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Dimanche, 25 Oct. 2026

Comment les colons israéliens rendent la vie impossible aux chrétiens de Taybeh

Auteur : Léo Kersauzie | Editeur : Walt | Jeudi, 08 Oct. 2026 - 00h44

Des colons ont de nouveau envahi les oliveraies de Taybeh, le dernier village palestinien entièrement chrétien, et ont volé les olives. Le curé de la paroisse implore la protection de cette récolte, qui représente bien plus que de l’huile.

Vol des dernières ressources des chrétiens palestiniens de Taybeh

Les olives que les familles chrétiennes de Taybeh espéraient récolter cet automne ont commencé à disparaître des arbres avant même la récolte. Le 4 octobre, des colons juifs ont pénétré dans des oliveraies privées à l’est de la ville, les dernières de Cisjordanie entièrement habitées par des chrétiens, et ont cueilli une partie importante des fruits encore présents sur les branches. C’est ce qu’a rapporté le curé de la paroisse, le père Bashar Fawadleh, dans un communiqué.

« La situation exige une intervention immédiate et une protection efficace, surtout en cette période de récolte », a averti le prêtre. Dans son homélie dominicale, il s’est adressé aux fidèles, et aux jeunes en particulier, les exhortant à ne pas céder à la peur.

L’alerte lancée par le curé de Taybeh intervient quelques heures seulement après la mort de deux femmes chrétiennes à Gaza.

Zone militaire fermée, mais pas pour les colons israéliens

Le père Bashar Fawadleh raconte que, dès le petit matin et tout au long de la journée, des colons rôdaient autour des terres agricoles à l’est de Taybeh, pénétraient dans les oliveraies privées et récoltaient les olives des familles locales. Ces incursions se produisaient malgré le fait que la zone ait été officiellement déclarée zone militaire fermée, une mesure destinée à protéger la ville et à prévenir de nouvelles attaques.

« Cependant, alors que les résidents locaux subissent des restrictions d’accès à leurs propres terres, les colons continuent d’entrer et de circuler librement », dénonce le curé.

Le rapport ajoute que la police israélienne est intervenue dans la nuit et a arrêté trois colons dans le village de Dar Jasser, selon un témoin. Une plainte officielle a également été déposée auprès des forces de l’ordre.

Une communauté chrétienne palestinienne sous pression

Taybeh compte environ 1 500 habitants et trois églises. Le village est situé à 30 kilomètres au nord de Jérusalem et à l’est de Ramallah. Plus de 600 de ses habitants sont catholiques latins, et les autres sont orthodoxes grecs ou melkites.

La région a été le théâtre d’attaques répétées de colons, notamment des cambriolages, des vols de bétail et des incendies d’habitations. En juillet dernier, le patriarche latin de Jérusalem, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, et le patriarche grec orthodoxe de Jérusalem, Théophile III, ont effectué une visite conjointe pour exprimer leur solidarité avec la population. Les attaques ont ensuite repris avec la complicité de l’armée et de la police israéliennes.

Taybeh figurait également parmi les exemples cités par le père Bernard Poggi, recteur du séminaire du Patriarcat latin de Jérusalem à Beit Jala, le 13 septembre à Augsbourg, lors d’une journée de prière pour les chrétiens du Moyen-Orient organisée par la branche allemande de l’Aide à l’Église en Détresse. Le père Poggi a mis en garde contre la violence croissante des colons à l’encontre des chrétiens. « Lorsque des champs, des véhicules, des maisons ou des églises sont attaqués, la conséquence est toujours la même : il devient plus difficile pour les chrétiens de rester sur leurs terres, et l’espace dont ils disposent se réduit comme peau de chagrin ».

Les chrétiens empêchés d’accéder à leurs oliveraies

L’inquiétude se porte désormais sur la récolte imminente des olives. Comme lors des trois années précédentes, celle-ci pourrait être marquée par des violences, des attaques et des menaces supplémentaires de la part des colons. Le curé se souvient que, récemment, « de nombreuses familles ont rencontré des difficultés répétées pour accéder à leurs terres en toute sécurité afin de récolter les olives », et aujourd’hui, « ces mêmes craintes ressurgissent ». Depuis quelque temps, les propriétaires n’ont plus accès à leurs oliveraies, tandis que les extrémistes y circulent librement et ramassent les fruits.

D’après les agriculteurs, les représentants de la communauté et la paroisse, Taybeh compte plus de 16 000 dounams d’oliviers, soit environ 1 600 hectares. Autrefois, cette production subvenait aux besoins des familles et permettait également d’exporter de l’huile au-delà des frontières de la Palestine. « Ici, l’olivier symbolise une économie familiale, une tradition ancestrale et un lien quotidien à la terre qui se transmet de génération en génération », explique le prêtre.

Aujourd’hui, des familles possédant des centaines d’oliviers risquent d’être contraintes d’acheter de l’huile pour leur propre consommation, faute de pouvoir accéder à leurs arbres en toute sécurité. « En tant que curé, je constate les conséquences de cette situation non seulement dans les champs, mais aussi dans les foyers et la vie des familles qui nous sont confiées », explique-t-il. Ces familles perdent ainsi la récolte de l’année, leurs revenus saisonniers et leurs réserves d’huile, alors même que le coût de la vie ne cesse d’augmenter.

Le père Bashar Fawadleh prévient que les dégâts ne se limitent pas à l’aspect économique. « Lorsque des familles sont régulièrement dans l’impossibilité d’accéder à leurs terres, de les cultiver ou d’en récolter les fruits en toute sécurité, leur lien avec ces terres est mis à rude épreuve », souligne-t-il. C’est pourquoi il insiste sur le caractère fondamental de la demande de ses paroissiens. « Taybeh ne demande pas de traitement de faveur », conclut-il. « Protéger la récolte d’olives à Taybeh, ce n’est pas simplement protéger une culture. C’est sauvegarder la terre, les moyens de subsistance, la dignité et le droit des habitants à demeurer sur leurs terres ».

« Rendre la vie impossible aux chrétiens »

Au final, l’enjeu est de rester sur place. À Augsbourg, le père Poggi a décrit une pression qui ne nécessite pas d’ordres . « Nul besoin d’ordonner explicitement aux chrétiens de quitter le pays », a-t-il déclaré. Ce sont les barrages routiers, l’inaccessibilité des terres agricoles, le manque de permis de travail, l’intimidation et l’absence de perspectives d’avenir qui, conjugués, rendent le maintien sur place de plus en plus difficile. « Lorsqu’une famille conclut que le seul moyen de garantir un avenir stable à ses enfants est de partir, l’émigration cesse d’être un choix véritablement libre. »

Face à ces pressions, le curé de Taybeh, dans son homélie de la messe dominicale, a exhorté ses paroissiens à continuer de témoigner de leur foi malgré les difficultés et à rester fermes face à la violence. « Notre foi doit se manifester : dans nos foyers, au travail, dans nos relations avec notre prochain, dans notre amour pour les pauvres, dans notre soutien aux plus démunis, dans notre capacité à pardonner et dans notre détermination à garder espoir », a-t-il déclaré.

Il s’est ensuite adressé directement aux jeunes. « Ne laissez pas la peur vous voler vos rêves », les a-t-il exhortés. Il leur a rappelé que la ville a besoin de leurs idées, de leur créativité, de leur travail et de leurs prières, et que chaque projet, chaque nouvelle maison, chaque enfant scolarisé, chaque jeune qui trouve un emploi et chaque olivier soigné sont autant de fruits qui proclament : « Nous sommes là, et nous choisissons de construire notre vie ici ».

Le prêtre a conclu par une invitation à se concentrer sur les petites choses : « Vous pouvez encourager quelqu’un. Vous pouvez aider une personne en difficulté. Vous pouvez vous réconcilier avec quelqu’un. Vous pouvez servir votre paroisse. Vous pouvez prendre soin de votre terre. Et vous pouvez donner à vos enfants l’espoir plutôt que la peur ».


- Source : Médias-Presse-Info

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