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Lundi, 17 Août 2026

Combien de guerres faut-il perdre pour cesser d’être considéré comme la «meilleure armée du monde» ?

Auteur : Hua Bin | Editeur : Walt | Lundi, 17 Août 2026 - 14h32

J’en ai la chair de poule chaque fois que j’entends quelqu’un réciter ce mantra : «Les États-Unis possèdent la plus grande armée de l’histoire du monde».

Je sais que vous avez déjà entendu cette «vérité» auparavant.

De toute évidence, ces «patriotes américains» n’ont jamais entendu parler de Gengis Khan.

Au XIIIe siècle, les Mongols conquirent la majeure partie de l’Eurasie et constituèrent le plus vaste empire terrestre contigu de l’histoire.

Ils perdaient rarement une bataille durant ce processus.

Les fervents défenseurs de la machine de guerre américaine semblent également ignorer que la Wehrmacht allemande était probablement l’armée la plus meurtrière du monde en 1940, tout comme l’Armée rouge soviétique en 1945.

L’apogée de la puissance militaire américaine fut la campagne Tempête du désert contre Saddam Hussein en 1991.

Mais c’était il y a 35 ans.

Les États-Unis ont perdu quasiment toutes les guerres majeures depuis lors.

Je n’oserais pas qualifier l’annexion du Venezuela de guerre ou d’intervention majeure. Les guerres impliquent généralement une riposte de l’ennemi.

Avant la guerre du Golfe, les États-Unis avaient également perdu leur dernière grande guerre au Vietnam.

L’opération Tempête du désert est donc essentiellement encadrée par des défaites. C’est l’exception qui confirme la règle.

En bref, qualifier l’armée américaine de «meilleure» est une hyperbole qui ne repose que sur peu de données empiriques.

C’est peut-être un peu difficile à avaler pour ceux qui sont allergiques à la vérité, mais c’est ainsi.

Statistiquement, il ne fait aucun doute que l’armée américaine est la plus coûteuse de l’histoire. Mais son efficacité reste mitigée, pour ainsi dire.

Je ne suis pas médecin, mais il est clair que quiconque prétend que l’armée américaine est la meilleure de tous les temps aurait intérêt, sur le plan médical, à subir une lobotomie frontale.

Concernant la guerre contre l’Iran, la dernière aventure des États-Unis, Trump a essuyé un véritable déluge de critiques.

Il est indéniable que Trump est un imbécile ignorant et malveillant, manipulé par les juifs et coupable d’avoir déclenché une guerre criminelle.

Soyons justes : c’était un idiot de déclencher la guerre, mais c’est l’armée américaine qui a perdu sur le champ de bataille.

La machine de guerre américaine, tant vantée, n’a tout simplement pas réussi à remporter la victoire, point final.

J’ai écrit un essai à la mi-mars, trois semaines après l’attaque surprise, intitulé «L’Iran a déjà gagné».

À l’époque, je faisais référence à la victoire stratégique imminente de l’Iran, qui consistait à utiliser le détroit d’Ormuz pour contrecarrer les objectifs de guerre des États-Unis.

Mais les choses sont allées plus loin que ce que j’avais prédit.

À ce stade, on peut affirmer — et avec de solides arguments — que le Pentagone a militairement perdu la guerre.

Il a largué beaucoup de bombes et tué de nombreuses personnes, mais n’a remporté aucun succès tangible sur les champs de bataille.

À moins que son objectif de guerre ne soit de donner à Téhéran le contrôle d’Ormuz et d’en faire la puissance régionale dominante. Clin d’œil.

L’échec en Iran a révélé que l’armée américaine n’est véritablement qu’un «tigre de papier», comme l’avait observé le président Mao il y a plus d’un demi-siècle.

Définir la victoire militaire

Le président Mao a écrit que «la politique est une guerre sans effusion de sang, tandis que la guerre est une politique avec effusion de sang».

Carl von Clausewitz a dit que la guerre est un prolongement de la politique.

Les manuels scolaires définissent la «victoire militaire» comme suit : traduire le succès sur le champ de bataille en résultats politiques durables.

Cela exige non seulement de vaincre les forces armées de l’ennemi, mais aussi de contraindre cet adversaire à accepter un changement permanent de volonté politique et à établir un ordre post-conflit favorable.

De ce point de vue, les États-Unis ont échoué lamentablement et totalement : ils n’ont pas vaincu l’armée iranienne ; la volonté politique des Iraniens s’est radicalisée, les rendant plus hostiles aux États-Unis ; et la guerre a instauré un ordre post-conflit moins favorable pour les États-Unis, l’Iran s’assurant de facto le contrôle de l’approvisionnement en pétrole du Golfe.

Certains affirment que les États-Unis et Israël ont remporté une victoire tactique/opérationnelle sur l’Iran puisqu’ils ont détruit une grande partie de la défense aérienne et de la marine iraniennes, tué ses dirigeants politiques et militaires et provoqué de graves difficultés économiques et humanitaires.

Ils ont tort même sur ce point.

Ce raisonnement revient à ce qu’un boxeur revendique la victoire au milieu du combat parce qu’il a porté plus de coups, ignorant le fait que son adversaire est toujours debout et riposte activement.

Sur le champ de bataille, comme sur le ring, encaisser des coups massifs mais porter le coup de grâce, le contre paralysant — ou tout simplement survivre à l’endurance de l’adversaire jusqu’à ce qu’il abandonne — voilà la définition de la victoire.

L’Iran a efficacement utilisé une stratégie de temporisation en absorbant les premières frappes américano-israéliennes tout en préservant son atout le plus redoutable : sa capacité à bloquer l’approvisionnement énergétique mondial au niveau du détroit d’Ormuz.

De plus, l’Iran a utilisé la guerre asymétrique avec des drones et des missiles pour parvenir à une domination horizontale dans l’escalade contre les cibles américano-israéliennes dans toute la région du Golfe.

L’Iran a empêché ses ennemis d’atteindre leurs objectifs politiques et a forcé les États-Unis à demander la paix.

Elle a défendu sa souveraineté et dicte la stratégie finale — la définition du succès.

Le succès de l’Iran ne se limite pas au niveau stratégique. Même sur le plan tactique, l’Iran a triomphé, ayant détruit bien plus d’équipements militaires américains de grande valeur qu’il n’en a perdu.

Il s’agit notamment de radars d’alerte avancée stratégiques, d’avions de chasse, d’AWACS, d’avions ravitailleurs, de drones ISR et de la quasi-totalité des bases américaines de la région.

L’Iran a également épuisé une grande partie de l’arsenal offensif et défensif américain, réduisant considérablement sa capacité à poursuivre le combat ou à mener des guerres ailleurs.

Même le régime Trump se rend compte désormais qu’il perdra presque certainement toute guerre d’usure si un conflit prolongé s’ensuit.

Plus important encore, l’Iran a démontré au monde entier que l’armée américaine est loin d’être une puissance indomptable face à un adversaire déterminé, prêt et capable de riposter.

L’armée américaine a perdu de façon équitable

1) Elle a utilisé toute sa puissance pour mener une guerre destructrice, mais elle n’a pas pu gagner

La victoire est le fruit de la volonté et des capacités.

Personne ne peut prétendre que l’armée américaine a manqué d’«intention».

Elle a déployé tous les moyens dont elle disposait contre l’Iran, y compris des technologies d’IA militaire non éprouvées comme le système Palantir Maven, qui a entraîné le massacre de 168 écolières innocentes dès le premier jour de la guerre.

Les États-Unis n’ont rien hésité à faire, hormis utiliser des bombes nucléaires.

J’ai déjà écrit dans un précédent essai sur la façon dont les États-Unis ont tout mis en œuvre, mais en vain.

La machine de guerre américaine déçoit — partie 1

Dans mon essai de mi-mars intitulé «L’Iran a déjà gagné», j’ai analysé l’échec stratégique subi par les États-Unis à peine un mois après le début du conflit. Le simple fait que l’objectif de guerre américain soit passé d’un «changement de régime» à «le maintien de la liberté de passage dans le détroit d’Ormuz» témoigne déjà de leur défaite stratégique, puisque le détroit était ouvert à tous avant la guerre.

Bien qu’elle en ait l’intention, l’armée américaine n’a tout simplement pas la capacité de remporter une victoire.

Et ce, malgré un budget annuel plus de 100 fois supérieur à celui de l’Iran (1000 milliards de dollars contre 10 milliards de dollars).

2) Elle n’est pas préparée à la guerre asymétrique moderne

Les États-Unis ont ressorti leurs vieilles recettes de la première guerre du Golfe : puissance de feu écrasante, supériorité aérienne, réseau régional d’alliés, bases militaires et guerre de l’information.

Ils ont également eu recours à des attaques sournoises sous couvert de négociations pour améliorer encore sa position.

En théorie, les États-Unis et Israël ont tous les avantages sur l’Iran.

Cependant, l’Iran n’était pas l’Irak.

L’Iran n’a pas cédé sous les bombardements américano-israéliens. Au contraire, elle a absorbé l’attaque et riposté grâce à son propre arsenal asymétrique de drones et de missiles.

L’Iran a encore accentué son offensive horizontale en attaquant les États du Golfe qui permettent et facilitent l’agression américano-israélienne.

Dès le départ, l’Iran a méthodiquement ciblé les systèmes de communication radar et par satellite des bases américaines.

En détruisant ces équipements, l’Iran a éliminé les capacités d’alerte précoce avancées de l’armée américaine, laissant ses forces vulnérables avec seulement quelques minutes de préavis avant les frappes imminentes.

L’Iran a déployé des essaims de drones et des salves de missiles coordonnés pour mener une attaque de saturation contre les intérêts américains, à laquelle les États-Unis sont mal préparés.

Un élément essentiel de la guerre asymétrique réside dans le rapport de coûts inégal, les États-Unis ayant été contraints de dépenser des millions en intercepteurs pour se défendre contre des drones et des missiles entrants dont le coût était infiniment moindre.

Le monde sait désormais que l’armée américaine est capable de frapper fort, mais incapable de riposter.

Il est intéressant de constater que ce même trait de caractère se retrouve chez les États-Unis lorsqu’il s’agit de guerres commerciales et technologiques avec la Chine.

Lorsque Pékin riposte par des droits de douane réciproques et des contre-sanctions telles que l’interdiction des aimants à base de terres rares, Washington perd rapidement son influence et est contraint de céder.

L’été dernier, j’ai écrit un essai intitulé «La révolution n’est pas un dîner», critiquant la réaction timide de l’Iran suite aux bombardements américains de ses installations nucléaires en juin 2025.

L’approche des nouveaux dirigeants iraniens contraste fortement avec celle de l’ancien régime de l’ayatollah Ali Khamenei.

Le nouveau gouvernement a durci sa position et a riposté avec fermeté, à son grand avantage.

En plus d’être incapables de gérer les contre-attaques, les États-Unis se sont comportés comme des pleurnichards lorsqu’ils ont été frappés par une attaque proactive iranienne contre leur base aérienne de Muwaffaq Salti en Jordanie le 17 juillet.

Ils ont crié au scandale et accusé l’Iran d’une «escalade inconsidérée», sans jamais prendre une seconde pour comparer cette «trahison» avec l’attaque sournoise et meurtrière menée par les États-Unis et Israël, qui comprenait également le bombardement d’une école de filles.

Cette hypocrisie grotesque me rappelle un vieux film de Stephen Chow, Justice, My Foot, où un petit voyou annonçait à son ennemi : «La règle du combat, c’est que je peux te frapper au visage, mais toi, tu ne peux pas».

Je n’aurais jamais cru que la «puissante» armée américaine puisse recourir à la même logique brutale.

3) Les bases américaines constituent un fardeau, et non un atout — pour les États-Unis et les pays hôtes

L’un des piliers de la projection de puissance mondiale des États-Unis est son réseau de quelque 800 bases militaires dans ses «pays alliés» — plus précisément, ses vassaux ou territoires occupés.

Ce sont des avant-postes déployés près des frontières de ses ennemis désignés, où les États-Unis stockent des armes et du personnel.

Les États-Unis possèdent plus de 300 bases de ce type en Asie, encerclant la Chine, et un nombre similaire en Europe face à la Russie.

La guerre contre l’Iran a démontré que ce type de déploiement de bases avancées constitue en réalité un handicap plutôt qu’un atout.

Les deux douzaines de bases américaines entourant l’Iran ont été la cible d’attaques incessantes de drones et de missiles iraniens.

La plupart ne seront probablement jamais reconstruites, car il est clair que les États-Unis ne peuvent pas les protéger.

De plus, de telles bases exposent les «pays hôtes» à des représailles. Ils se retrouvent de fait pris en otages dans des conflits auxquels ils peuvent ou non souhaiter participer.

Enfin, ces bases avancées vulnérables ne peuvent rivaliser avec la géographie elle-même. Elles ne parviennent pas à surmonter l’inévitabilité des distances, qu’aucune chaîne logistique ne peut compenser.

L’Iran peut compter sur son terrain montagneux et sa proximité avec le point de passage stratégique d’Ormuz comme atouts majeurs pour vaincre un ennemi surchargé venu de l’extérieur de la région.

4) Problèmes structurels insolubles auxquels est confrontée l’armée américaine

Le verdict le plus accablant de cette guerre se trouve ici.

La guerre contre l’Iran, aussi brève soit-elle, a mis en lumière des problèmes militaires américains structurels et irrémédiables dans le système militaro-industriel actuel.

Incapacité à gérer une guerre de haute intensité. Il est important de noter que les combats intenses en Iran ont duré moins de 8 semaines (les 39 premiers jours, plus les 13 jours de la deuxième vague d’attaques après la violation du protocole d’accord par les États-Unis).

Or, les États-Unis ont déjà épuisé une grande partie de leur arsenal, tant offensif que défensif. Imaginons comment ils s’en sortiraient dans une véritable guerre de haute intensité contre une superpuissance de même envergure comme la Chine ou la Russie.

Il est peu probable que les États-Unis puissent tenir plus de deux mois dans une guerre près des côtes chinoises.

Un conflit prolongé comme celui de la Seconde Guerre mondiale est tout simplement exclu.

- Armes de niche à faible capacité de stockage et à faible densité. L’arsenal américain se compose d’un petit nombre d’armes coûteuses et complexes, telles que des intercepteurs de défense aérienne et des missiles à longue portée de frappe à distance.

Il est désormais de notoriété publique que les États-Unis ont épuisé la majeure partie de leurs munitions critiques, selon des informations de Reuters, CNN et du CSIS.

Notez que les chiffres ci-dessus sont déjà obsolètes et que le niveau actuel des stocks américains est encore plus bas.

Le manque de développement industriel et la dépendance à la chaîne d’approvisionnement sont encore plus préoccupants qu’une pénurie temporaire d’armements.

On estime qu’il faudra entre 3 et 5 ans à l’armée américaine pour reconstituer ses modestes stocks de munitions utilisés pendant la guerre.

Je tiens à souligner une fois encore que la guerre contre l’Iran n’est pas un conflit d’une telle intensité, contrairement à une guerre sino-américaine par exemple. Les simulations de guerre du CSIS montrent que les États-Unis épuiseraient la totalité de leur arsenal de missiles en deux semaines seulement en cas de conflit avec la Chine.

Compte tenu de l’énorme arriéré de commandes du complexe militaro-industriel même avant la guerre, il est probable que le processus prenne encore plus de temps que prévu.

Si le régime américain peut imprimer autant de papier-monnaie qu’il le souhaite pour acheter des armes, il ne peut pas imprimer de bombes ni de missiles.

Pour augmenter la production, il faut des usines, des matières premières et une main-d’œuvre qualifiée — autant d’éléments qu’une économie désindustrialisée est mal préparée à fournir.

Au-delà des dépenses d’investissement et du développement des compétences, le complexe militaro-industriel américain souffre d’une dépendance massive de sa chaîne d’approvisionnement vis-à-vis de l’ennemi même qu’il prévoit de combattre : la Chine.

Il est désormais bien connu que la Chine exerce un contrôle quasi total sur les terres rares, éléments indispensables à la production d’armements modernes. Elle produit plus de 90% des terres rares mondiales et détient un quasi-monopole sur les terres rares lourdes, éléments critiques pour la fabrication d’armes.

La dépendance des États-Unis à l’égard de la Chine ne se limite pas aux terres rares et s’étend à d’autres minéraux essentiels aux systèmes d’armement tels que le gallium, le germanium, le tungstène, le graphite et l’antimoine.

Un rapport de 2025 de la Commission d’examen économique et de sécurité États-Unis-Chine a révélé que 78% des composants utilisés dans les systèmes d’armement du Pentagone contenaient des minéraux critiques provenant de Chine.

92% des systèmes d’armes de l’US Navy sont touchés.

Cette dépendance va encore plus loin et inclut des pièces de drones, des ressources énergétiques, et même des ingrédients pharmaceutiques essentiels tels que des antibiotiques, dont ils auraient besoin en temps de guerre.

Il y a peu de chances que les États-Unis parviennent à l’indépendance en matière de chaîne d’approvisionnement pour ces intrants essentiels au cours de la prochaine décennie.

Pour ceux que la question des terres rares intéresse, j’ai écrit un article à ce sujet en avril dernier. 

Système de contrats militaires privés à but lucratif irréformable. L’essence même du complexe militaro-industriel américain actuel est un système d’escroquerie.

Le complexe militaro-industriel est de mèche avec des politiciens et des généraux du Pentagone pour piller le budget de la défense grâce à des plateformes d’armement surdimensionnées qui offrent un faible rapport qualité-prix.

Les armes bon marché, même parfaitement efficaces, ne sont pas rentables pour les fournisseurs d’armement oligopolistiques.

C’est pourquoi des armes comme les drones bon marché LUCAS ne reçoivent aucune attention, tandis que des munitions coûteuses comme le Patriot et le THAAD sont fortement mises en avant.

Les armes complexes, dont la fabrication prend des années et l’entretien des millions supplémentaires, constituent le choix par défaut dans le système oligopolistique des contrats militaires «à prix coûtant majoré» et «sans appel d’offres».

L’écosystème du complexe militaro-industriel comprend les «portes tournantes» entre le Pentagone et les entreprises de défense, les membres du Congrès rémunérés, des légions de lobbyistes et de «groupes de réflexion».

C’est une activité tout simplement trop lucrative pour y toucher.

La beauté de telles entreprises à but lucratif est célébrée comme le summum du «capitalisme actionnarial».

Heureusement pour les ennemis des États-Unis, cette superstructure qui régit l’organisation de l’économie américaine ne peut et ne sera pas réformée.

Pour une lecture divertissante sur ce sujet, je recommande l’ouvrage satirique de 2003 de William Hartung intitulé «How Much Are You Making on the War, Daddy ? A Quick and Dirty Guide to War Profiteering in the Bush Administration» (Combien gagnes-tu grâce à la guerre, papa ? Guide rapide et sans détour du profit de guerre sous l’administration Bush).

Hartung est un chercheur méticuleux spécialiste des profits tirés de l’industrie militaro-industrielle américaine. Parmi ses ouvrages figurent également Prophets of War et Trillion Dollar War Machine.

5) L’arrogance et le sentiment de supériorité qui font déborder le vase

La guerre contre l’Iran a mis en lumière une vérité incontournable : l’armée américaine n’a pas la mentalité nécessaire pour vaincre des adversaires déterminés.

Elle a été entraînée dans la guerre par la manipulation d’Israël. Elle a largement sous-estimé la résilience de l’Iran ainsi que ses capacités industrielles et techniques. Elle a cru à la campagne de désinformation absurde et constante menée par son propre «commandant en chef».

Elle est également psychologiquement faible — déplorant les représailles de l’Iran et accusant la Chine et la Russie de soutenir l’Iran.

Qu’est-ce qui permet aux États-Unis de penser qu’il est acceptable de lancer une attaque de décapitation pendant des négociations et de menacer de «terrorisme militaire» susceptible d’anéantir la civilisation, mais que si l’Iran riposte, il s’agit d’une «escalade inconsidérée» ?

Qu’est-ce qui permet aux États-Unis de penser qu’il est acceptable de vendre des armes à Taïwan et de fournir des armes et des renseignements à l’Ukraine, mais que si la Chine fournit des MANPADS à l’Iran ou si la Russie fournit des images satellites, ils sont en droit de crier au scandale et d’exiger un cessez-le-feu ?

Un tel narcissisme infantile et une telle hypocrisie cynique finissent inévitablement par affaiblir l’esprit, comme les poisons affaiblissent le corps.

Confucius a écrit il y a 2500 ans dans ses Entretiens : «Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu’ils vous fassent». («己所不欲,勿施于人»).

Ceci est connu sous le nom de règle d’or dans la culture chinoise.

Pour un pays ou une armée qui ne comprend pas ce principe humain universel, aucune puissance militaire ne saurait compenser son manque de sagesse.

Les États-Unis ont perdu la guerre et ils l’ont bien mérité.

Traduction: La Cause du Peuple

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Le mythe américain s’effondre en mer : quand la première puissance mondiale n’a plus de quoi nourrir ses marins

par Hanane Ben

Sur son blog personnel, Sonar 21, l’ancien analyste de la CIA, Larry C. Johnson a livré une analyse très critique sur l’échec de la logistique navale américaine à approvisionner correctement ses navires et son personnel.

Sous le titre : «The Tail That Couldn’t Keep Up : How the US Navy Ran Its Own Sailors Short on Food and Soap» (La chaîne logistique au point de rupture : comment la US Navy est venue à manquer de nourriture et de savon pour ses marins), l’ancien membre du renseignement américain revient en détail sur les carences d’approvisionnement qui ont frappé plusieurs équipages en mer.

Entre mauvaise gestion des stocks, faiblesses de la chaîne d’approvisionnement et retards d’acheminement, son constat est sans appel : la marine américaine peine aujourd’hui à assurer le minimum vital à ses propres troupes.

À la suite de déploiements prolongés de plus de 250 jours en mer d’Arabie, les équipages de l’USS Abraham Lincoln et de l’USS Tripoli ont été confrontés à des conditions de vie extrêmes, marquées par des pénuries alimentaires, des pannes sanitaires et l’absence de produits d’hygiène de base, a rapporté le consultant en sécurité, indiquant que face aux révélations de cette crise matérielle et humaine, le commandement militaire a d’abord opposé une fin de non recevoir, le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth allant jusqu’à qualifier les faits de «fake news» tandis que la flotte affirmait que le navire restait «pleinement capable de remplir toutes ses missions».

Pourtant, loin d’être un incident isolé ou la faute d’un officier d’intendance, ce dénuement matériel est le symptôme direct d’une chaîne de commandement «plus prompte à défendre son récit sur la préparation opérationnelle qu’à affronter les raisons pour lesquelles ses marins manquaient du strict minimum», a-t-il tancé.

Pour cet ancien analyste de la CIA, l’origine du problème réside dans l’affaiblissement progressif de la Combat Logistics Force, la flotte chargée d’alimenter les navires de combat en mer. En cherchant à réaliser des économies budgétaires depuis quinze ans, la marine américaine a réduit ses bâtiments de soutien rapide les plus performants, créant une situation où «la force logistique est insuffisante et trop lente face aux exigences actuelles», a-t-il fait savoir.

Selon lui, cette vulnérabilité capacitaire a été dramatiquement amplifiée par la géographie de l’océan Indien et par le contexte opérationnel de 2026, notamment l’extension des missions liée au conflit avec l’Iran. Opérant à l’extrémité de lignes de ravitaillement étirées et privées de marges de manœuvre, la Navy a exposé ses marins aux conséquences prévisibles de décisions budgétaires passées.

«Le navire polyvalent qu’elle a supprimé dans les années 2010 par souci d’économie est exactement celui dont elle a le plus besoin aujourd’hui», a-t-il constaté.

Johnson poursuit son réquisitoire en exposant le coût humain de cette crise. Au-delà de l’aspect purement matériel, cette faillite de l’intendance s’est traduite par un coût humain critique à bord des bâtiments de guerre.

Lorsque les marges de sécurité s’effondrent, les défaillances de la première puissance navale mondiale apparaissent «dans une buanderie à l’arrêt et des cuisines à court de stocks», sapant directement la résistance physique et psychologique des marins. Sur l’impact humain, Johnson se montre catégorique : soumettre un équipage à plus de huit mois de mer tout en restreignant le strict minimum sanitaire détériore gravement le moral et met en péril la santé mentale des troupes, car «le soutien logistique n’est pas un confort : c’est la condition sine qua non de la résistance d’un équipage».

En définitive, les privations subies à bord du Lincoln ont révélé les limites physiques d’une stratégie militaire qui exige une présence lointaine permanente sans s’en donner les moyens logistiques, rappelant — comme il le conclut —qu’une «flotte qui ne peut pas être ravitaillée de manière fiable ne peut pas être maintenue de manière fiable».

En réalité, cet épisode démontre que la première puissance mondiale n’est plus aussi infaillible qu’elle tente de le faire croire depuis des décennies. Livrée à une direction politique ignorante et à des arbitrages contestables — symbole d’un pouvoir qui ressemble de plus en plus à un vaudeville —, l’armée américaine a perdu de sa superbe et de son aura d’invincibilité.

L’affrontement face à l’Iran en offre la preuve la plus éclatante : sans disposer du niveau technologique ou des investissements colossaux de Washington, Téhéran est parvenu à tenir tête à l’axe américano- sioniste, montrant au monde qu’une puissance incapable de nourrir ses propres marins ne peut plus imposer sa loi.

source : Algerie54

envoyé par Amar Djerrad

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Washington veut contrôler le monde, mais sa flotte commence à craquer

par Franck Pengam

La guerre menée par les États-Unis contre l’Iran a désormais un visage que les démonstrations de puissance de Washington montrent beaucoup moins volontiers : celui des quelque 5000 marins et personnels embarqués sur l’USS Abraham Lincoln, engagés depuis près de neuf mois dans un déploiement qui devait initialement les ramener chez eux en juin. Au 14 août, la Navy comptabilisait 266 jours de déploiement, dont 200 en zone de combat. L’équipage n’a bénéficié que d’une escale d’une journée à Guam et a ensuite passé plus de 200 jours sans véritable pause à terre. Des familles ont fait état de messages alarmants concernant la santé mentale de leurs proches ; au moins un marin tombé à la mer a été secouru. Derrière l’image du porte-avions, symbole absolu de la puissance américaine, apparaît ainsi une réalité beaucoup moins glorieuse : même la première puissance militaire mondiale finit par rencontrer les limites physiques de ses hommes, de ses navires et de sa logistique.

Ces chiffres ne sont pas de simples statistiques opérationnelles. Ils interrogent le contrat qui lie une puissance militaire à ceux qu’elle maintient pendant des mois au cœur de ses guerres. Un porte-avions nucléaire peut projeter des dizaines d’appareils, frapper à des milliers de kilomètres et incarner la domination navale américaine ; il reste pourtant dépendant d’êtres humains qui doivent dormir, manger, se soigner et supporter la répétition des opérations. L’empire peut afficher une puissance technologique considérable : il ne peut abolir la fatigue.

USS Abraham Lincoln : quand la posture de puissance se heurte à la réalité

La réponse de l’administration Trump aux inquiétudes entourant l’équipage a renforcé la polémique. Interrogé le 14 août sur la durée du déploiement, Donald Trump a répondu qu’elle était «loin d’être suffisamment longue». Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a de son côté contesté les descriptions les plus alarmantes des conditions à bord. Quant au secrétaire par intérim de la Marine, Hung Cao, il a défendu publiquement la gestion du bâtiment tout en reconnaissant que le ravitaillement en produits frais avait parfois été indisponible et que les menus avaient dû être adaptés. La communication officielle insiste donc sur la réussite de la mission et la résilience de l’équipage, tandis que familles et médias décrivent une situation autrement plus éprouvante.

C’est précisément ce contraste que Tom Rogan attaque dans sa chronique pour UnHerd. Pour lui, l’administration transforme la posture martiale en réponse à des difficultés matérielles pourtant documentées. La Navy reconnaît elle-même que ses personnels ont été «poussés à leurs limites», tout en rejetant l’idée qu’ils puissent être présentés comme des victimes. Le débat n’est donc pas de savoir si les marins continuent à remplir leur mission : ils le font. Il est de savoir combien de temps une puissance peut considérer l’endurance humaine comme une ressource extensible au même titre que le carburant, les munitions ou les pièces détachées.

Les opérations iraniennes contre les infrastructures logistiques américaines à Bahreïn ont aggravé les difficultés de ravitaillement, selon les informations reprises par UnHerd. Des témoignages et reportages ont fait état de problèmes de plomberie, de douches affectées par des moisissures, de retards dans le courrier, de difficultés d’approvisionnement en produits d’hygiène et d’une alimentation parfois dégradée. Tout cela intervient alors que le Lincoln maintient un rythme opérationnel exceptionnel : la Navy revendique plus de 10 000 sorties et environ 1,5 million de livres de munitions larguées au cours de ce déploiement. La puissance de feu reste impressionnante ; son coût humain et logistique commence, lui aussi, à devenir impossible à masquer.

US Navy : quand les ambitions mondiales dépassent les moyens disponibles

Derrière les conditions de vie de l’équipage apparaît en effet un problème stratégique beaucoup plus vaste. Pour Tom Rogan, la marine américaine ne dispose pas d’un nombre suffisant de porte-avions disponibles pour soutenir durablement des opérations de haute intensité au Moyen-Orient tout en maintenant dans le Pacifique la présence nécessaire à la dissuasion face à la Chine. La décision d’envoyer l’USS George Washington, habituellement basé au Japon et engagé dans l’Indo-Pacifique, relever le Lincoln donne une traduction concrète à ce dilemme : renforcer un théâtre signifie nécessairement dégarnir momentanément un autre.

C’est ici que le cas du Lincoln dépasse le simple problème de bien-être des équipages. Les États-Unis veulent simultanément contenir l’Iran, sécuriser le détroit d’Ormuz, conserver une capacité d’intervention mondiale et maintenir suffisamment de forces dans l’Indo-Pacifique pour peser face à Pékin. Mais une flotte n’existe pas sur une carte stratégique abstraite : chaque porte-avions doit être armé, entretenu, ravitaillé, réparé et doté d’un équipage capable de tenir dans la durée. Déplacer le George Washington vers le Moyen-Orient permet de résoudre temporairement le problème du Lincoln, mais déplace en même temps la tension vers le Pacifique. C’est exactement la contradiction que Rogan présente comme le symptôme d’une marine surextendue.

«Les menus ont été adaptés lorsque le ravitaillement en produits frais n’était pas disponible, sans qu’un seul repas ne soit manqué», affirme Hung Cao.

Rogan pose également la question de la chaîne de commandement. Le capitaine Daniel Keeler, commandant du navire, et l’amiral Todd Whalen, commandant du groupe aéronaval, ont-ils alerté suffisamment tôt et suffisamment fort sur les conséquences de la prolongation du déploiement ? L’auteur reconnaît lui-même ne pas savoir quelles remontées ont effectivement été adressées au Pentagone. Il souligne néanmoins un problème plus général de culture militaire : dans une institution où la capacité à accomplir la mission malgré les difficultés est valorisée, annoncer que les limites matérielles ou humaines sont atteintes peut devenir professionnellement délicat. C’est une hypothèse de l’auteur, pas la preuve que les officiers auraient volontairement caché la situation.

La question devrait maintenant remonter jusqu’au Congrès. Des élus ont déjà demandé des explications sur les conditions à bord et sur la durée exceptionnelle du déploiement. Mais l’interrogation dépasse largement le sort d’un seul équipage : combien de porte-avions les États-Unis peuvent-ils réellement maintenir en permanence dans des zones de confrontation différentes ? Quels arbitrages deviennent nécessaires lorsqu’une guerre au Moyen-Orient absorbe des moyens initialement destinés à l’Indo-Pacifique ? Et surtout, jusqu’où Washington peut-il multiplier les engagements sans que la géographie, la maintenance et les effectifs finissent par imposer leur propre veto à la stratégie américaine ?

Ce sont des questions de puissance mondiale. La marine américaine demeure l’un des instruments centraux de la présence militaire des États-Unis, notamment dans le Pacifique occidental. Mais la situation du Lincoln rappelle une évidence souvent masquée par les budgets gigantesques et les discours sur la supériorité technologique : une puissance navale n’est pas seulement constituée de milliards de dollars, de missiles et de réacteurs nucléaires. Elle dépend d’un nombre fini de coques, de périodes de maintenance, de chaînes logistiques et d’hommes capables de tenir en mer. Lorsqu’un porte-avions doit rester près de neuf mois déployé et que sa relève doit être prélevée sur un autre théâtre stratégique majeur, le problème n’est plus seulement humain. Il révèle les limites physiques d’une puissance qui veut être présente partout à la fois.

Les marins du Lincoln, eux, n’attendent pas que Washington résolve la contradiction entre l’Iran et la Chine. Après plus de huit mois de déploiement et des centaines de jours d’opérations, ils attendent surtout de rentrer chez eux. Et leur situation pose peut-être la question la plus simple de toutes : à quoi sert de vouloir maintenir un empire militaire mondial si les hommes et les navires chargés de le soutenir commencent eux-mêmes à atteindre leurs limites ?

source : Géopolitique Profonde


- Source : Hua’s Substack

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