Un nouveau Maïdan en Ukraine : un peuple qui veut la paix
En Ukraine, le peuple réclame la paix et dit non aux armes, à la corruption et au recrutement illégal. Maïdan contre Zelensky. Tout ce que les médias occidentaux cachent. (Fortunato Depero)
Cet article qui est un des meilleurs lus dans la presse occidentale laisse bien voir la nature du régime et la lassitude du peuple ukrainien y compris celui des zones pro-ukrainiennes comme Llov. Il témoigne également de l’impasse militaire dans laquelle se trouve l’Ukraine et ses sponsors européens. Sous couvert de paix, Londres, Paris, Berlin et Bruxelles préparent la continuation de la guerre. En refusant de traiter les causes du conflit et en envisageant un déploiement occidental en Ukraine, ils rendent tout cessez-le-feu impossible. Les Ukrainiens en payeront, comme toujours, le prix fort. Peut-être alors peut-on considérer que l’article ne voit pas assez à quel point le personnage jeune technocrate pro-européen correspond à ceux que l’Occident balance dans les révolutions de couleur et les élections sans perspective qui caractérisent l’espace de l’UE et ses déstabilisations organisées.
Danielle Bleitrach
*
Après plus de quatre années de guerre à grande échelle, l’Ukraine est entrée dans une phase d’usure structurelle, politique et sociale que les médias occidentaux ont tendance à réduire à une simple «résilience» du front intérieur.
L’exode de millions de personnes vers l’Union européenne, le Bélarus et la Russie, la crise de la mobilisation (800 000 réticents à s’enrôler), l’explosion des cas de désertion et d’absence injustifiée (environ 200 000 soldats), le nombre tragique de pertes militaires (estimé à 1,5 million de soldats tués, blessés, disparus et ayant capitulé), la détérioration des relations entre les citoyens et l’appareil politico-militaire, sont autant d’éléments largement documentés par les sources ukrainiennes, mais rarement abordés par les grands médias européens, qui continuent de brosser un tableau mensonger d’un Zelensky adulé par le peuple, d’une Ukraine victorieuse et d’une Russie au bord du gouffre, avec un président Poutine inévitablement atteint de maladies incurables.
Dans ce contexte, le remaniement ministériel ordonné par le président Volodymyr Zelensky en juillet 2026, qui a abouti au limogeage du ministre de la Défense Mykhailo Fedorov, a eu pour effet d’exacerber les tensions qui s’accumulaient depuis des mois au sein des forces armées et de la société civile.
Le discours dominant européen tend à censurer ces manifestations qui ont éclaté le jeudi 16 juillet, ou à les présenter comme une simple défense d’un ministre populaire. Or, les médias ukrainiens dressent un tableau différent : nous assistons à un véritable «Maïdan contre Zelensky», où le front ne se situe plus seulement avec la Russie, mais aussi entre une partie croissante de la société ukrainienne et le pouvoir politico-militaire de Kiev. Paradoxalement, les médias européens censurent désormais les médias ukrainiens pour empêcher l’effondrement de l’édifice de propagande et de désinformation patiemment construit pendant quatre ans.
Ce dossier est fondé exclusivement sur des sources ukrainiennes : notamment les enquêtes et les éditoriaux du Kyiv Independent, dans le plein respect de la liberté d’information qui a toujours caractérisé FarodiRoma.
Les manifestations : deux jours qui ont changé le paysage politique
Les 16 et 17 juillet 2026, des centaines de milliers d’Ukrainiens descendront dans les rues de Kiev, Lviv et d’autres villes pour protester contre la décision de Zelensky de limoger le ministre de la Défense, Mykhailo Fedorov, tout en maintenant à son poste le commandant en chef Oleksandr Syrskyi, responsable des défaites désastreuses subies au front.
Les médias ukrainiens rapportent que les manifestants comprennent des civils, des anciens combattants et des militaires en service actif, qui perçoivent la destitution de Fedorov comme une attaque directe contre les espoirs de réforme de l’appareil militaire et du système de mobilisation.
Le Kyiv Independent retrace comment Zelensky, après la première journée de manifestations, a déclaré avoir «compris, écouté et réagi», mais a en réalité confirmé sa décision et ignoré les demandes de réintégration de Fedorov.
C’est ce décalage entre la rhétorique présidentielle et la pratique politique qui transforme une protestation «thématique» en une crise de confiance envers le pouvoir : pour la première fois depuis le début de la guerre, les protestations ne sont pas dirigées contre une loi spécifique, mais contre un choix stratégique de Zelensky et, par extension, contre la manière dont la guerre est gérée.
L’affaire Fedorov : le ministre réformateur destitué en pleine réforme
Pour comprendre pourquoi les places se remplissent dans les bastions de la Slava Ukrainii à Kiev et à Lviv, il est nécessaire d’analyser le profil de Mykhailo Fedorov tel que reconstitué par les enquêtes ukrainiennes.
Fedorov est un jeune technocrate qui s’est fait connaître comme bras droit de Zelensky dans le domaine numérique, devenant par la suite ministre de la Transformation numérique et, enfin, en janvier 2026, ministre de la Défense.
D’après plusieurs militaires interrogés par le Kyiv Independent, Fedorov a mis en œuvre en six mois «les changements les plus concrets» au sein de l’armée depuis le début de la guerre : des réformes des contrats militaires, des augmentations de la solde de l’infanterie, une révision de la mobilisation et des investissements massifs dans les drones et la défense aérienne.
Sur le plan opérationnel, Fedorov a joué un rôle déterminant dans la limitation de l’accès russe au réseau Starlink en territoire occupé, une initiative qualifiée de «catastrophe» par l’armée ukrainienne pour le commandement et le contrôle russes. Il est à la tête de la campagne «Blocage logistique», qui repose sur l’utilisation systématique de drones à moyenne portée, tels que les Hornets développés avec la société Perennial Autonomy d’Eric Schmidt, pour cibler les lignes logistiques russes dans le Donbass et la liaison terrestre avec la Crimée.
Cette stratégie conduit à la transformation de la Crimée en un «siège de drones», avec des attaques systématiques contre les infrastructures énergétiques, de transport et logistiques, au point de créer des pénuries structurelles de carburant, d’électricité et d’eau sur la péninsule.
Le limogeage de Fedorov, en plein cœur de cette campagne, est perçu par les milieux militaires comme un arrêt brutal d’une stratégie qui érodait l’un des principaux leviers territoriaux de la Russie.
Mobilisation, absence sans permission et désertion : le point sensible de la société ukrainienne
Le Kyiv Independent souligne que Fedorov est également le premier ministre de la Défense à aborder ouvertement la crise des absences sans permission et des désertions, estimée à environ 200 000 cas, et à promettre une combinaison d’amnistie et de réintégration dans les unités les plus performantes pour ceux qui reprennent du service. Cette politique, vivement contestée par une partie de l’establishment militaire, est perçue par de nombreux soldats comme une tentative de rétablir les relations entre l’armée et la société à un moment où le système de mobilisation est considéré comme abusif et discriminatoire.
Les enquêtes font état d’incidents de violence commis par les bureaux territoriaux de recrutement (BTR), de conditions inhumaines dans certains centres de détention, de milliers de plaintes adressées au médiateur ukrainien rien qu’en 2025 et 2026, et d’un recours excessif aux contrôles de documents qui accroît les tensions dans les villes.
La manifestation qui a précédé de quelques jours la crise de Fedorov, tout comme l’attaque contre un véhicule du TCC à Lviv, est le symptôme d’une profonde fracture : les citoyens appelés aux armes n’acceptent plus un modèle de mobilisation fondé sur la coercition et l’opacité.
Les réformes de Fedorov introduisent des contrats à durée déterminée (14 mois pour l’infanterie civile, 10 pour le personnel militaire en service actif et 6 pour les anciens combattants), augmentent considérablement la solde des unités d’infanterie et d’assaut et visent à remplacer le service «indéfini» sous la loi martiale par un pacte clair entre l’État et le soldat.
L’opinion générale parmi les militaires interrogés est qu’avec le départ de Fedorov, ces réformes risquent d’être gelées ou démantelées, ramenant le système à un modèle «soviétique» de mobilisation et de commandement visant à fournir de la chair à canon pour la guerre par procuration de l’OTAN qui enrichit Zelensky et sa clique.
La guerre au sein de l’État : Fedorov contre Syrskyi
Au cœur de cette crise politique se trouve le conflit entre Fedorov et Oleksandr Syrskyi, commandant en chef des forces armées, formé à l’école militaire soviétique de Moscou. Selon des témoignages recueillis par le Kyiv Independent, Syrskyi serait un partisan d’un commandement hypercentralisé, caractérisé par une gestion excessivement tatillonne, des chaînes de responsabilité opaques, la corruption et une culture verticale où l’information est filtrée et les décisions incontestées.
Fedorov, technocrate axé sur les données et l’innovation, se plaint publiquement que nombre de ses initiatives sont bloquées par le haut commandement et que Syrskyi «refuse de discuter des problèmes de vive voix». Lors d’une conférence de presse, le ministre limogé est allé jusqu’à affirmer qu’au lieu de rechercher une défaite asymétrique de la Russie, Syrskyi «réfléchissait à la manière de diviser le pays», dénonçant une stratégie de guerre fondée sur la logique nazie d’Hitler, consistant à défendre les villes à tout prix. Cette logique favorise les Russes, comme ce fut le cas à partir de 1943, décimant l’armée ukrainienne, à l’instar de l’armée allemande à l’époque.
D’après les anciens combattants interrogés, le conflit entre les deux modèles — technocratique-réformiste contre hiérarchique post-soviétique — confère à la destitution de Fedorov une dimension politique : «C’est Syrskyi qu’il faut remplacer», déclare un soldat, résumant ainsi l’opinion d’une part importante de l’armée. Les manifestations devant la présidence ne réclament pas seulement la défense d’un ministre, mais aussi la fin d’une certaine manière de gérer l’armée et la guerre.
Pressions et intimidations : le front intérieur contre la dissidence militaire
Un autre article du Kyiv Independent documente le climat d’intimidation qui règne à l’encontre des militaires et des anciens combattants participant aux manifestations pro-Fedorov ou les soutenant. Dmytro Koziatynskyi, ancien infirmier de combat du bataillon des Loups Da Vinci et figure emblématique des manifestations, rapporte que des personnes «proches de Syrskyi» tentent de l’intimider pour qu’il mette fin aux protestations.
Son ancienne commandante, Alina Mykhailova, affirme que le commandement des forces des systèmes sans pilote a contacté l’armée pour obtenir des informations sur le lieu où se trouvait Koziatynskyi et ses affectations, même s’il est civil depuis plus d’un an.
D’autres militaires, comme Serhiy Gnezdilov de la 56e brigade motorisée, font état de pressions sur leur commandement pour faire pression sur ceux qui soutiennent Fedorov, et de contacts avec les services de sécurité (SBU) concernant le personnel participant aux manifestations.
Ces dynamiques démontrent comment la dissidence interne est traitée par le système politico-militaire non pas comme un signal à comprendre, mais comme un risque à neutraliser, au moyen d’outils allant du contrôle administratif à l’intimidation pure et simple.
Dans le même temps, des personnalités comme Mykhailova revendiquent le droit des militaires, en tant que citoyens armés pour défendre la liberté, de participer au débat public et aux manifestations, contestant ainsi la transformation de l’armée en un espace dépourvu de droits civiques.
Le remaniement chaotique : un leadership en suspens en pleine guerre
Le limogeage de Fedorov s’inscrit dans le cadre d’un remaniement ministériel qui, selon une analyse du Kyiv Independent, plonge deux ministères clés — la Défense et les Affaires étrangères — dans une sorte de vide juridique pour plusieurs jours. Suite à l’approbation du nouveau gouvernement dirigé par Serhii Koretskyi, le ministre des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, et Fedorov démissionnent automatiquement, sans que Zelensky ne propose immédiatement de nouveaux candidats au Parlement.
Dans ce vide juridique, le président a annoncé avoir nommé le chef par intérim du Service de sécurité (SBU), Yevhen Khmara, ministre de la Défense par intérim, mais la même analyse souligne que Zelensky n’a pas légalement le pouvoir de nommer un «ministre de la Défense par intérim», une prérogative qui appartient au gouvernement.
Ce n’est que le lendemain que le Conseil des ministres a officialisé la nomination de Khmara et Sybiha comme chefs intérimaires des deux ministères, après des heures durant lesquelles la chaîne de commandement est restée opaque et contestée.
Il est également rappelé que le mandat présidentiel de Zelensky s’est terminé le 20 mai 2024 et que la présidence devait revenir au président du Parlement en attendant les élections, comme le prévoit la Constitution.
Ce remaniement, «plus chaotique qu’on ne le pense», s’accompagne d’un message générique de Zelensky concernant un changement de «stratégie politique» du pays, sans expliquer comment cela se traduit concrètement en termes de gestion de la guerre, de mobilisation ou de système d’alliances internationales.
Il en résulte une perception croissante, au sein du public ukrainien, d’une direction qui agit de manière réactive, sans vision clairement définie, et qui utilise les remplacements ministériels comme un outil de contrôle interne plutôt que comme une réponse à des besoins stratégiques.
Médias sous pression : le dossier sur le frère d’un haut fonctionnaire
Parallèlement à la crise Fedorov, le Kyiv Independent révèle que des médias ukrainiens publient, au mépris d’une interdiction judiciaire, un article sur des irrégularités présumées impliquant le frère d’un haut fonctionnaire. Cet incident, bien que non directement lié au limogeage du ministre de la Défense, contribue à exacerber les tensions entre la presse indépendante et le pouvoir judiciaire et politico-juridique.
Le fait que des médias ukrainiens soient prêts à enfreindre une interdiction judiciaire en temps de guerre pour publier des informations sur d’éventuels abus de pouvoir témoigne du conflit profond qui oppose le journalisme d’investigation aux centres d’influence politique et oligarchique. Cet acte courageux émane de médias censés être les fervents défenseurs de la propagande de guerre du régime ukrainien. Paradoxalement, ce rôle est joué par les grands médias européens, qui ne cessent de clamer haut et fort : «Slava Ukrainii !»
Sans entrer dans les détails de ce cas précis, limités par l’accès au contenu, il est clair que la même infrastructure médiatique qui documente le «Maïdan contre Zelensky» opère dans un environnement où la liberté de la presse est soumise à des pressions croissantes.
Le risque stratégique : un Maïdan susceptible de bouleverser l’équilibre des forces en présence
Un éditorial du Kyiv Independent affirme ouvertement qu’en limogeant Fedorov, Zelensky risque de «faire basculer le cours de la guerre en faveur de la Russie».
Le raisonnement est simple et s’articule autour de trois points : la perte d’une figure centrale des réformes militaires, le blocage ou la régression de la stratégie technologique (drones, données, défense aérienne) et la démoralisation d’une société déjà épuisée par la guerre et la mobilisation forcée.
Si la campagne de drones et le siège logistique de la Crimée représentent l’un des rares leviers asymétriques efficaces dont dispose Kiev, ralentir ou modifier cette stratégie pour adopter une approche plus traditionnelle et centralisée risque de rétablir les marges opérationnelles que l’armée russe était en train de perdre.
La crise de mobilisation, aggravée par la méfiance envers le Conseil de commandement turc et le limogeage du ministre perçu comme un réformateur, affaiblit encore davantage la capacité de l’Ukraine à remplacer ses pertes et à soutenir un conflit prolongé.
Le mouvement «Maïdan contre Zelensky» revêt donc une double importance stratégique : d’une part, il représente une mobilisation populaire en faveur d’une autre gestion de la guerre et de réformes internes ; d’autre part, il expose l’Ukraine à une phase d’instabilité politique durant laquelle le commandement militaire pourrait réagir en durcissant le système, au risque d’aggraver le fossé entre la société et les élites. Les conditions réunies par Poutine pour remporter la guerre contre l’OTAN sont en train d’être mises en place.
Conséquences pour Zelensky, l’OTAN et l’Union européenne
Pour le président Zelensky, la crise Fedorov est plus dangereuse que d’autres conflits internes. Il ne s’agit pas d’une contestation d’une loi isolée, comme ce fut le cas en 2025 concernant la limitation des organes anticorruption, loi qui fut ensuite retirée sous la pression populaire ; l’enjeu ici est l’impression que le président a choisi de se ranger du côté de l’aile la plus conservatrice de l’armée contre une figure incarnant la transformation technologique et la volonté de réforme.
Du point de vue de l’OTAN et de l’UE, cette crise soulève des questions qui sont restées jusqu’ici inaperçues. Le discours officiel met l’accent sur l’image d’une Ukraine unie, avec une société unie autour de Zelensky, déterminée à se battre «jusqu’à la victoire».
Cependant, des sources ukrainiennes révèlent un pays où certains militaires et civils sont prêts à se mobiliser contre la guerre, la manière dont elle est menée et prolongée, ainsi que contre l’inertie et le maintien des structures de pouvoir internes. Le peuple ukrainien, exaspéré par Zelensky et Bruxelles, aspire désormais à la paix à tout prix.
Cela implique également une responsabilité pour les capitales occidentales : soutenir sans discernement une direction qui réprime la dissidence interne, bloque les réformes et maintient les anciens systèmes de commandement risque de transformer le soutien politique et militaire en complicité dans des pratiques qui affaiblissent l’Ukraine à moyen terme.
La crise Fedorov rend visible ce qui était resté jusqu’ici implicite : la confrontation en Ukraine n’oppose pas seulement Kiev et Moscou, mais aussi des modèles d’État, d’armée et de rapport entre les citoyens et la guerre.
Le risque que l’OTAN et l’UE poussent Zelensky à une répression brutale du nouveau Maïdan interne est réel, car toute l’architecture stratégique occidentale concernant l’Ukraine repose sur la continuité de la guerre et l’image d’un front intérieur discipliné et «uni».
Une manifestation de masse qui remet en cause la mobilisation, la gestion de l’armée et le leadership présidentiel lui-même menace non seulement Kiev, mais aussi les intérêts politiques et économiques de Washington et de Bruxelles : les approvisionnements militaires, la reconversion industrielle et les profits des grandes entreprises énergétiques et du complexe militaro-industriel dépendent de la poursuite du conflit.
Dans ce contexte, les pressions exercées sur Zelensky pour qu’il «rétablisse l’ordre» pourraient se traduire par des mesures répressives contre les anciens combattants et les civils, de nouvelles restrictions à la liberté de la presse et aux critiques intérieures, transformant le sang des soldats ukrainiens en monnaie d’échange géopolitique et en garantie de revenus pour les centres de pouvoir occidentaux.
Une fenêtre sur la paix : sortir de la guerre par procuration
Les manifestations qui ont suivi la destitution de Fedorov, la mobilisation des anciens combattants et des soldats qui refusent d’être réduits à de simples «ressources humaines» dans la guerre, la dénonciation des pratiques abusives dans les centres de commandement tactique et des cultures de commandement soviétiques, représentent, du point de vue des sources ukrainiennes, une fenêtre historique.
Cette période peut être considérée comme une occasion unique d’ouvrir un débat interne sur la sortie d’une guerre qui, de l’avis de nombreux Ukrainiens, est une guerre par procuration, menée en fonction des intérêts conflictuels de Kiev et de ses partenaires occidentaux.
Il ne s’agit pas d’une marche pacifiste au sens traditionnel du terme : les protagonistes sont souvent des militaires qui ont combattu pendant longtemps et qui réclament des réformes, le respect, une autre manière de mener le conflit et, en fin de compte, une voie crédible vers la paix, la démobilisation et la normalisation de la vie civile, conscients que les conditions de la paix ne seront pas établies par Macron, Merz, von der Leyen ou Trump, mais par Poutine.
Si cette dynamique est réprimée ou récupérée, la société ukrainienne risque de sombrer dans une phase de cynisme et de désespoir qui pourrait encore affaiblir sa capacité de résistance et sa cohésion interne : un terreau fertile pour une guerre civile que les Russes préparent depuis deux ans.
Si, au contraire, les élites de Kiev et des capitales occidentales reconnaissent que la légitimité du pouvoir ukrainien repose sur une écoute véritable, et non pas seulement rhétorique, de ces protestations, la crise Fedorov pourrait marquer le début d’une réflexion différente : sur la manière de désamorcer la guerre par procuration, sur la manière de réformer en profondeur l’appareil militaire, sur la manière de parvenir à une paix la moins dure possible.
De ce point de vue, le «Maïdan contre Zelensky» n’est pas seulement un défi lancé au président, mais un signe d’autodétermination d’une société qui refuse de vivre indéfiniment dans un état d’exception quasi-guerrière à cause des toilettes dorées de Zelensky et de la folie russophobe des dirigeants européens, et qui cherche, au milieu des erreurs, des contradictions et des pressions, à recouvrer le droit de décider si et comment la guerre doit continuer, et à quelles conditions elle peut enfin prendre fin.
Traduction: Histoire et société
- Source : Faro di Roma (Italie)












