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Mardi, 14 Avr. 2026

La Fracture de l'OTAN

Auteur : Romi | Editeur : Walt | Mardi, 14 Avr. 2026 - 18h42

Comment la guerre en Iran a mis à nu les contradictions d'une alliance transatlantique que les uns voulaient croire éternelle — et les autres, déjà dépassée.

Il aura fallu une guerre non consultée, quelques espaces aériens fermés et un tweet menaçant sur Truth Social pour que l'évidence s'impose : l'OTAN traverse sa pire crise depuis sa fondation en 1949. Le déclencheur est connu — les États-Unis et Israël ont lancé une offensive contre l'Iran le 28 février 2026, sans mandat onusien, sans vote du Congrès, sans même prévenir leurs alliés. Ce qui a suivi n'est pas une querelle de famille. C'est une rupture de fond.

Le refus européen, acte fondateur de la crise

Dès les premières heures du conflit, les capitales européennes ont pris leurs distances. La logique était à la fois juridique et politique : la guerre en Iran n'est pas une attaque contre le territoire d'un membre de l'Alliance — l'article 5 ne s'applique donc pas. Les Européens n'étaient ni consultés, ni en accord. Leur refus de participer n'était pas une défaillance ; c'était une position.

Positions des alliés européens:

  • France
    Fermeture de l'espace aérien aux vols militaires américains. Macron déclare Trump « pas sérieux » sur l'Iran (2 avril). Déploiement de chasseurs nucléaires dans d'autres pays européens pour crédibiliser la dissuasion continentale.
  • Espagne
    Fermeture complète de l'espace aérien à tous les vols liés aux frappes. Sánchez : « Je n'applaudirai pas ceux qui ont mis le feu au monde. »
  • Italie
    Refus d'utilisation de la base de Sigonella par les bombardiers américains en transit, malgré les affinités de Meloni avec Trump.
  • Allemagne
    Rejet de l'envoi de navires. Pistorius : « Ce n'est pas notre guerre. » Steinmeier qualifie la guerre d'« erreur désastreuse » violant le droit international.
  • Royaume-Uni
    Starmer : pas d'implication « quelles que soient les pressions ». Puis envoi discret de planificateurs militaires à Washington pour explorer des options sur Ormuz.
  • Pologne
    Refus de redéploiement de ses batteries Patriot, malgré 4,8 % du PIB consacré à la défense en 2026.

Trump, l'OTAN et l'art du chantage institutionnel

La réponse américaine a été immédiate et cinglante. La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a déclaré que l'Alliance avait « tourné le dos au peuple américain » et qu'elle avait été « testée » — et avait « échoué ». Trump a qualifié l'OTAN de « tigre de papier » et déclaré dans un entretien au Telegraph qu'il n'avait « jamais été convaincu par l'OTAN » et que « Poutine le sait aussi, d'ailleurs ».

« On voit mal comment un pays européen pourrait désormais compter sur le fait que les États-Unis viendront à sa défense. L'espérer, peut-être. Mais pas compter dessus ».
Ivo Daalder, ancien ambassadeur des États-Unis auprès de l'OTAN

Le 1er avril, Trump a affirmé qu'il « envisageait fortement » de retirer les États-Unis de l'Alliance. Marco Rubio, secrétaire d'État, a publiquement déclaré qu'il fallait « réexaminer » si l'alliance servait encore les intérêts américains. Le Wall Street Journal a révélé que Washington envisageait de retirer ses troupes des pays « non coopératifs » et de fermer une base — probablement en Espagne ou en Allemagne — pour « punir » ses alliés.

Ce retrait formel resterait cependant juridiquement complexe. Un texte adopté par le Congrès en 2023 interdit à un président de quitter unilatéralement l'OTAN sans approbation parlementaire — une disposition adoptée précisément pour contrecarrer un Trump II.

Une alliance sans confiance : le vrai bilan

Au-delà des déclarations, c'est la substance même de l'alliance qui s'effrite. La confiance, rappelle un senior European diplomat cité par GLOBSEC, « ne se répare pas vite une fois brisée ». L'habitude de consultation — prévenir les alliés avant de lancer une guerre — a été violée. La promesse de finalité partagée, elle aussi. Et les deux parties savent désormais que derrière les engagements formels, chacun fait ses propres calculs.

« Ce conflit n'a pas brisé l'alliance. Il a simplement rendu l'arrangement trop coûteux pour entretenir la fiction ».
Analyse citée dans les médias européens, avril 2026

L'opinion publique américaine a également bougé. La part des Américains favorables à l'OTAN est passée de 66 % à 59 % en quarante jours de conflit. La majorité républicaine considère désormais les alliés européens comme des « passagers clandestins » qui ne contribuent pas à l'effort commun.

Ce que l'Europe est en train de construire — sans le dire

L'Europe ne reste pas inerte. En mars 2026, la France a annoncé pour la première fois le déploiement potentiel de ses avions nucléaires dans d'autres pays européens — une manière de crédibiliser une dissuasion continentale autonome. Ce n'est pas un départ de l'OTAN. C'est un filet de sécurité parallèle, construit au cas où.

Par ailleurs, pour la première fois dans l'histoire de l'alliance, l'ensemble des membres ont atteint ou dépassé le seuil des 2 % du PIB en dépenses militaires — une hausse de 20 % par rapport à 2024. Les Européens ne comptent plus sur la bonne volonté américaine. Ils budgétisent son absence possible.

Le scénario redouté à Bruxelles n'est d'ailleurs pas celui d'un retrait américain formel. C'est quelque chose de plus insidieux : un retrait fonctionnel, base après base, garantie après garantie, jusqu'à ce que l'article 5 ne soit plus qu'un bout de papier. Comme l'a dit l'ancien ambassadeur Stefanini : « Il n'a pas besoin de quitter l'OTAN pour la vider de son sens. En disant simplement qu'il pourrait le faire, il a déjà érodé sa crédibilité ».

L'ombre de Moscou — et le compte à rebours

Derrière la crise irano-atlantique, une horloge tourne. Le général allemand Carsten Breuer estimait l'an dernier que la Russie pourrait disposer d'une capacité d'attaque suffisante contre le territoire de l'OTAN d'ici 2029 — certains analystes avancent 2027. C'est dans cet intervalle que l'Europe doit décider si elle s'en remet encore à Washington ou si elle construit quelque chose qui tienne sans lui.

Moscou, de son côté, observe. Des généraux américains ont averti que la Russie « se réjouit et aide l'Iran » — et qu'elle espère un retrait américain de l'OTAN suivi d'un effet domino. Ce n'est pas de la paranoïa géopolitique. C'est la logique du moment.

« L'alliance survivra à la guerre en Iran. Mais en émergera-t-elle avec la même cohésion, la même crédibilité, la même capacité d'action collective ? C'est une question qui prendra des années — pas des semaines — à trouver sa réponse ».
GLOBSEC, avril 2026

Ce que la guerre en Iran a mis à nu, en somme, n'est pas une défaillance de l'OTAN. C'est l'OTAN telle qu'elle a toujours été : une architecture de sécurité collective dont la solidité dépend, in fine, de la volonté politique de chacun de ses membres. Cette volonté, des deux côtés de l'Atlantique, n'est plus ce qu'elle était.


- Source : ZeJournal

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