Pourquoi la baisse du trafic des sites d’information atteint près de 25% en un an
Alors que la vague exceptionnelle de «pics de chaleur» et d’incendies de forêts aurait a priori dû amener de nombreux internautes à s’informer, les 40 plus importants sites d’information français ont vu chuter leur trafic de près de 20% en août, et de 10 à plus de 50% en un an. Le lancement par Google de ses «aperçus» de réponses générées par IA, et son algorithme de recommandation de contenus Discover, sont pointés du doigt. L’Alliance de la presse d’information générale a saisi l’Autorité de la concurrence, au motif que Google ne respecte toujours pas ses engagements pris envers la presse en 2022, ce qui lui a déjà valu 750M€ de sanctions.
Alors que la fréquentation des sites et applications de l’ensemble des marques numériques recule de 4%, relève Le Monde, celle des marques d’actualités chute, elle, de près 23% en un an. Le chiffre émane du dernier classement des marques numériques de l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM), le tiers certificateur des sites et applis d’information en France.
The Media Leader l’a en effet comparé avec celui de septembre 2025 sur un panel de 40 médias, dont le trafic totalise 1,70 milliard de visites, contre 2,14 milliards un an plus tôt, soit un recul de 20,8%. Si leurs applications ne reculent que de 9,4%, leurs sites web le sont de près de 23%, avec de grandes disparités.
Ici (ex France Bleu, le réseau local de Radio France) voit ainsi son trafic chuter de — 55,8% (du fait du changement de nom de domaine de francebleu.fr à ici.fr, plaide sa direction), mais son application progresse de 21,8%. Les consultations de franceinfo.fr baissent quant à elles de 32,9%, ses applis de 9,9%. LeParisien.fr recule de 43,5%, et ses applis 19,3%.
Deux autres sites perdent plus de la moitié de leur trafic : LePoint.fr (- 57,5%) et Marianne.fr (- 51,7%), L’Express et La Provence se contentant de n’en perdre respectivement que — 43,8% et — 42,9%.
En tête des marques d’information, Ouest-France totalise 191,9 millions de visites (- 9,6%), et monte à la 3e place du classement général, «grâce à l’agrégation services hors infos (annonce, shopping, TV, podcasts…)», souligne The Media Leader. Le fait que les articles générés par IA de plusieurs de ses verticales thématiques soient boostés par l’algorithme Discover de Google y contribue aussi probablement. Suivent Le Figaro, avec 167,2 millions (- 21,8%), et Le Monde, avec 151,9 millions (- 19,6%).
«Le bain de sang du trafic des sites d’information»
Sur X.com, le spécialiste des médias en ligne Emmanuel Parody évoque un «bain de sang du trafic des sites d’information», la quasi-totalité des chiffres accusant une baisse de plus de 10%. Alors que plusieurs pointent du doigt le lancement en France des «aperçus» de réponses générées par IA (AI Overviews) par Google le 22 juillet dernier, dont on sait qu’ils ont affecté le trafic des sites de médias dans de nombreux pays, d’autres tempèrent, avançant d’autres explications. D’autant que les aperçus IA concernent surtout les recherches «froides», et moins l’actualité «chaude», et qu’une mise à jour anti-spam déployée par Google au même moment pourrait brouiller l’analyse…
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Médias mainstream : les propagandistes perdent jusqu’à 57 % de visites, le contribuable continue de payer
Champagne ! La grande presse française prend l'eau, et ce ne sont pas quelques gouttes. En un an, les sites d'information ont perdu près de 23 % de leurs visites. Le Point, Marianne, L'Express, Libération, Franceinfo ou BFMTV : les chiffres sont particulièrement cruels pour ces médias qui prétendent expliquer quotidiennement aux Français ce qu'ils doivent penser. Et pendant que les internautes désertent, l'argent public continue de couler. Une belle leçon d'indépendance à la française.

Le Point, Marianne, L’Express : la grande débandade médiatique
Les chiffres publiés en octobre 2026 à partir des données de l’ACPM sont délicieux. Sur un panel de 40 médias français, les visites des sites internet ont reculé de 22,9 % entre septembre 2025 et septembre 2026.
Voici le palmarès de cette débâcle :
- Le Point : -57,5 %
- Marianne : -51,7 %
- L’Express : -44,7 %
- Le Parisien : -43,5 %
- Libération : -34,4 %
- Franceinfo : -32,9 %
- BFMTV : -28,6 %
Le Point perd ainsi plus de la moitié de ses visites. À ce niveau, ce n’est plus une baisse d’audience, c’est un déménagement sans laisser d’adresse.
Au total, le panel est passé de 2,14 milliards de visites à 1,70 milliard, sites et applications confondus. Soit 440 millions de visites envolées en douze mois. Pour des médias habitués à distribuer les bons et les mauvais points, voilà une correction qui mérite presque une cérémonie officielle.
Après des années de propagande présumée, les Français changent-ils de chaîne ?
Il faut reconnaître un talent à cette presse : avoir transformé une partie du journalisme politique en concours permanent de commentaires, de leçons de morale et de certitudes distribuées depuis les plateaux de télévision.
Pendant les années Covid, les opposants aux politiques sanitaires ont souvent été accueillis à coups d’étiquettes infamantes. Sur l’Union européenne, la Russie ou Emmanuel Macron, le spectateur critique peut également avoir l’impression de retrouver les mêmes réflexes et les mêmes invités d’une émission à l’autre.
Les défenseurs du pluralisme médiatique pourront toujours expliquer que toutes ces rédactions sont indépendantes et différentes. Sans doute. Mais leurs éditorialistes gagneraient parfois à échanger leurs prompteurs : les téléspectateurs ne verraient pas forcément la différence.
Le système médiatique et ses prétentions à détenir la vérité avaient déjà fait l’objet de critiques dans nos colonnes.
Alors, faut-il se réjouir de cette chute ? Voir reculer l’influence des grands donneurs de leçons n’a rien de déplaisant.
L’intelligence artificielle accusée : le bouc émissaire parfait
Pour expliquer le naufrage, les médias ont déjà trouvé un suspect : Google et ses résumés générés par intelligence artificielle, arrivés en France en juillet 2026.
Il est vrai que ces résumés peuvent répondre aux internautes sans les obliger à visiter les sites. Les applications des médias résistent d’ailleurs mieux, avec une baisse de 9,4 % à périmètre comparable.
Mais l’ACPM elle-même prévient qu’on ne peut pas isoler l’effet de cette nouveauté. Modifications des moteurs de recherche, actualité moins exceptionnelle qu’en septembre 2025 et évolution des habitudes jouent également.
Accuser uniquement Google serait donc un peu facile. Reste une question que les plateaux télévisés auront peut-être moins envie de traiter : et si une partie du public en avait tout simplement assez de leurs sermons ?
475 millions d’euros : quand les lecteurs partent, l’État reste fidèle
Voici la partie la plus croustillante. Pendant que les audiences numériques s’effritent, le contribuable participe toujours au financement de la presse.
Selon les chiffres officiels du ministère de la Culture, les aides publiques à la presse représentaient en 2024 :
- 175,2 millions d’euros d’aides directes, dont 23,4 millions pour le pluralisme, 130,1 millions pour le transport et la diffusion et 21,7 millions pour la modernisation.
- 119 millions d’euros d’avantages fiscaux liés au taux réduit de TVA.
- 181 millions d’euros d’avantages postaux estimés.
Soit 475,2 millions d’euros d’aides directes et indirectes pour l’année 2024. Précisons qu’il s’agit du soutien à l’ensemble de la presse, et non exclusivement aux médias dont les audiences s’effondrent.
Libération et Marianne figurent parmi les titres bénéficiant des aides au pluralisme. En 2023, Libération avait notamment perçu 6,32 millions d’euros d’aides individuelles, comme le rappelait notre enquête sur les subventions à la presse.
Le spectacle reste savoureux : des groupes détenus par de grandes fortunes, des rédactions qui revendiquent leur indépendance et un État appelé à soutenir économiquement le secteur.
On peut subventionner un journal, pas obliger les Français à le lire
Le meilleur arrive peut-être maintenant. Ces grands médias peuvent multiplier les éditoriaux, les vérifications de faits, les experts autoproclamés et les accusations contre leurs détracteurs. Ils ne peuvent pas forcer les internautes à cliquer.
Le recul des visites ne signe pas leur disparition, et les causes de cette chute sont multiples. Mais ceux qui dénoncent depuis des années l’uniformité du discours médiatique ont au moins une raison de sourire.
Les rédactions peuvent continuer à distribuer des leçons. Le public, lui, conserve encore une liberté : celle de ne plus venir les écouter.
Et si les audiences continuent de s’effondrer, une solution reste à imaginer : une nouvelle subvention publique pour financer les clics manquants. Après tout, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?
- Source : Next INpact












