www.zejournal.mobi
Jeudi, 06 Août 2026

Israël efface les preuves du génocide à Gaza, évacuant gravats et restes humains au rythme de 100 camions par jour

Auteur : Euromed-Monitor | Editeur : Walt | Jeudi, 06 Août 2026 - 12h18

Territoires palestiniens – Les forces israéliennes, en collaboration avec des entreprises civiles israéliennes, mènent une opération de grande envergure et organisée destinée à traiter et évacuer les décombres des quartiers et des installations qu’elles ont détruits dans la bande de Gaza, puis à les transférer des zones sous leur contrôle militaire vers l’extérieur de la bande de Gaza.

Ces opérations se déroulent sans aucun relevé officiel des volumes évacués ni contrôle indépendant, et avant que les commissions d’enquête internationales et locales n’aient pu inspecter, examiner et documenter les sites. Ces opérations vont certainement détruire des preuves cruciales de génocide et les restes des victimes dont on ignore toujours le sort, toujours piégées sous les décombres.

Ces opérations ne s’inscrivent pas dans le cadre d’efforts humanitaires organisés pour secourir les personnes disparues, rouvrir les routes ou préparer la reconstruction. Au contraire, Israël agit de manière unilatérale au sein de zones fermées sous son contrôle militaire en démolissant les bâtiments restants, puis en broyant, mélangeant et transportant les décombres avant que les équipes médico-légales, les experts judiciaires et les spécialistes des munitions non explosées ne puissent examiner, documenter et préserver les sites, ainsi que les preuves et les restes humains.

Au moins 10 millions de tonnes de décombres ont été évacuées, concassées ou déplacées de leurs sites d’origine dans les zones placées sous le contrôle militaire illégal d’Israël, qui couvrent environ 66 % de la bande de Gaza

L’Évaluation rapide des dégâts et des besoins à Gaza, publiée conjointement par la Banque mondiale, les Nations unies et l’Union européenne en avril 2026, estimait à environ 68 millions de tonnes la quantité de décombres répartis dans la bande de Gaza, sur la base des rapports de dégâts établis jusqu’en octobre 2025. Ce chiffre ne tient pas nécessairement compte des dégâts causés par les opérations de démolition et de destruction menées par la suite.

D’après ses premières données de terrain, Euro-Med Human Rights Monitorestime qu’au moins 10 millions de tonnes de gravats ont été évacuées, concassées ou déplacées de leurs sites d’origine dans les zones placées sous le contrôle militaire illégal d’Israël, qui couvrent environ 66 % de la bande de Gaza.

Environ 400 engins lourds d’excavation, de démolition, de concassage et de transport, exploités par des entreprises civiles israéliennes sous protection militaire, sont à l’œuvre dans l’est et le sud de Gaza. Ils rasent les structures restantes, concassent les décombres des quartiers détruits et chargent les débris dans des camions pour les évacuer de leurs sites d’origine.

Ces dernières semaines, Euro-Med Monitor a recensé près de 100 camions israéliens quittant quotidiennement la bande de Gaza chargés de débris. Ces camions acheminent les décombres vers des sites tenus secrets en Israël et plus au sud de la Cisjordanie occupée. Les autorités israéliennes n’ont fourni aucune précision sur les quantités évacuées, les itinéraires empruntés, les lieux de destination ni l’utilisation ultérieure des matériaux. Elles n’ont pas non plus autorisé de contrôle indépendant des processus de tri, de pesée ou de transport. Ce manque de transparence rend très difficile la traçabilité des matériaux transportés, l’identification des éléments de preuve ou la récupération d’éventuels restes humains qui pourraient s’y trouver.

L’enlèvement systématique des décombres à ce rythme dissimule les preuves des crimes effroyables commis par Israël à Gaza, en particulier ceux liés au génocide, tels que les exécutions sommaires et les meurtres de civils non armés. Ces sites nécessitent un examen minutieux et une enquête pénale approfondie avant toute intervention susceptible d’en modifier ou d’en effacer les caractéristiques.

Les décombres éparpillés dans toute la bande de Gaza comprennent des lieux où ont pu se produire des exécutions illégales et des bombardements visant des familles entières, ainsi que des sites soupçonnés de receler des fosses communes ou des corps enterrés dans des habitations, des hôpitaux, des abris et des installations civiles détruits.

Ces sites renferment des éléments de preuve essentiels pour identifier l’arme, la chronologie de l’attaque, les positions des victimes et des assaillants, les distances de tir, la cause et les circonstances de la mort, ainsi que des fragments, des projectiles, des douilles vides, des traces biologiques et des effets personnels.

Le concassage, le mélange et le transport des décombres peuvent effacer des preuves, des détails de localisation et des liens au sein de la scène de crime. Ce processus rompt également la chaîne de conservation des preuves, rendant potentiellement impossible de retracer l’endroit où celles-ci ont été recueillies ou de les relier à un incident ou à une victime en particulier. Ces pertes ne peuvent être compensées par des photographies aériennes ou des témoignages ultérieurs, car l’enquête sur les crimes internationaux nécessite également des preuves tangibles pouvant être examinées, comparées et vérifiées juridiquement.

Ces opérations constituent un risque direct pour les dépouilles de milliers de personnes disparues, dont le nombre est estimé par la Défense civile de Gaza à environ 8 500 en juillet 2026. L’utilisation de concasseurs et d’engins lourds sans études médico-légales et humanitaires préalables pourrait écraser ou disperser les dépouilles, les mélanger aux décombres et les séparer des effets personnels et des documents indispensables à l’identification des victimes. Ce processus peut également conduire au transport des dépouilles vers des lieux inconnus qui pourraient s’avérer inaccessibles par la suite.

Ce comportement porte atteinte au droit des familles de connaître le sort de leurs proches disparus et de récupérer et d’enterrer leurs restes avec dignité. Il est également contraire aux normes internationales qui exigent qu’on recherche les victimes, qu’on recueille et préserve les informations les concernant, et qu’on assure une identification et un enregistrement appropriés. De plus, le déblaiement des sites avant toute enquête enfreint les lignes directrices énoncées dans le Protocole du Minnesota sur les enquêtes relatives aux victimes de crimes potentiels. Ce protocole met l’accent sur la sécurisation et la documentation des lieux, la collecte de preuves tout en préservant la chaîne de conservation, ainsi que la récupération et l’examen des dépouilles à l’aide de méthodes scientifiques respectueuses de la dignité des victimes et des droits de leurs familles.

Un Palestinien dans les gravats après un raid israélien sur la zone d’El-Remal à Gaza City le 9 octobre 2023. (Palestinian News & Information Agency, or Wafa, for APAimages, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0)

Les débris présents dans la bande de Gaza ne se limitent pas à de simples gravats. Ils comprennent des biens privés et publics, des matériaux de construction essentiels tels que l’acier, la pierre et le béton pouvant être recyclés et réutilisés, ainsi que d’autres biens de valeur utiles aux Palestiniens pour reconstruire leurs maisons, leurs routes et leurs infrastructures. Ils peuvent également contenir des titres de propriété, des documents officiels et des effets personnels qui font partie intégrante des droits et de la mémoire des individus et des familles.

Évacuer les décombres de la bande de Gaza et les exploiter à des fins commerciales sans le consentement des propriétaires ni aucune indemnisation peut, selon les circonstances et l’intention de la saisie, constituer une confiscation illégale ou un pillage. De tels actes sont interdits par le droit international humanitaire, en particulier l’article 33 de la quatrième Convention de Genève et les dispositions pertinentes du Statut de Rome.

Ces actions s’inscrivent dans un schéma plus large qui consiste à raser au bulldozer des sites soupçonnés de receler des fosses communes, à prendre d’assaut et à détruire des hôpitaux et des établissements médicaux après qu’ils ont été identifiés comme lieux de crimes graves, à démolir sans discontinuer des bâtiments dans les zones contrôlées par l’armée, et à prendre pour cible des journalistes palestiniens. De plus, les enquêteurs internationaux et les médias indépendants se sont vu refuser l’accès aux zones les plus durement touchées.

 

Cette destruction délibérée de preuves intervient alors que la Cour pénale internationale (CPI) enquête toujours sur des crimes commis en Palestine, parallèlement à d’autres affaires relevant de la compétence universelle devant les tribunaux nationaux. La destruction des lieux de crime avant la fin des enquêtes entrave la responsabilité juridique et compromet les efforts déployés par les enquêteurs et les procureurs internationaux pour établir les faits, car des preuves capitales risquent d’être perdues une fois transférées hors de la bande de Gaza.

De plus, l’article 70, paragraphe 1, point c), du Statut de Rome considère que “la destruction, l’altération ou l’entrave à la collecte de preuves” constituent des actes criminels entravant la mission de justice de la CPI lorsqu’ils sont commis délibérément. Le procureur de la CPI devra enquêter sur ces agissements en tant qu’ingérence délibérée dans la collecte de preuves liées à l’enquête en cours sur la situation dans l’État de Palestine, qui inclut également la destruction, la saisie ou le pillage illégaux de biens.

Le concassage et l’évacuation à grande échelle des décombres détruisent non seulement des éléments de preuve, mais effacent également les limites foncières, les fondations des maisons, le réseau routier et les contours des quartiers. Ce processus prive les Palestiniens des repères physiques de leur propriété et de leur lien avec la terre, compliquant leur retour et la reconstruction de leurs communautés dans leur forme initiale.

La transformation de villes et de quartiers palestiniens dépeuplés de force en espaces ouverts et rasés, placés sous contrôle israélien, constitue un acte concret d’aggravation du déplacement de population et du nettoyage ethnique. Ce processus est indissociable du colonialisme de peuplement israélien, qui consiste à déraciner les Palestiniens, effacer les traces de leur présence et redéfinir le territoire sans eux. Ceci pose les bases du projet israélien visant à rétablir des colonies à Gaza et à déplacer les résidents palestiniens, marquant ainsi une nouvelle phase de colonisation et la poursuite du déni du droit à la terre et du droit au retour.

Peinture murale représentant une clé au-dessus du Dôme du Rocher, dans le camp de réfugiés de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie occupée, le 10 septembre 2020 (© AFP)

La communauté internationale, notamment le Conseil de sécurité, l’Assemblée générale des Nations unies et les États parties au Statut de Rome, doit intervenir de toute urgence pour mettre un terme aux opérations systématiques de déblaiement et de transport des décombres hors de la bande de Gaza. Elle doit également obtenir que des équipes internationales indépendantes d’enquête médico-légale et pénale se voient accorder l’accès aux sites de destruction pour les évaluer et les documenter avant tout nouveau déblaiement ou transport, garantissant ainsi la préservation des preuves matérielles afin de traduire en justice les responsables de génocide.

Euro-Med Monitor appelle la communauté internationale à faire pression sur Israël pour qu’il mette immédiatement et totalement fin à toutes les activités de déblaiement et de transport de décombres. Ceci implique d’exiger la divulgation détaillée des matériaux transportés, des registres de pesée, des itinéraires des camions, des destinations finales, des noms des entreprises et des sous-traitants, des parties bénéficiaires, des informations de paiement, des numéros d’immatriculation des engins et des camions, ainsi que des données de suivi, de même qu’une transparence totale concernant toute vente, tout recyclage ou toute utilisation commerciale des matériaux extraits de Gaza.

En outre, le déblaiement des décombres ou des matériaux recyclables de la bande de Gaza devra être interdit jusqu’à ce qu’un système palestinien et international transparent de gestion de ces matériaux soit mis en place. Ce système devra garantir que tout matériau transporté illégalement soit ou bien restitué, ou que sa valeur totale soit indemnisée à ses propriétaires. Par ailleurs, les décombres pouvant être réutilisés devront être affectés à des projets de reconstruction locaux au bénéfice de la population palestinienne et protégeant les droits de propriété individuels et publics.

Les États où sont basées les entreprises ou les fabricants de machines impliqués doivent exiger l’arrêt de toute action susceptible d’entraîner la démolition de biens, la suppression de preuves ou la saisie de décombres. Ils doivent également conserver tous les contrats, la correspondance et les données opérationnelles concernés, et mener des enquêtes indépendantes sur la responsabilité de leurs dirigeants et de leur personnel. Euro-Med Monitor préconise des mesures ciblées à l’encontre des personnes et des entreprises dont il est établi qu’elles ont eu connaissance de ces activités illégales et y ont pris part, telles que l’exclusion des marchés publics, le gel des avoirs et des poursuites pénales.

Tout effort visant à déblayer les décombres ou à reconstruire dans la bande de Gaza doit être mené par les Palestiniens, en associant les résidents locaux, les propriétaires fonciers et les familles des personnes disparues. Ces initiatives doivent garantir la protection des preuves, la récupération des dépouilles, le déminage des munitions non explosées, le tri des matières dangereuses, la réutilisation locale des décombres, la préservation des plans cadastraux et du tissu urbain, et empêcher que la reconstruction ne serve à consolider le contrôle ou à modifier la composition géographique ou démographique de l’enclave.

Euro-Med Monitor affirme qu’un cessez-le-feu ou des accords politiques n’effacent ni les crimes ni leurs preuves. La reconstruction et le déblaiement des décombres doivent s’accompagner de la préservation des preuves, des recherches des disparus, de la restitution des biens, de la sanction des auteurs et de la garantie des droits des victimes à la vérité, la justice et la réparation.

Traduit par Spirit of Free Speech

Image en vedette : Membres de l’unité militaire israélienne 2640 – Uriah (une unité irrégulière opérant sous le commandement de la division de Gaza et dont les missions sont axées sur la démolition d’habitations), bande de Gaza. 21 juillet 2025 (journal Ha-Macom)


- Source : Euromed-Monitor

Cela peut vous intéresser

Commentaires

Envoyer votre commentaire avec :



Fermé

Recherche
Vous aimez notre site ?
(230 K)
Derniers Articles
Articles les plus lus
Loading...
Loading...
Loading...
 
 

Contribuer au journalisme de ZeJournal

Faites un don pour nous aider à poursuivre notre mission d’information

Faire un don

( En savoir plus )