Piéger Trump pour qu’il bombarde l’Iran ? Netanyahu refusera son « certificat casher » à un accord avec l’Iran n’incluant pas les missiles iraniens
Netanyahu et ses partisans voient que leur stratégie hégémonique est en train « d’exploser » : l’État tombe dans une crise interne, et lui, comme Trump, deviennent désespéré. Il a besoin que Trump ne se contente pas de bombarder l’Iran, mais qu’il retire complètement ce pays de l’échiquier stratégique afin de maintenir l’élan du projet de domination du Grand Israël.
À cette fin, Netanyahu a conçu le cadre d’un piège iranien pour Trump ; un piège consistant à rétrograder le problème nucléaire en tant que priorité principale et à le remplacer par celui des missiles iraniens comme étant désormais la menace primordiale et existentielle d’Israël. C’est le message que Netanyahu a livré à Trump à Mar-a-Lago le 28 décembre 2025.
Les articles de presse israéliens sont catégoriques sur le fait que Trump au sommet de Mar-a-Lago a donné son « feu vert » à une frappe contre l’Iran, dirigée par les États-Unis. Ce récit provient d’Israël mais n’a pas été confirmé par des sources américaines.
Le sommet de décembre 2025 a conduit les États-Unis à tenter tromper encore une fois l’Iran afin de fournir une fausse validation pour une attaque aérienne et balistique majeure contre l’Iran. Mais, comme les États-Unis le savent depuis les pourparlers de 2010 menés par le négociateur iranien de l’époque, Saeed Jalili, l’Iran insiste sur le fait que sa défense antimissile n’est pas négociable (comme on peut s’y attendre de la part de toute nation souveraine).
L’Iran a clairement indiqué au fil des mois – depuis que Trump a lancé les attaques de juin 2025 sur ses sites nucléaires qui, selon Trump, ont “supprimé” les capacités nucléaires de l’Iran – que si l’Iran reste ouvert à la diplomatie sur la conduite technique de son programme nucléaire, les droits de l’Iran en vertu du TNP — enrichir de l’uranium à des fins pacifiques — ne sont pas négociables.
La semaine dernière, les États-Unis ont proposé un autre cycle de négociations nucléaires avec l’Iran (Witkoff a confirmé que les pourparlers porteraient uniquement sur des questions nucléaires) avec en toile de fond l’envoi par les États-Unis d’une armada navale dans le golfe Persique et l’accumulation de munitions dans le modèle du blocus naval du Venezuela. L’Iran a accepté des pourparlers, mais a refusé de les mener sous la pression d’une menace militaire.
Les États-Unis ont finalement accédé aux demandes de l’Iran que les pourparlers se tiennent à Mascate et se limitent au dossier nucléaire.
Cependant, Marco Rubio a alors soudainement exigé que l’Iran limite la portée de ses missiles balistiques, “mette fin” à son programme nucléaire et mette fin à son soutien à ses alliés régionaux.
Ce changement est probablement dû à l’intervention d’Israël, qui, depuis la réunion de Mar-a-Lago avec Netanyahu en décembre 2025, insiste sur le fait que la destruction de l’inventaire de missiles de l’Iran doit avoir la priorité sur un accord purement nucléaire.
Dans le même temps, ceux que les États-Unis ont proposé de rejoindre les pourparlers d’Istanbul (Turquie, Égypte et Qatar) en tant que médiateurs ont publié leur propre cadre pour un éventuel accord américano-iranien :
- L’Iran cesserait tout enrichissement sur son sol pendant trois ans ;
- Après trois ans, l’Iran limiterait l’enrichissement à 1,5% ;
- Le stock actuel de l’Iran de 440 kg d’uranium enrichi à 60% serait transféré vers un pays tiers ;
- L’Iran cesserait d’armer les acteurs non étatiques dans la région (faisant allusion au Hamas, au Hezbollah, aux groupes basés en Irak et à Ansarullah) ;
- L’Iran accepterait de cesser de transférer des technologies à des acteurs non étatiques dans la région ;
- L’Iran s’engagerait à ne pas utiliser de missiles balistiques ;
- Les États-Unis et l’Iran signent un pacte de non-agression.
L’Iran a catégoriquement refusé de déplacer le lieu convenu de Mascate à Istanbul, et a définitivement rejeté que la demande des États-Unis pour ses missiles balistiques et son soutien à ses alliés, tels que le Hamas et le Hezbollah, soient à l’ordre du jour. Le stratagème de Rubio était transparent ; les « médiateurs » étaient inclus pour faire pression sur l’Iran pour qu’il accepte ce qui équivalait à un programme israélien.
La réaction américaine à ce refus iranien fut un ultimatum : Acceptez ou il n’y aura pas de négociations.
L’Iran a rétorqué : « Ok, alors rien »
Les responsables américains ont été surpris par la réaction de l’Iran : “Nous ne nous attendions pas à ce que les Iraniens disent « non »« , a déclaré un responsable américain à Reuters. Certains à Washington s’attendaient apparemment à ce que l’Iran se présente à Istanbul avec un « document de reddition« .
En quelques heures, les États-Unis ont reculé et ont accepté la position de l’Iran selon laquelle la réunion de vendredi à Oman ne porterait que sur les armes nucléaires et l’enrichissement d’uranium.
Israël n’était pas content : le correspondant militaire israélien de la chaîne 14 (et l’un des principaux « porte-parole » de Netanyahu), Yaakov Bardugo, a prévenu qu’Israël prendrait des mesures unilatérales si les États-Unis ne s’attaquaient pas aux lignes rouges d’Israël dans les négociations. Bardugo affirme également qu’Israël a reçu le feu vert de Trump pour une action militaire contre le programme de missiles balistiques de l’Iran :
“Nous ne laisserons pas de missiles balistiques entre les mains de l’Iran. Les missiles balistiques ne sont pas moins une menace existentielle que le programme nucléaire iranien. Il est possible, comme dans la guerre des Douze Jours ou dans d’autres cas, qu’Israël fasse les premiers pas vers la guerre. Si les États-Unis ne parviennent pas à résoudre les lignes rouges d’Israël, Tel Aviv conservera le droit d’attaquer sur la question des missiles balistiques, et pour autant que je sache, l’approbation de frapper a déjà été donnée à Mar-a-Lago”.
Soyons clairs, c’est un piège pour Trump.
”La visite de mardi de l’émissaire américain Steve Witkoff n’a pas apaisé les craintes des dirigeants politiques et sécuritaires israéliens que les États-Unis acceptent un accord partiel avec l’Iran« , écrivait Ben Caspit le 6 février. « Israël craint que Washington n’accepte un accord partiel qui se concentre uniquement sur la question nucléaire, ignorant le projet de missile balistique iranien et le soutien à ses mandataires”.
En Israël, “la guerre avec l’Iran [est en effet] à l’ordre du jour”, note Anna Barsky dans Ma’ariv. “La grande question est de savoir si les Iraniens sont prêts à renoncer à leur honneur et à leurs principes et à faire preuve d’une reddition complète : rien de tout cela ne se produira probablement … [Mais] contrairement à d’autres domaines, un accord [partiel] avec l’Iran ne passera pas à Washington sans le “certificat casher” israélien. Non pas à cause d’un veto formel, mais parce que Netanyahu est considéré par l’establishment Républicain comme un symbole de la ligne dure contre l’Iran”.
“Pour Trump, il sera difficile de produire une « image de victoire » contre Téhéran [c’est-à-dire un accord nucléaire partiel] si Jérusalem refuse de se joindre à l’histoire ; ou pire — l’attaque …”.
Voilà, l’establishment de la sécurité israélienne coince Trump dans une guerre qu’il préférerait probablement éviter. L’Iran restera ferme sur ses principes en ce qui concerne l’enrichissement et ses missiles.
D’autre part, un chœur de généraux américains à la retraite promeut le culte de l’invincibilité militaire américaine qui n’aura aucun problème à faire s’effondrer les structures de l’État iranien dans une campagne de bombardement aérien prolongée. En tant qu’ancien vice-chef d’état-major de l’armée américaine, le général Jack Keane, déclarait à Fox Business news le 2 février :
« Nous avons un choix clair et historique. Supposons que nous obtenions un bon accord — avec l’Iran] – pas d’enrichissement … [ce qui signifie] qu’ils ne peuvent pas produire d’arme nucléaire. Disons que nous allons même plus loin que cela — pas ou peu de missiles balistiques … et pas de support pour les mandataires. Supposons que nous en arrivions là … [Un accord ne ferait que] prolonger indéfiniment la durée de vie de ce régime. Nous avons un changement de paradigme majeur au Moyen-Orient, pas [vu] depuis la [Révolution] islamique il y a 45 ans … [Maintenant] nous pouvons enfin les retirer du conseil d’administration. Et qui y parviendra ? Le président Trump et le Premier ministre Netanyahu, et sans l’implication de Trump ici, cela [n’arrivera pas]. Je dois croire que le président comprend cela clairement. Je dis avec une certaine confiance qu’il va retirer ces gars du conseil d’administration” ».
Trump peut-il trouver un moyen de sortir de cette impasse qu’il s’est largement créée (quand il n’a pas contesté la priorité accordée par Netanyahu à la menace des missiles) ? Ses grands donateurs pro-israéliens lui permettront-ils de reculer ? Les pourparlers nucléaires peuvent-ils être interrompus à l’infini face au tsunami massif de propagande publique monté dans la presse occidentale (et israélienne) de l’Iran “massacrant” son propre peuple ?
Netanyahu menace d’agir unilatéralement contre l’Iran, bien qu’il s’agisse probablement de fanfaronnades. Israël ne peut rien faire de cette nature sans le soutien des États-Unis.
Nous sommes confrontés à deux dirigeants désespérés et de plus en plus erratiques. Pourraient-ils agir de manière irrationnelle et autodestructrice ? Deux known ‘unknowns’.
La lutte qu’Israël mène avec les États-Unis, écrit Anna Barsky, est une “lutte pour [l’]agenda” concernant le programme de missiles de l’Iran. Israël, dit-elle, « se concentre sur un effort pour influencer [les États-Unis sur la question des missiles] afin d’en faire une partie intégrante de chaque décision américaine, qu’elle soit militaire ou politique« .
“C’est le problème qui empêche Israël de dormir la nuit … [les missiles] sont la menace immédiate, l’arme qui [donne] à l’Iran … un parapluie stratégique … pour exercer une dissuasion même sans franchir le seuil. La position iranienne sur [cette] question est difficile … Quand il s’agit de missiles, la porte est verrouillée. De son point de vue, il s’agit de sa capacité souveraine, un outil qui équilibre la supériorité aérienne des États-Unis et d’Israël, et surtout, un atout qui lui permet de continuer à gérer la lutte régionale sans être entraîné dans un conflit direct”.
Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.
- Source : Conflicts Forum












