Bobigny : le patron de la lutte anti-drogue sniffait 500 euros de crystal meth par mois, fourni par un dealer de sa juridiction – Affaire classée sans suite
Dans la Seine-Saint-Denis, département champion d’Île-de-France en matière de narcotrafic, François Moreau, vice-procureur de 48 ans, a accompli un tour de force pendant cinq longues années. Le jour, il dirigeait la division des affaires criminelles et de la délinquance organisée au parquet de Bobigny, traquant sans relâche les trafiquants de stupéfiants. Les soirs et week-ends dans des soirées chemsex, il consommait leur marchandise avec une régularité de métronome.
Un approvisionnement d’une redoutable efficacité
Le plus cocasse dans cette histoire n’est pas tant l’addiction du magistrat – la France a ses traditions –, mais bien l’organisation de son approvisionnement. Son fournisseur attitré exerçait dans une commune de Seine-Saint-Denis, c’est-à-dire pile dans la juridiction que François Moreau avait la charge de nettoyer. Circuits ultra-courts, zéro intermédiaire : le chef de la lutte antidrogue s’approvisionnait chez ceux qu’il était censé faire incarcérer.
La chute : une overdose qui en révèle une autre
L’affaire a éclaté fin 2024, à la faveur d’une enquête sur une overdose mortelle survenue lors d’une soirée chemsex à Paris. Convoqué par la brigade des stupéfiants, François Moreau n’était pas présent au moment des faits, mais les enquêteurs cherchaient un escort-boy qu’il avait déjà hébergé. Le magistrat a finit par reconnaître qu’il consommait trois grammes de méthamphétamine par mois, soit environ 500 euros de crystal meth, principalement lors de ces soirées où la drogue circule aussi librement que l’alcool dans un repas de famille convivial du dimanche midi.
La clémence exemplaire du système judiciaire
Face à ces aveux, le parquet de Paris a fait preuve d’une mansuétude qui force l’admiration. Aucune inculpation. Aucune sanction pénale. Juste une simple injonction thérapeutique, comme on prescrirait une cure de vitamine C. L’affaire a été classée sans suite, et le magistrat a pu souffler. La justice française reste toujours indulgente envers ses propres membres.
La sanction : une mutation des plus opportunes
Sur le plan professionnel, une mesure a finalement été prise. François Moreau a été muté à la division des affaires civiles du tribunal de Bobigny. Désormais, il traite des divorces, des successions et des litiges entre voisins. On imagine aisément l’apport de son expérience personnelle dans les dossiers de garde d’enfants où la consommation de substances pourrait être en jeu.
L’explication psychologique qui doit tout justifier
Devant le Conseil supérieur de la magistrature, le 12 mai dernier, il a livré sa version des faits. Une « période de fragilité personnelle et professionnelle », survenue à la fin de l’année 2019, l’aurait poussé vers la méthamphétamine. Il a évoqué un « phénomène de dissociation » troublant : « J’avais totalement conscience de commettre une infraction, mais je ne pouvais pas m’arrêter. » Une défense que ses pairs devront juger suffisante… ou non.
L’art de la contradiction
Car voici le comble, aussi savoureux qu’instructif : dans un département où les dossiers de stupéfiants s’entassent littéralement sur les bureaux, celui qui était chargé de les combattre en était le consommateur le plus fidèle. Et que fait-on, dans notre beau pays, face à une telle contradiction ? On classe l’affaire sans suite, bien sûr. Le ministère de la Justice a bien demandé son déplacement d’office, mais en attendant, François Moreau continue de siéger à Bobigny. Dans un service où l’on traite désormais moins de sachets de poudre blanche que de conventions de divorce et de testaments.
- Source : Le Média en 4-4-2












