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Mercredi, 21 Janv. 2026

L’accord avec le Mercosur détruira l’industrie agricole des pays de l’UE

Auteur : Alexandre Lemoine | Editeur : Walt | Mercredi, 21 Janv. 2026 - 18h16

L’accord entre l’UE et l’Amérique du Sud a déjà été qualifié de pire de l’histoire: il est perçu comme une grave menace pour l’économie du Vieux Continent, principalement pour son agriculture. Les agriculteurs sont descendus dans la rue pour protester. Quelles en seront les conséquences?

L’accord de libre-échange avec le bloc économique sud-américain du Mercosur était négocié pendant près de 25 ans. Comme l’a annoncé la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le document a été finalement approuvé.

L’UE est le deuxième plus grand partenaire commercial du Mercosur après la Chine. L’accord permettra aux pays latino-américains de renforcer considérablement leurs positions sur le marché européen, car il prévoit la suppression progressive des droits de douane sur les produits agricoles et les biens industriels. Selon les estimations de l’Institut autrichien de recherche économique (Wipo), rien que les exportations de bœuf d’Amérique du Sud vers l’UE pourraient bondir de 30%.

C’est ce que craignent les agriculteurs européens, car un afflux de produits bon marché tuera l’agriculture du Vieux Continent et ruinera les agriculteurs, qui traversent déjà une période difficile.

Ils avaient protesté l’année dernière et sont de nouveau descendus dans la rue en France, Hongrie, Pologne, Autriche, Irlande, Belgique. Paris a qualifié cet accord comme « le pire accord jamais signé par l’Union européenne de son histoire ».

Ursula von der Leyen, en revanche, est d’un autre avis. Selon elle, l’accord est « historique ». Elle a l’intention de le signer dès le 17 janvier, sans attendre l’approbation du Parlement européen.

Comme le rapporte Bloomberg, la signature de l’accord commercial entre l’UE et le Mercosur créera l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde. Si ce document controversé entre en vigueur, il donnera naissance à l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, touchant plus de 700 millions de consommateurs.

Les partisans de l’accord, notamment les gouvernements allemand et espagnol, estiment que cela dynamisera l’économie européenne. Cependant, l’effet pourrait être inverse: l’UE risque d’accélérer la désindustrialisation du Vieux Continent de ses propres mains.

À peine les agriculteurs européens ont-ils obtenu des quotas sur les produits agricoles ukrainiens, qui inondaient le marché à des prix dérisoires, que Bruxelles a fait pression en faveur d’un accord avec le Mercosur pour complaire aux multinationales. Les exportations à bas prix d’Amérique latine feront s’effondrer l’industrie agricole de l’UE.

Les producteurs de l’UE devront baisser leurs prix, ce qui aggravera la situation des petites et moyennes entreprises. Les agriculteurs, en particulier dans les pays baltes où l’agriculture est déjà en difficulté, seront durement touchés.

Les constructeurs automobiles et les entreprises pharmaceutiques de l’UE auront accès au vaste marché du Mercosur. Mais les géants agricoles que sont l’Argentine et le Brésil expédieront encore plus de bœuf, de volaille, de riz, de miel et de sucre vers l’Europe. Selon les estimations de Bloomberg Economics, le gain économique pour l’UE de cette coopération serait minime, seulement 0,1% du PIB.

Il s’agit d’un accord asymétrique classique. Bruxelles sacrifie en réalité les intérêts des agriculteurs européens, principalement français, polonais et irlandais, pour sauver les exportations technologiques de l’Allemagne.

Pour le bloc sud-américain, les avantages sont évidents: développement industriel, croissance du PIB, énormes investissements de l’UE dans l’économie et les terres agricoles.

En Europe, l’agriculture va décliner. Selon les estimations de la London School of Economics (LSE), les pertes les plus importantes toucheront les producteurs de bœuf et de sucre. Et l’ensemble du secteur agricole perdra 4,5 milliards d’euros de revenus annuels.

En France, les drapeaux de l’UE sont retirés des bâtiments publics, et les agriculteurs ont déversé 30 tonnes de pommes de terre devant le parlement. La Hongrie a averti qu’elle saisirait la justice si Ursula von der Leyen signait l’accord.

La Commission européenne commence déjà à douter que le Parlement européen apporte son soutien inconditionnel à l’accord avec le Mercosur. Cependant, la position du principal organe exécutif de l’UE reste inchangée.

***

« Ursula von der Leyen et sa commission doivent partir ! » — Les agriculteurs descendent à Strasbourg pour s’opposer à l’accord commercial UE-Mercosur avant le vote du Parlement européen

Avant le vote parlementaire prévu mercredi pour ratifier l’accord commercial, les agriculteurs et les politiciens nationalistes ont fait part de leurs inquiétudes concernant le leadership d’Ursula von der Leyen.

Des milliers d’agriculteurs se sont rassemblés mardi à Strasbourg pour protester contre l’accord commercial conclu entre l’Union européenne et le bloc du Mercosur et pour faire pression sur les membres du Parlement européen à la veille du vote visant à ratifier cet accord.

Cette manifestation fait suite à la signature de l’accord commercial entre l’Union européenne et les pays latino-américains du Mercosur au Paraguay.

Cette décision a conduit le groupe parlementaire de droite Patriotes pour l’Europe à proposer une nouvelle motion de censure à l’encontre de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, pour ce qu’il a qualifié de « mépris flagrant du Parlement européen, des parlements nationaux et de millions d’agriculteurs européens ».

Les agriculteurs « n’ont pas l’intention d’abandonner », a déclaré Hervé Lapie, secrétaire général de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), à l’Agence France-Presse, comme le rapporte Le Monde.

Des images publiées mardi matin sur les réseaux sociaux montraient des centaines de tracteurs arrivant dans la capitale alsacienne pour participer à la manifestation, ce qui a entraîné un important déploiement de forces de police devant le Parlement européen, actuellement en session.

Au total, environ 4 000 agriculteurs de toute l’Union européenne, notamment d’Italie, de Belgique et d’Allemagne, étaient attendus, les agriculteurs français constituant la majorité.

« Même si certains pays soutiennent le Mercosur, il y a au sein de ces pays des députés européens qui ont de sérieux doutes, et cela pourrait se jouer à quelques voix près, nous devons donc maintenir la pression », a déclaré Lapie. Les agriculteurs prévoient de rester à Strasbourg jusqu’à mercredi, date à laquelle le vote parlementaire devrait avoir lieu.

L’accord avec le Mercosur vise à stimuler les exportations européennes de voitures, de machines, de vins et de spiritueux vers l’Amérique latine, tout en facilitant les importations en Europe de bœuf, de sucre, de riz, de miel et de soja sud-américains. Les organisations agricoles avertissent toutefois que cet accord déstabilisera l’agriculture européenne en l’exposant à des importations moins chères qui ne respectent pas nécessairement les normes de production de l’UE, invoquant ce qu’elles qualifient de contrôles insuffisants. 

« Nous avons peur pour nous-mêmes, pour nos revenus, mais aussi pour nos concitoyens, qui verront arriver des produits alimentaires que nous ne sommes pas autorisés à produire ici », a déclaré Lapie. « Imposer autant de normes et de réglementations aux agriculteurs français et européens qui nuisent à notre compétitivité, puis importer des produits alimentaires qui ne respectent même pas les exigences qui nous sont imposées… C’est vraiment le comble. »

La décision appartient désormais aux députés européens, qui doivent déterminer s’il convient de renvoyer l’accord devant la plus haute juridiction européenne pour contrôle juridictionnel. « C’est au Parlement européen de décider maintenant s’il convient de renvoyer l’affaire devant la Cour de justice européenne. Je le comprends, et j’espère que cette procédure sera menée à bien », a déclaré mardi matin la ministre française de l’Agriculture, Annie Genevard, sur TF1. 

La députée européenne nationaliste française Marion Maréchal s’est jointe aux agriculteurs à Strasbourg, écrivant sur X : « À la veille du vote du Parlement européen visant à renvoyer le Mercosur devant la CJUE, nous sommes des milliers à manifester à Strasbourg contre ce traité qui est fatal pour nos agriculteurs. Nous n’abandonnons pas ».

Une pétition a circulé parallèlement à la manifestation pour demander l’annulation de l’accord. « La France est la première puissance agricole européenne et le deuxième contributeur au budget de l’UE : nous ne pouvons pas accepter que cet accord nous soit imposé », peut-on lire dans cette pétition. 

Dans un communiqué, la FNSEA a déclaré : « Aujourd’hui, plus de 5 000 agriculteurs de toute l’Europe se mobilisent à Strasbourg pour dire non au Mercosur. Nous marcherons jusqu’au Parlement européen pour demander aux députés européens de soutenir une PAC [politique agricole commune] forte, un revenu décent et une véritable vision pour l’avenir de notre agriculture ».

S’adressant au Parlement européen, Jean-Paul Garraud, président du groupe parlementaire du Rassemblement national, a qualifié l’accord avec le Mercosur de « coup de poignard dans le dos de nos agriculteurs et de scandale démocratique ». Il a déclaré qu’une motion de censure serait soumise au vote jeudi, ajoutant : « Que chacun prenne ses responsabilités ». 

La vice-présidente des Patriotes pour l’Europe, Kinga Gál, a également déclaré mardi devant l’assemblée : « Nous disons stop. Stop à la trahison des agriculteurs européens. Stop aux politiques qui vont à l’encontre des intérêts de l’Europe. Nous exigeons un nouveau leadership qui serve les intérêts des citoyens européens plutôt que ceux de Bruxelles. Ursula von der Leyen et sa commission doivent partir. »

Traduction de Remix News par Aube Digitale


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