49.3 pour le budget : le marchand de salade Lecornu est passé
Ça y est, il l’a fait. Ce mardi 20 janvier, Sébastien Lecornu a finalement déstocké le calibre 49.3 qu’il avait déposé à l’armurerie constitutionnelle en entrant à Matignon, à la demande des socialistes qui en avaient fait une condition pour ne pas le censurer. Et donc, on allait voir ce qu’on allait voir : le nouveau Premier ministre s’engageait – croix de bois, croix de fer - à ne pas utiliser cette arme fatale qu’Élisabeth Borne adorait et trimballait en permanence dans son sac à main avec son vapoteur. On allait donc gouverner autrement. Ce qui, entre parenthèses, revenait à reconnaître en creux qu’on avait auparavant échoué. Dommage, pour quelqu’un qui est ministre, sans interruption - à part sa démission éclair de Matignon ! - depuis 2017 ! Avouons que c’était beau.
Le shérif reprend son flingue
Ça avait même un peu de panache. Un peu comme ces shérifs qui laissent leur flingue bien en vue au milieu de la chaussée pour aller discuter avec ces forcenés, retranchés avec des otages, là-bas, dans l’immeuble d’en face. Et puis, à la surprise générale de personne, lundi soir, le chef du gouvernement, a annoncé qu’il allait lancer l’assaut. Premier tir, donc, ce mardi 20 janvier, pour le volet « recettes » du projet de loi de finances 2026. Le shérif reprend donc son calibre. Au risque de déclencher une tuerie ? Vous rigolez ! Vous savez, on ne sait jamais comment ça peut tourner, ces prises d’otages (les otages, vous l’aurez compris, sont les Français). Notre cowboy du bocage normand s’est prudemment assuré au préalable que ceux qui pouvaient lui tirer dans les pattes ne feraient pas usage de leurs armes. Des mauvaises langues disent même qu’en fait ils n’étaient armés que de pistolets à eau ou à bouchon (les renseignements divergent sur ce point).
Les socialistes ont en tout cas obtenu du shérif une bagnole qui va leur permettre de faire les malins sur les marchés lorsqu’ils rentreront à la maison. À quelques semaines des élections municipales, c'est toujours sympa. Rendez-vous compte : ils ont notamment réussi à arracher les repas à un euro pour tous les étudiants. Très bien. Coût ? 90 millions d’euros. Sur un budget qui prévoit, grosso modo, 500 milliards de dépenses... Pas de quoi se prendre pour Mandrin ! Le shérif s’est bien sûr aussi assuré que les LR ne bougeraient pas non plus le petit doigt, même s'ils taxent ce budget de « socialiste ». Bref, comme on dit, à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Alors, à l'assaut !
Des regrets, pas de remords...
Avant d'y aller, lundi soir, le Premier ministre a tenu quand même à s’expliquer sur ce revirement que d’aucuns qualifient de parjure ou de reniement. « J’avais pris un engagement et plus qu’un engagement, j’avais fait un pari… », a donc déclaré Sébastien Lecornu. « Le pari de se dire, après deux censures, deux gouvernements différents… Au fond, ce pari - parce que c’est un pari - c’était de se dire que le Parlement aille jusqu’au bout des débats, des votes, des amendements… » Trois fois, le mot « pari » est employé, comme pour faire oublier le mot « engagement » : l’engagement de ne pas utiliser le 49.3. Un engagement qui était peut-être une fausse bonne idée et donc une mauvaise idée. Peu importe, c’était un engagement. Et s’engager, ce n’est pas rien. Cela relève de l’éthique. Lecornu doit savoir ça, lui qui fut ministre des Armées durant trois ans. Et c’est donc ainsi qu’on découvre que, désormais, le gouvernement de la France relève de la loterie nationale. On se consolera en apprenant que Sébastien Lecornu regrette d’en être arrivé là. Des regrets, pas de remords, ça dure moins longtemps…
Toute cette salade, au fond, notamment ce discours sur la nécessité de doter la France d’un budget – que personne ne nie -, sur l’irresponsabilité supposée des oppositions RN et LFI - qui ont l’outrecuidance de s’opposer ! -, sur les tensions internationales – que personne ne nie non plus -, n’est que la belle garniture d’un plat décidément immangeable : ce gouvernement est minoritaire à l’Assemblée, dans le pays, et nous boirons sans doute la coupe Macron jusqu’à la lie. L'indigestion.
- Source : Boulevard Voltaire















