Bientôt 1984 ? La commission contre les ingérences en période d’élection se dessine
On sait que la guerre ne se limite pas à tirer des coups de feu et, en tant qu’elle est l’état naturel des choses, elle commence bien souvent dès le temps de paix. Parmi les armes silencieuses mais létales qui composent l’arsenal de cette guerre qui ne dit pas son nom, l’influence (ce que l’on appelait, jadis, la guerre psychologique) est probablement la plus dangereuse. De nombreuses puissances adverses nous bombardent de fausses nouvelles et essaient de nous faire choir avant même le combat, pour « prendre intact tout ce qui se trouve sous le ciel », selon la formule de Sun Zi.
Pour lutter contre ces tentatives d’ingérence, le gouvernement vient d’avoir l’une de ces fausses bonnes idées dont la Macronie est coutumière : en Conseil des ministres, ce 22 juillet, la création d’une « commission indépendante d'information du public en cas d'ingérences étrangères en contexte électoral » a été entérinée par décret. L’idée traînait depuis longtemps dans les cartons. Le but de cette commission, lorsqu’on regarde le contenu du décret, est de recevoir toutes les informations dont les services de l’État peuvent avoir connaissance, en cas d’ingérence étrangère durant les élections locales. Elle aura toute latitude pour rendre publiques les tentatives d’une puissance étrangère pour déstabiliser le fonctionnement, bien souvent bancal en lui-même, de notre démocratie participative, et même pour les judiciariser le cas échéant.
Trois membres la composeront – bienheureuse frugalité : un membre du Conseil d’État, un membre de la Cour des comptes et un membre de la Cour de cassation. Ces trois personnes utiliseront les services du secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale, lequel appartient aux services du Premier ministre. Pour finir, on apprend également qu’elle ne sera en fonction que six mois au plus tôt avant le premier tour et deux mois au plus tard après le second. Les deux tours étant séparés de quinze jours, cela fait donc huit mois et demi d’activité pour chaque élection, ce qui est tout sauf épisodique, tout de même… Évidemment, le Conseil d’État n’a rien trouvé à y redire. Aucune atteinte aux libertés fondamentales. Tout est encadré. Cette commission sera indépendante.
Une fausse bonne idée
Pourquoi est-ce une fausse bonne idée ? Parce que c’est surtout une occasion supplémentaire de farfouiller dans les comptes des citoyens sur les réseaux sociaux, et parce que c’est une nouvelle occasion, non pas de lutter contre la désinformation, mais d’imposer un discours dominant. Nous ne sommes pas « entrés » dans l’ère de la post-vérité : nous y sommes depuis que les êtres humains se racontent des histoires le soir, dans les cavernes. Celui qui contrôle le récit façonne le réel. Celui qui pose le cadre soumet les sens des spectateurs. Et cette commission, « indépendante » (mais indépendante de qui, au juste…), ne souhaite pas rétablir la vérité.
D’ailleurs, est-il prévu qu’elle se penche sur les ingérences de nos prétendus alliés américains, israéliens ou allemands avec le même zèle que lorsqu’il s’agit de la Russie ou de l’Azerbaïdjan ? Ce serait une bonne idée, non ? Moscou et Bakou nous attaquent tous les jours, d’une manière fourbe et ingénieuse, mais Washington aussi, et il n’y a pas pire ennemi que celui qui se prétend votre ami. On parle beaucoup, par exemple, ces derniers temps, du programme des Young Leaders franco-américains, qui recrute depuis 45 ans et d’où sont issus, entre autres, Macron, Attal, Philippe, Wauquiez, Juppé, mais aussi des banquiers en vue ou des officiers supérieurs promis au généralat. La commission va-t-elle saisir la Justice si un « Young Leader » est au second tour ?
Avec une feuille de route objective, il serait intéressant que cette commission soit permanente. Dans le cas contraire, ce sera un nouveau gadget destiné à museler les oppositions. On verra bien…
🇫🇷🗳️FLASH INFO - Laurent Nuñez annonce une commission contre les ingérences étrangères durant les élections.
— Tribune Populaire🌐 (@TribunePop23) July 22, 2026
Toute ingérence est une atteinte à notre souveraineté, mais mon petit doigt me dit que des exceptions seront tolérées… pic.twitter.com/SCOFstc3Fx
- Source : Boulevard Voltaire












