.

La justice ne comprend pas le vice

« Je souhaite que l’assassin soit retrouvé, bien sûr vivant. »

Or Patrick a un casier judiciaire : en 1976 il est connu de la justice pour trois cambriolages en tant que représentant de commerce. À chaque fois les casses sont suivis d’incendies, et il laisse la trace de sa DS (il rend toujours au préalable visite à ses victimes). Mis en examen, il bénéficie d’autant de non-lieux. Les victimes font appel, mais les non-lieux sont confirmés. Il ment avec aplomb. Un week-end, il tue un motard avec une voiture de fonction. « Accident », mais Patrick sera condamné à trois ans d’interdiction de permis. Il écrit à Giscard, et le Président de la république réduit sa peine à 18 mois. Dernière « petite » affaire : bossant au guichet d’une banque, il vole un chèque et va dans une autre agence toucher le chèque qu’il a rempli lui-même : 15 mois de prison avec sursis pour « vol et faux en écriture ». Dans le grenier des grands-parents de Patrick, on retrouvera armes, chéquiers, et bijoux volés. En 1976 les fouilles prouvent qu’il était bien voleur et incendiaire. La justice n’a pas d’explication. Et si c’était le vice ? C’est-à-dire le goût du mal, comme il existe le goût du bien ?

Quand les avocats et les policiers s’interrogent sur la préméditation, l’avocat général Fraisse avance avec raison que le petit garçon assassiné connaissait Patrick : l’issue fatale était inéluctable. Personne n’ayant entendu de bruit dans la pension de famille des Charmilles, l’enfant a probablement été assassiné dès le premier jour de l’enlèvement. Car « il pleurait trop », selon les propres mots de Patrick.

« À croire que quand on aura liquidé un criminel, on en aura fini avec le crime… On brûlait ceux qu’on considérait comme des sorciers… pour en finir avec le Malin », hurle Me Badinter lors de sa plaidoirie.

Patrick Henry victime de l’idéologie « mortifère » dominante ? Quand on relit l’argument à froid, comparer un individu sordide pétri de vices (mensonge, vol, incendie, meurtre), avec les victimes innocentes du totalitarisme religieux… Mais il faut croire que les jurés sont plus émotifs que lucides.

 

La critique qu’on peut faire de la guillotine, n’est pas de « couper un homme en deux », ce qui arrive tous les jours dans les accidents de voiture, mais d’éliminer le « salaud » sans comprendre ses actes, une faute en terme de connaissance… des criminels et du crime. Et donc de prévention. Pas plus que la guillotine, la prison n’est faite pour comprendre, ça se saurait : c’est un frigo, un frigo à asociaux plus ou moins dangereux, c’est tout. On gèle provisoirement le danger pour la société. La menace directe pour les gens dits normaux est neutralisée par une coupure relationnelle, point à la ligne. On n’étudie pas le vice, bien que récemment, le portrait du pervers narcissique (PN) commence à se diffuser, grâce aux réseaux sociaux, parmi les non spécialistes, victimes actuelles ou potentielles. Il y a un vide informationnel, et a fortiori juridique, à ce niveau. Il faut dire que les vices de Patrick Henry correspondent dangereusement aux qualités nécessaires pour « réussir » dans une société basée sur l’argent et le paraître. Son rêve d’élévation sociale rapide finira en cauchemar national.

« Du jour où vous supprimez le mal, vous en faites autant du libre arbitre. Il est absolument nécessaire d’avoir à choisir, et cela ne peut être qu’entre le bien et le mal. Sans choix, fini l’humanité. On devient autre chose. Ou alors, on est mort. » (Anthony Burgess)

Comme quoi on peut être un brillant écrivain et écrire des conneries, même si sa femme a été assassinée. Autre chose, c’est forcément l’humain post-conscient, qui admet être dirigé par des lois intérieures et extérieures que les autres préfèrent ignorer. Des autres, prisonniers de leur ignorance, prisonniers d’eux-mêmes et de leurs autres. Personne ne choisit le bien ou le mal : pour simplifier, nous dirons que le comportement de chacun est déterminé par sa teneur en Bien et Mal. Si le Bien domine, le Mal pourra être contrôlé, ou battu. Mais si le Mal domine, son hôte finira immanquablement, malgré les interdits sociaux et sa morale personnelle, par faire du mal. À soi ou aux autres.

 

Ainsi, les jurés ont autorisé Patrick à vivre un demi-siècle de plus, sans bénéfice apparent pour la société. Le monstre est resté en prison, donnant des gages de rédemption, les parents sont restés enfermés dans la prison de leur peine, Badinter est devenu ministre de la Justice, on nage en pleine absurdité. Les jurés ont-ils écouté Badinter ou ont-ils épargné un type comme eux, normal ? D’apparence normal... On n’ose imaginer, si ça avait été un marginal, un Arabe !

Et si Patrick Henry avait juste poussé à leur paroxysme les vices du petit bourgeois moyen ?

Quand l’intérêt personnel n’a pas de limite morale et ne s’embarrasse pas des autres, ces derniers deviennent des obstacles ou des tremplins : en l’occurrence, l’enfant, qui devait propulser Patrick dans l’opulence (les années 70 sont celles des enlèvements célèbres), était devenu un obstacle. Dans ce cas, faire le procès de la société est impossible. Une société ne changera pas pour un crime. C’est un individu aux tares communes, sur lesquelles il a moins de contrôle que ses semblables, qui sert d’exemple… Patrick Henry est sauvé d’une courte voix sur les neuf jurés civils et trois magistrats. Les larmes de l’accusé font pleurer la salle.

« Dans l’émotion générale, le président Segols dit : “Patrick, j’espère que vous vous rendez compte de la mansuétude du tribunal et que vous ne nous décevrez pas.” Patrick balbutie avec un air de naufragé : “Je ne vous décevrai pas, monsieur le Président.” 

Le président du tribunal : “Mais, après votre crime, vous avez recommencé à vivre comme si de rien n’était. Puis vous avez encore demandé la rançon alors que l’enfant était mort depuis de longs jours ? […] Pourtant, vous n’avez pas le fameux chromosome. On a vérifié”.

D’une façon presque naïve, il venait de définir toute l’angoisse de la justice contemporaine. » (L’Express du 24 janvier 1977)

Sept psychiatres se cassent les dents sur le cas PH, et rendent leur conclusion : désespérément « normal ». C’est cette normalité qui le sauvera, et aussi la conviction religieuse des jurés, après une intervention de l’évêque.

 

Condamné à une peine à perpétuité, Patrick découvre le QHS, d’abord à la maison d’arrêt de Chaumont. Sœur Marie-Réginald, qui le trouve intelligent, l’accompagne pendant toute sa scolarité : « Je crois qu’il a épuisé la bibliothèque de la prison. » Tous les gardiens assurent qu’au bout de 15 mois de QHS, on sort de là « dérangé ». Or Henry s’en sort par la lecture… des classiques : « J’ai trouvé un monde que je ne connaissais pas ».

Il reprend tout à zéro – à partir de son niveau scolaire de 5ème – passe un bac et une licence en maths, se reconstruit. Grâce à ses connaissances en informatique, il devient responsable d’une imprimerie au cœur de la détention. L’imprimeur lui assure un emploi à sa sortie. Par le jeu des remises de peine, le condamné est en droit de demander une libération conditionnelle à partir de sa 15ème année de prison, mais subit six refus, malgré un « avis très favorable » : le Garde des Sceaux mettait toujours son veto en dernier. « Il en pouvait plus », révèle la Sœur, qui qualifie en 2001 son parcours de « vraie rédemption ». « Il commence à douter, il se voit finir sa vie derrière les barreaux. Lentement, il sombre dans la dépression », poursuit Hondelatte.

Jacques Toubon refuse. En 2000, Elisabeth Guigou (la ministre qui oublie les cd-rom dans les tiroirs) hésite pour la conditionnelle, pour la bloquer le 10 juillet 2000. C’est finalement Me Thierry Lévy, l’avocat de toutes les libertés, qui obtiendra la fameuse libération, lui qui croit aussi en la rédemption :

« Il a condamné cet acte comme quelque chose qui n’était pas justifiable en aucune façon… La prison tue davantage de gens physiquement et moralement que… la peine de mort ».

Le 15 mai 2001, Patrick Henry est libre, 26 ans après son incarcération. L’imprimeur qui intègre le meurtrier repenti dans son entreprise reçoit 600 lettres de menaces et d’insultes. Un an plus tard, celui qui assurait en 1977 « vous ne le regretterez pas », est interpellé en Espagne avec 10 kilos de cannabis, sa conditionnelle est annulée, il retourne en prison. Le documentaire se termine sur cette information laconique.

 

Pourtant, tout l’intérêt de cette histoire se situe là : peut-on aller contre sa nature, contre le vice ? Contre le vol, le mensonge, la duplicité, le cynisme, l’avidité, la cruauté, le meurtre, qui sont, au fond, des maladies de l’être ? Comment Sœur Marie-Réginald, prof de maths en prison et militante d’Amnesty International, a-t-elle pu ne rien voir ? A-t-elle été aveuglée par l’amour du maudit, comme elle l’appelle ?

Patrick Henry était-il un serial killer en herbe ?

Il en avait en effet le pedigree, arrêté au premier, voire au second crime, si le motard était son premier. La Sœur, effondrée lors de la rechute, n’est pas la seule à s’être fourvoyée. L’avocat général Emile-Lucien Fraisse, celui-là même qui avait demandé la mort, croit au changement :

« J’ai vu la transformation se faire… Patrick Henry n’est pas le même homme après 25 ans… »

André Vallini, le député PS de l’Isère qui faillit être le garde des Sceaux du Président Hollande, estime de son côté, dans l’émission Mots croisés d’Yves Calvi le 14 avril 2008, que si Fourniret sort un jour, ce sera une preuve que la justice fonctionne, et que les hommes sont récupérables :

« Qui vous dit que cet homme ne sera pas éventuellement susceptible d’être remis sous surveillance éventuelle, sous surveillance éventuelle, dans la société ? » 

« Ce n’est pas un autre homme »

Seul Charles Pellegrini, l’ancien chef de l’OCRB (Office central de répression du banditisme), ne croit pas au changement, comme l’inspecteur général incarné par Paul Amiot dans le tragique et fatal Cercle rouge, de Jean-Pierre Melville. Alors éditeur, Guy Birenbaum raconte qu’il reçoit Patrick Henry, qui veut lui vendre un livre sur la prison, mais pas sur le meurtre. Il demande de l’argent, beaucoup d’argent, « des sommes considérables ». Dans Paris Match, en avril 2002, il annonce qu’il veut s’acheter une maison avec un système de surveillance.

« Il n’avait nullement besoin de voler, plaide son avocat, Me Thierry Lévy. Nous cherchons ensemble une explication. Il y en a sûrement plusieurs ». (Libération, 19 juillet 2002)

Quand Patrick Henry tombe pour vol d’un produit à 530 francs, soit 81 euros, qu’il remboursera, cette même année 2002, Thierry Lévy n’y croit d’abord pas :

« Je l’ai eu au téléphone. Maintenant je cherche des explications, nous les chercherons ensemble. Il y en a probablement plusieurs ».

Une explication :

« Quand on a fait 25 ans de prison, on ne peut pas être un homme heureux ».

(En même temps, quand on ne tue personne, on ne fait pas 25 ans de prison.) Si le vol était le fruit du malheur, alors pourquoi tous les malheureux ne volent-ils pas ? Quel est le facteur déclenchant ? Doit-on évoquer le combat entre le Bien et le Mal en chacun de nous ?

« J’étais aussi parfaitement lucide quand j’ai monté le scénario, lucide quand j’ai opéré pour la remise de la rançon. Mais je ne peux absolument pas comprendre le mécanisme qui s’est produit en moi lorsque je l’ai étranglé. Je n’ai jamais ressenti la moindre pulsion criminelle. (...) Mais, lorsque la nuit le gamin s’est mis à trépigner et à réclamer son père, je l’ai étranglé avec un foulard ; une impulsion, deux minutes plus tôt, je n’y pensais pas. C’est donc vrai que je vis dans l’ignorance de ce mystère de ma nature… » (Patrick Henry à Frédérique Lebelley, Tête à tête, Grasset, 1989)

Pellegrini ne croit pas à ce mystère :

« Il a fait preuve, en outre, d’un caractère calculateur, d’un sang-froid et d’un cynisme que j’ai rarement rencontrés dans ma carrière ». (L’Express, le 8 juin 2000)

 

Le tueur/voleur/dealer, de sa prison espagnole, confiera à L’Express, avant son extradition :

« Rien ne justifiait ce geste stupide. J’ai risqué ma liberté parce que j’ai eu la flemme d’aller chercher de l’argent dans ma voiture, qui était garée à 300 mètres sur un parking ! »

Car trois mois après son premier vol d’homme libre, il est interpellé en Espagne en possession de 10kg de haschich, d’une valeur de 30 000 €. Thierry Lévy trouve encore une explication humaniste :

« Patrick Henry est un homme qui à bien des égards est tiré d’affaire mais qui présente encore des faiblesses. Il est atteint d’un double syndrome : celui de l’incarcération et celui du vedettariat, et l’on sait que l’un et l’autre sont difficiles à maîtriser ».

Un surveillant du centre de détention de Caen refroidit cet optimisme :

« Il avait un bon dossier de libération conditionnelle, c’est vrai. Mais c’était un manipulateur… Ce qui l’intéressait, c’était l’argent. En détention, il ne fréquentait jamais les indigents. Ses proches, il les choisissait par intérêt. Certains lui cantinaient de la nourriture en échange des services qu’il pouvait leur rendre, grâce à l’imprimerie ».

À sa sortie de prison, l’éditeur Calmann-Lévy lui offre 100 000 € d’à-valoir pour son livre Vous n’aurez pas à le regretter, qui ne sortira pas à cause du premier faux-pas à 81 €. Et dans l’ordinateur que Patrick utilise pour son travail de secrétaire de rédaction, chez l’imprimeur qui l’employait et avait cru en lui, dedans et dehors, les policiers retrouvent des images pédophiles. La totale. 

« Je n’ai pas pleuré et l’on me trouve froid et sinistre. Si j’avais fait le contraire, on m’aurait trouvé lâche. J’ai toujours hésité à montrer ce que je ressens au public, tout se passe à l’intérieur de moi. Je sais mieux que tout le monde combien ce que j’ai fait est affreux et, croyez-moi, je le regrette du fond du coeur. Je demande pardon, j’ai horreur de ce que j’ai fait ». (Le repentir de Patrick Henry)

Si le mal en lui est à l’origine du mal qu’il fait, alors, que faire contre le mal ? Un homme chez qui le mal domine ne peut se soigner seul. Soeur Marie-Réginald, en aimant Patrick, a peut-être désamorcé une partie de son mal. Est-ce la raison pour laquelle, à sa libération, le meurtrier n’a pas tué, mais volé, ce qui se situe nettement plus bas dans l’échelle du crime, ou du vice ? Cependant, s’il avait réussi son larcin, n’aurait-il pas été encouragé à monter un cran plus haut ? Car son goût pour l’argent ne l’a jamais quitté, pour preuve, sa demande délirante de rançon, pardon, de droits d’auteurs, à l’éditeur Birenbaum. Il y a donc là un noyau noir, que la prison ne peut réduire. Bien au contraire. Anne-Marie Marchetti, maître de conférences à l’université de Picardie, qui a beaucoup travaillé sur les longues peines :

« Au-delà d’une certaine durée [15 ans], ça ne sert à rien, les détenus n’évoluent plus. Ils ressortent au contraire plus rusés, plus menteurs, plus manipulateurs ». (denistouret.net )

Si l’on est d’accord avec l’idée que notre société fabrique ses criminels (une famille pathogène avant toute chose en est le berceau) et les entretient par la prison, qui n’arrange rien, il n’empêche que personne ne sait comment traiter le mal, à part en l’enfermant, provisoirement. Et rares sont ceux qui connaissent la rédemption à travers la prison. Éliminer physiquement (peine de mort) ou socialement (prison) le criminel élimine juste l’enveloppe, le porteur de mal. Un mal qui resurgira ailleurs, une fois les mêmes conditions réunies. Et la société, vu la dose monstrueuse d’ignorance qui habite encore les hommes, produit inévitablement du mal. Le mal est la mère de toutes les maladies. Les « malins » ont-ils manqué d’amour ? Pas forcément : Patrick Henry était dorloté par ses parents. Il ne faut pas oublier les « secrets de famille », qui peuvent déstabiliser un enfant alors que tout semble normal… S’il n’y a pas de gène du mal, il y a un comportement de survie qui fait appel au mal, c’est-à-dire au mensonge, au vol, à la violence ou au meurtre. Tous ces vices allant curieusement ensemble, comme s’ils étaient cousins, ou souterrainement attachés.

 

Ce que nous savons des tueurs en série montre la naissance et l’évolution du mal chez un enfant : des conditions initiales qui désaxent, un apprentissage inversé du plaisir, qui fonctionne sur la douleur de l’autre (en commençant par les animaux), soit l’échelle globalement classique trauma/vol/incendie/violence/meurtre. Le lien entre trauma et vol ? Récupérer, à travers les objets de valeur des autres (car le voleur est celui qui n’a étymologiquement aucune valeur), la valeur de soi perdue dans le traumatisme, en général affectif. La personne « maligne » se construit sur l’expérience de la douleur infligée, du pouvoir (sur l’autre) et de la sécurité (douleur à distance) que cela procure. Le plaisir sadique ressenti apportant, lui, un soulagement… provisoire.

Or, partager le mal en vérité le multiplie, comme en parthénogenèse.

Et en infligeant le mal pour en tirer profit ou s’en débarrasser (on exclut le soldat en guerre ou le révolutionnaire en arme), le meurtrier passe de l’autre côté de l’Humanité, une rivière sans retour. Ceux qui ont assassiné le savent, même s’ils devaient le faire. L’assassin (non professionnel) pense toujours qu’il devait le faire. Car une suite de déterminismes implacables mène au meurtre. Et une fois le tabou du meurtre tombé, tout est possible.

Mais s’il existe selon toute probabilité une centaine de tueurs en série en activité, pour qui le meurtre est une solution à un problème matériel, psychologique ou sexuel, les vrais tueurs en série ne sont pas ceux que les médias nous vendent. Les Heaulme, Fourniret et compagnie ne sont que des amateurs, des petits « malins ». Les vrais massacreurs de l’humanité, capables de décider de bombarder un quartier entier, avec des dizaines de petits « Philippe Bertrand », sont protégés, écoutés, décorés ! Il est bon de relativiser, parfois, les faits de société, ces arbres qui cachent des forêts. La douleur ne doit pas aveugler.

« Caïn adressa la parole à son frère Abel ; mais, comme ils étaient dans les champs, Caïn se jeta sur son frère Abel, et le tua. L’Éternel dit à Caïn : Où est ton frère Abel ? Il répondit : Je ne sais pas ; suis-je le gardien de mon frère ? » (Genèse, 4.8 et 9)

 

Avant Freud, il y avait le vice, et la vertu. La femme vertueuse qui fautait tombait toute dans le vice. Il n’y avait pas de demi-mesure. Les êtres étaient faits de bien, ou de mal, jamais des deux. La psychologie moderne a pénétré l’esprit humain avec des combinaisons nouvelles. Chacun devenant un mélange variable de bien et de mal, de vices et de vertus, selon les règles de l’époque, elles aussi variables. Ainsi, la bourgeoise partouzeuse, qui aurait été brûlée au Moyen Âge, est-elle applaudie par la socioculture des années 70. La sorcière est presque devenue sainte. Et ce sont les saintes qui brûlent. Mais au-delà de ces frontières qui fluctuent selon les intérêts d’une société, il reste le vice, à l’origine du mal fait aux autres. Lui est toujours là, depuis le début de l’histoire humaine, tapi dans l’ombre, comme le Diable. Serait-ce le descendant de notre ancestral instinct de survie, celui du prédateur pré-humain affamé, égoïste, terrorisé, cruel, violent, meurtrier ?

Nécessaire dans un environnement naturel brutal, l’est-il encore dans un univers humain civilisé ?

« J’en suis convaincu, on ne peut réduire l’explication du génocide à des mobiles politiques, des raisons économiques, ni même des rivalités ethniques. Il y a une sorte d’insondable « mystère du vice » dans une telle inhumanité commise par des humains. Une haine qui vient d’ailleurs, une inspiration secrète qui dépasse nos catégories mentales et nos capacités d’analyse. On doit affronter, en abordant ce continent obscur, l’énigmatique puissance du mal. C’est elle qu’on frôle dans le récit de mon destin, comme dans la tragédie de mon peuple. En Afrique, les chrétiens disent que « le diable attaque là où Dieu veut bénir ». Peut-être ont-ils raison. Car nul, ici-bas, ne pourra m’expliquer de façon convaincante comment le paradis terrestre est devenu, en quelques mois, le chaudron du diable. A cause de quel péché, à la suite de quelle malédiction ? » (Révérien Rurangwa, Génocidé, Presses de la Renaissance, 2006)

E&R


- Source : Le Média en 4-4-2

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