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Mardi, 17 Oct. 2017

Le Président des apparences? par Jacques Sapir

Auteur : Jacques Sapir | Editeur : Walt | Lundi, 05 Juin 2017 - 14h44

La présidence d’Emmanuel Macron va-t-elle s’avérer être l’égale des méthodes du Prince Potemkine ? On connaît l’anecdote. Le Prince Potemkine, amant de l’Impératrice Catherine II, aurait fait dresser des façades prospères au devant de villages misérables, lors du voyage que fit la Tsarine en Crimée. Cette anecdote est très probablement fausse, mais l’image est restée : Potemkine devint donc l’anticipateur de tous ces experts en communication qui s’emploient à faire du faux un vrai plus que véritable.

Emmanuel Macron serait-t-il ainsi le Président de l’apparence ? On peut se le demander quand on voit comment il joue, use et abuse, des moyens du communicant que ce soit au sujet de l’Accord de Paris, dont les Etats-Unis viennent de décider de se retirer, ou de la trop fameuse « moralisation de la vie politique », bien battue en brèche par l’affaire Ferrand.

Grigori Potemkine, Prince de Tauride

Commençons par la réaction d’Emmanuel Macron à l’annonce par Donald Trump du retrait des Etats-Unis de l’accord issu de la « COP-21 ». Le 1er juin, dans la soirée, Emmanuel Macron s’est donc posé en défenseur tout à la fois de l’écologie, du monde libre et même de la planète en reprenant, et détournant, le slogan de Donald Trump « Make the Planet Great Again ». A y regarder de près, on voit que ceci n’est qu’une astuce de communicant. L’écologie, c’est le moins que l’on puisse en dire, ne figurait pas en tête du programme présidentiel d’Emmanuel Macron. L’Accord de Paris, il faut l’ajouter, n’est qu’un accord de principe, nullement contraignant. Faire de sa défense une volonté de sauver la planète, cela revient à tomber dans une emphase qui touche au ridicule. Non que la décision de Donald Trump ne soit critiquable. Les décisions, prises ces dernières semaines, de relancer les forages par fracturation hydraulique ou de se dégager des diverses mesures de protection de l’environnement prises par la précédente administration, sont d’ailleurs bien plus significatives de l’attitude de Donald Trump sur la question de l’environnement. Mais, cela ne permet nullement à Emmanuel Macron, qui dans la formulation de son gouvernement a confondu transition énergétique et transition écologique, et dont le programme présidentiel était à des kilomètres de celui de Jean-Luc Mélenchon ou même de Marine le Pen, de vouloir se donner la stature d’un véritable défenseur de l’écologie. Sa soumission aux règles de l’Union européenne, qui a pourtant signé un très mauvais accord sur la question de l’écologie, le CETA, ou qui a pris un retard dramatique sur la question des perturbateurs endocriniens, montre bien que, décidément, ce n’est pas l’écologie qui le motive. Le 1er juin, Donald Trump a fait de la politique intérieure américaine en décidant de se retirer de l’Accord de Paris, et Emmanuel Macron à fait de la communication, comme avait été réputé le faire le Prince Potemkine il y a près de 300 ans.

L’engagement sur la moralisation de la vie politique figurait de manière nettement plus importante que l’écologie dans le programme du candidat Emmanuel Macron. Et François Bayrou, nouveau ministre de la justice d’annoncer à son de trompes béarnaises le dépôt de deux lois et une modification de la Constitution. Tout cela est bien beau, mais la réalité est qu’un Ministre, Richard Ferrand, se débat dans une affaire où il semble bien avoir violé tant le code de la mutualité que les principes de décence qui veulent que l’on soit élu pour servir et non se servir, et que Marielle de Sarnez, une autre ministre, et proche de François Bayrou, se voit à son tour accusée de manquement graves à l’éthique. Cela fait désordre, cela fait scandale. Sur cette question, aussi, on pourrait questionner les engagements de campagne d’Emmanuel Macron. Ici encore on voit que des démarches sont savamment mises en musique par les communicants de l’Elysée, et que cette communication a essentiellement pour but de construire et de maintenir l’image d’un Président, parangon de toutes les vertus. Ici encore l’apparence et le paraître ont pris le pas sur la substance.

Emmanuel Macron est-il donc le Président de l’apparence ? En fait, toutes ces danses des sept voiles n’ont pour but que de faire oublier ce que prépare Emmanuel Macron et ses conseillers. Car, on aurait bien tort de réduire le Président à ces effets de communication, qu’ils soient réussis ou qu’ils soient calamiteux.

Emmanuel Macron a, cela a été écrit à de nombreuses reprises, un projet. Celui de ramener la France aux temps de la Révolution Industrielle en défaisant ce que le Code du Travail contient d’engagements collectifs. Il a un projet, qui vise à répartir la misère pour que celle-ci soit moins explosive, alors que tout dirigeant politique sain devrait se donner comme objectif de combattre cette même misère.

En un sens, ces danses de l’apparence détournent l’attention du véritable Emmanuel Macron : un homme soumis aux règles européennes, qui entend prendre aux moins pauvres pour donner au plus pauvres. Mais, cette politique qui vise à déshabiller les uns pour habiller les autres ne remet nullement en question la question du chômage de masse (4,5 millions, plus 1,7 millions de quasi-chômeurs), et ne remet nullement en cause la montée des inégalités et de la pauvreté dans notre pays.

Alors que s’approche le premier tour des élections législatives, il compte sur les apparences pour réussir ce tour de force d’avoir une majorité absolue de députés alors que son parti, La République en Marche, n’est crédité que de 30-32% des intentions de vote. Il continuera donc cette danse des apparences, cette danse des sept voiles politiques, jusqu’au moment où il pourra engranger une majorité absolue de députés. D’où le fait qu’il ne l’ait pas, qu’il ne puisse pas l’avoir, prend tout son sens. Ce qui se joue aujourd’hui, et dans les jours à venir, est donc de la plus haute importance. Chaque député de LREM qui sera battu, ou chaque candidat près à s’allier avec LREM qui sera battu, impliquera un petit peu plus d’espace pour une vision plus collective de la société française.


- Source : RussEurope

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