Grand Israël : après Gaza et la Cisjordanie, le ministre Bezalel Smotrich veut annexer une partie du Liban
Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a exposé dimanche 27 septembre 2026 sa recette pour terminer une guerre : garder une partie des territoires où elle s’est déroulée. Dans un entretien accordé au podcast politique de Ynet, il a dit souhaiter qu’Israël annexe des secteurs de Gaza jusqu’à la « ligne jaune » et le sud du Liban jusqu’au fleuve Litani.
« J’aimerais que nous annexions au moins jusqu’à la ligne jaune à Gaza et jusqu’au fleuve Litani au Liban », a déclaré Smotrich. Son raisonnement tient en une question : si une guerre se termine sur les mêmes lignes qu’à son début, « qu’est-ce qui dissuadera l’ennemi » d’en déclencher une autre ? Autrement dit, la conquête territoriale deviendrait une sanction. Voilà une façon commode de parler de sécurité en laissant de côté les habitants des terres convoitées.
Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, veut étendre les frontières d’Israël : https://t.co/PpMDao9lMN
— AJ+ français (@ajplusfrancais) September 28, 2026
Une ligne militaire transformée en frontière
À Gaza, la ligne jaune délimite la zone sous contrôle de l’armée israélienne. Smotrich voudrait que ce contrôle militaire débouche sur une annexion. La nuance est considérable : occuper un secteur pendant une guerre et prétendre l’intégrer durablement à son territoire sont deux décisions différentes. Pour les Palestiniens qui vivent dans la bande de Gaza, la ligne tracée sur une carte déterminerait alors bien davantage que la position des soldats.
Le projet s’inscrit dans les positions que le ministre défend depuis longtemps. Il plaide pour la colonisation de Gaza et l’annexion d’une grande partie de la Cisjordanie. Le Média en 4-4-2 rapportait récemment qu’il évoquait des projets de colonies dans le nord de Gaza. La déclaration du 27 septembre ajoute désormais une limite géographique à cette ambition : la ligne jaune.
Au Liban, le Litani dans le viseur
La seconde partie de sa proposition concerne un État souverain : le Liban. Smotrich souhaite porter la frontière israélienne jusqu’au Litani, fleuve situé au nord de la frontière actuelle. Il ne parle donc pas seulement d’une zone militaire temporaire. Il réclame qu’une portion du territoire libanais change de mains.
Le nom du Litani figure déjà dans les discussions sur la sécurité du sud du Liban. Mais la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU prévoit notamment le déploiement de l’armée libanaise et de la Finul dans le Sud, ainsi que le retrait des forces israéliennes. Elle ne fait pas du fleuve une nouvelle frontière israélienne. Smotrich inverse la logique : là où le texte organise un retrait, il propose une annexion.
Ce n’est pas non plus sa première sortie fracassante sur le Liban. En mai, nous revenions sur ses propos au sujet des destructions dans le pays. Cette fois, il passe des paroles de guerre à une revendication précise sur la carte.
Le « Grand Israël » n’a pas disparu des discours
En Cisjordanie aussi, Smotrich réclame une politique de force. Le même entretien appelle Israël à y « entrer en guerre ». Son action et ses déclarations sur la colonisation sont anciennes : en 2024, il annonçait la saisie de 800 hectares de terres dans la vallée du Jourdain.
Il serait trompeur de présenter chaque souhait de Smotrich comme une décision prise par Benyamin Netanyahou. Il serait tout aussi trompeur de le traiter comme une voix marginale : il est ministre des Finances et défend publiquement ces revendications. Gaza, Cisjordanie, sud du Liban : ses déclarations dessinent une même préférence pour des frontières étendues aux dépens des voisins d’Israël. Notre article sur le projet de « Grand Israël » rappelait déjà la place de cette idée dans ses prises de parole.
Smotrich présente l’agrandissement territorial comme le prix à faire payer après la guerre. Les Palestiniens et les Libanais concernés n’ont évidemment pas été conviés à choisir ce mode de paiement.
- Source : Le Média en 4-4-2












